Comment découvrir de la musique d'ici et d'ailleurs? En écoutant les radios numériques...

MUSIQUE Sur la FM, les radios musicales nationales passent quasiment toutes les mêmes titres... Pour qui souhaite sortir des sentiers balisés, il existe une alternative: écouter les webradios...

Joel Metreau

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Des radios numériques pour explorer la musique.
Des radios numériques pour explorer la musique. — sipa

Attention au risque d’overdose. Hello de Adele a été joué 800 fois sur les radios musicales nationales au cours de la dernière semaine d’octobre selon Yacast. Ce jeudi 19 novembre, autour de 13h44, que passaient-elles comme morceaux ? Me Quemo de Kendji sur NRJ (dont « la programmation est concentrée sur un nombre de titres et d’artistes restreints » notait le CSA en 2013). Un peu plus tard, on entendait Bijou de Rohff sur Skyrock. Sur Fun Radio, c’était Chain Reaction de Michael Canitrot (déjà entendu à 9h44 sur la même radio), suivi de Sur ma route de Black M. Pendant ce temps, RTL 2 diffusait Le chant des sirènes de Frero Delavega. Même les députés ont râlé en septembre : trop de rotations des mêmes morceaux. Pourtant, des auditeurs veulent découvrir de la musique, au-delà des tubes et des catégories.

Lors de la grève à Radio France, en mars dernier, les auditeurs de la radio s’enthousiasmaient pour la play-list musicale qui comblait l’antenne de France Inter 24h sur 24. « A chaque fois qu’il y a une grève sur France Inter, j’ai beaucoup de plaisir à écouter leurs play-lists. A tel point que je me dis que c’est sans doute dommage qu’ils ne créent pas une radio musicale dédiée. La diversité et la richesse de ces morceaux font bien la leçon aux radios commerciales ! », racontait un internaute dans les commentaires sur 20 Minutes. Cette radio musicale du service public s’appelait RF8, mais elle a été enterrée en catimini en juin dernier. Alors, comment pour un mélomane découvrir de la nouvelle musique à la radio ?

Ledjam Radio. - capture d'écran

 

Ledjam Radio s’appuie sur le top 10 des radios numériques et Radio Meuh sur Laurent Garnier

Allez, on vous propose une alternative, les radios musicales nées sur le Web, qui réussissent à trouver leurs auditeurs. Ledjam Radio est ainsi la neuvième radio numérique la plus écoutée (derrière les déclinaisons web de NRJ, Skyrock, Chérie FM…) en France en septembre selon l’OJD. Cette radio née en 2006, sans marketing pour se faire connaître, est essentiellement l’œuvre de Julien Jeanne : « Les gens qui viennent sur Ledjam Radio veulent une playlist musicale sans blabla, et comme ils n’ont pas le temps de faire de la recherche, je me propose de la faire pour eux », explique-t-il en revendiquant l’« éclectisme » de sa radio, qu’il avait conçue au départ pour ses proches. Ce jeudi 19 novembre à 15h48 : Djini Djome de la Camerounaise Sally Nyolo précédait Idea Three des Anglais de Belleruche et Kaya N' Gan Daya du Brésilien Gilberto Gil.

 

 

Plouf plouf La Clusaz beach #laclusaz #canicule

Une photo publiée par Radio Meuh (@radiomeuh) le 20 Juil. 2015 à 11h01 PDT

 

Douzième du classement OJD de septembre, Radio Meuh promeut de son côté une programmation « disco et électro, plutôt funky », précise son fondateur Philippe Thevenet à 20 Minutes. « Enjoy Music from Reblochonland », tel est le slogan de cette webradio basée à La Clusaz (Haute-Savoie) et née en 2007. « L’idée me trottait depuis longtemps, mais j’attendais que l’ADSL se démocratise et que les serveurs pour le streaming soient moins chers », confie-t-il. Radio Meuh peut se féliciter d’accueillir désormais depuis novembre le parrain de la techno française. Après cinq ans sur la radio publique Le Mouv, Laurent Garnier a emmené son programme It Is What It Is sur Radio Meuh.

 

Découvertes et partages

Côté électro, il faut aussi aller voir du côté de Tsugi Radio, déclinaison sur le web du magazine, qui vient d'être lancée en octobre. Pourquoi ? « On a fait le constat que dans le paysage audiovisuel, l’espace consacré à la musique underground, pointue ou de découverte se réduit comme peau de chagrin, pointe Antoine Dabrowski, directeur d’antenne. Paradoxalement, ces musiques remplissent de plus en plus les festivals. » Pour l’instant, cette radio numérique émet une musique de flux en continu, avec une programmation portée sur les nouveautés.

 

« La webradio permet une grande souplesse, insiste Antoine Dabrowski. Dès qu’un collaborateur tombe sur un titre, il peut atterrir sur la playlist le lendemain. Mais on peut passer aussi des grands classiques, comme Kraftwerk ou Massive Attack, qu’on n’entend pas sur les radios FM. » Tsugi Radio réalisera ses premiers directs à l’occasion des Transmusicales de Rennes en décembre. Les fondateurs de ces radios veulent retrouver l’esprit défricheur en musique des « radios libres », dont Radio Nova fut l’une des incarnations. « Les projets de webradio comme Le Mellotron ou nous, on est tous des enfants de Nova », témoignait Philippe Thévenet dans Bleat Mag Faire découvrir, faire partager, c’est aussi la mission que s’est assigné Mellotron : « Tout nous intéresse, on est une radio d’écoute et de découverte. (…) on veut offrir aux auditeurs des choses qu’ils ne connaissent pas. Le but ultime est de promouvoir la musique, tout simplement », expliquait au magazine Bonbon un des fondateurs de cette webradio parisienne.

« Slow, fast et weird »

Une volonté partagée par Benjamin Moreau, qui a créé Radiooooo.com avec des DJ : « Aujourd’hui à part Nova et Fip, la radio musicale, c’est devenu une usine. Nous, on veut faire explorer des trésors musicaux. Notre webradio n’est pas conçue par genre, mais par mood. Slow quand on fume un pétard ou au travail, fast pour la bringue et weird pour les trucs étranges. » Sur le site, la radio propose deux paramètres, géographiques et chronologiques pour découvrir des titres. Nigeria + FAST + 1980 = Na waya de Ghetto Blaster (une pépite !). Chili + fast + 1960 = Lo que Sera de Los Beat 4 (pas mal). On essaie encore : Japon + Wired + 1970 = Memai de Ike Reiko (bizarre en effet).

L'interface Web de http://radiooooo.com. - capture d'écran.

Quid des plates-formes de streaming musical ? Lancée avec Apple Music par Apple cet été, la radio Beats 1 n’avait pas convaincu 20 Minutes encore moins Télérama et pour la diversité musicale, c’était raté, puisqu’il s’agit surtout du hip-hop anglo-saxon. Alors les recommandations de Deezer ou de Spotify ? « C’est finalement assez limité, on finit par tourner en rond », estime Benjamin Moreau. Julien Jeanne de Ledjam Radio renchérit : « Les algorithmes ont des limites, c’est qu’ils ne sont pas humains. Dans les choix musicaux des webradios, il y a une vraie personnalité. » Une personnalité curieuse et surtout mélomane.