Piratage Sony: Le projet Goliath, la guerre secrète d'Hollywood contre Google

WEB Les mails fuités ont révélé la cible des studios. Le géant du Web, accusé d'être le principal tremplin vers des sites de téléchargement illégal, riposte...

Anne Demoulin

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Entre le géant du Web Google et les studios hollywoodiens liés à la MPAA, la guerre est déclarée.
Entre le géant du Web Google et les studios hollywoodiens liés à la MPAA, la guerre est déclarée. — Paul Sakuma/AP/SIPA/Theo Kingma/Rex Features/SIPA

Google contre-attaque. La firme de Mountain View était restée silencieuse depuis la révélation, à la suite du piratage de Sony Pictures, la semaine passée du projet Goliath, un plan anti-téléchargement illégal, visant notamment Google, et mené par la MPAA, puissant lobby qui représente six studios (Universal, Sony, Fox, Paramount, Warner et Disney). Retour sur la guerre entre les majors de Hollywood et le géant du Web.

La lutte contre le téléchargement, «priorité» de la MPAA

Le piratage de Sony provoque de nombreux dégâts collatéraux. TorrentFreak a dévoilé le 13 décembre, des documents datés du début de l’année 2014, qui résument la stratégie de la MPAA en matière de lutte contre le piratage des films.

Evidemment, les hébergeurs de fichiers et autres plateformes de streaming qui diffusent illégalement du contenu protégé par le droit d’auteur font partie des «priorités hautes» de l’organisation.

The Verge se fait de son côté l’écho d’autres échanges entre la MPAA et les six studios hollywoodiens à propos d’un «projet Goliath». Même si le nom de Google n’est jamais évoqué, il semble évident qu’il ne peut s’agir que de la firme de Mountain View.

Google, une source de «problèmes»

Google est  jugé comme une source de «problèmes», accusé par les studios d’encourager le téléchargement illégal en indexant des liens vers des sites de partage de fichiers. Les studios de cinéma ont convenu de s'associer, sur plusieurs années, pour contrer Goliath.

Le projet de lobbying Goliath prévoit de mobiliser les procureurs généraux des Etats-Unis et de les inciter à mener des actions contre Google, en leur allouant par exemple un budget de 500.000 dollars pour s’offrir les services du cabinet d’avocats de la MPAA, Jenner & Block. Le projet Keystone, doté de 70.000 dollars, vise à mener une enquête contre Goliath afin de collecter des preuves, et d’encourager d’autres actions en justice contre le géant du Web.

«Une campagne coordonnée pour relancer la législation SOPA»

Face à ses révélations, Google s’est fendu d’un communiqué mis en ligne sur son blog ce 18 décembre et signé de Kent Walker, vice-président senior et avocat général de la société. Pour la firme de Mountain View, la MPAA «a conduit en secret une campagne coordonnée pour relancer la législation SOPA qui avait échoué sous d’autres formes». 

La SOPA, ou le Stop Online Piracy Act est une proposition de loi anti-piratage déposée en 2011, reportée sine die en janvier 2012, face à la mobilisation des internautes américains défavorables à une législation plus restrictive en la matière.

Le moteur s’offusque aussi d’être ciblé dans le cadre du projet Goliath et de faire l’objet d’une enquête du procureur général du Mississipi, pro-SOPA, Jim Hood. Google soupçonne la MPAA et le cabinet Jenner and Block d’y être pour quelque chose. Jim Hood réfute toute influence de la MPAA, malgré les preuves de contacts entre lui et le cabinet Jenner & Block. Google s’interroge: «Pourquoi, alors, [la MPAA, organisation fondée pour défendre le premier amendement et la liberté d’expression des artistes] essaie-t-elle secrètement de censurer l'Internet»?