Macholand.fr hacké: «On avait sous-estimé à quel point l’égalité homme-femme dérangeait»

WEB Lancé il y a deux jours, le site qui dénonce le sexisme enregistre déjà 90.000 visiteurs ce jeudi. Pour Caroline de Haas, sa co-fondatrice, cela montre qu’il y a un vrai «ras-le-bol dans la société française»… 

Anaëlle Grondin

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La page d'accueil du site Macholand.fr.
La page d'accueil du site Macholand.fr. — Capture d'écran / 20 Minutes

En moins de 72 heures, plus de 90.000 personnes ont visité Macholand.fr. Ce nouveau site participatif lancé par trois militants invite les internautes à interpeller en masse via les réseaux sociaux les marques et personnalités qui diffusent des stéréotypes machistes pour les amener à réagir. A peine lancé, il a été la cible de hackers. Et il déchaîne les passions. Entretien avec la féministe Caroline de Haas, sa co-fondatrice.

Vous attendiez-vous à autant de connexions au lancement de Macholand.fr?

Non, on ne s’attendait pas à un tel succès ce premier jour. Je pense qu’il y a un ras-le-bol dans la société française vis-à-vis du sexisme. Quand un journaliste de RTL est licencié pour des propos sexistes, on n’aurait pas imaginé ça il y a dix ans. Que le CSA réagisse aux propos sexistes de Nelson Monfort non plus. Ça serait passé comme une lettre à la poste. Un site comme Macholand.fr, il y a cinq ou dix ans, n’aurait pas reçu la même empathie à mon sens.

Comment vous est venue l’idée de créer ce site participatif pour militer contre le sexisme?

Le déclic a été la pub sur les blondes de Darty [avec le slogan «Face à la technologie on est tous un peu blonde»]. J’ai posté un message énervé sur Twitter. Darty m’a répondu «On est désolé que vous ayez trouvé ça sexiste» comme si c’était une opinion. Leur affiche était sexiste, c’était un fait. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire pour montrer que ce n’est pas les gens individuellement qui trouvent ça sexiste et qu’il y a des conséquences sur la société: ça norme la parole publique sur les femmes. Avec Macholand.fr on a voulu transformer ce ras-le-bol individuel (quand on est saoulé par une pub ou qu’un tweet nous met en colère) en action de masse.

Comment voyez-vous évoluer le sexisme dans la société?

Je trouve que le niveau d’intolérance a énormément augmenté. Il y a plein d’exemples. Le fait qu’il y ait un gouvernement qui installe la parité 50-50 et qu’il y ait un ministère des droits des femmes qui soit recréé montrent que le problème n’est pas réglé (sinon il n’y aurait pas besoin d’un ministère).

Macholand.fr a été la cible de hackers dès son lancement. Qui sont-ils, selon vous?

D’où ça vient, je n’en sais rien. Pourquoi on a été hacké, je sais. Il y a des gens qui n’ont pas envie que la société change. On avait un niveau de sécurité qu’on pensait important sur Macholand.fr, mais on avait sous-estimé à quel point l’égalité entre les hommes et les femmes dérangeait.

Le site a-t-il gagné en visibilité depuis ces attaques?

Non. Le site a eu une très forte visibilité grâce à la méthode militante qu’on a choisie [le participatif]. On a créé une vidéo qui a beaucoup tourné sur Internet et 1.600 personnes s’étaient inscrites avant le lancement du site (aujourd’hui elles sont 6.000). Environ 800 personnes s’étaient enregistrées pour tweeter automatiquement «allez voir Macholand»  le jour J.

«Marianne» critique votre projet en écrivant: «Pour faire simple, les hommes, tous des salauds, contre les femmes, toutes victimes»…

C’est minable. Il faut qu’ils aillent lire le site. Est-ce qu’ils ont trouvé quelque chose contre les hommes ou pour les femmes? Le sexisme c’est ranger les femmes et les hommes dans des cases: les femmes font la vaisselle, les hommes sont des présidents. Le sexisme s’exerce par tous. Les femmes et hommes reproduisent le sexisme pour tout le monde.

Les personnalités visées par certaines de vos actions comme Gérard Collomb, le maire de Lyon, peuvent vous accuser de harcèlement...

On s’adresse à des personnes publiques. Si elles ne veulent pas être sollicitées, il ne faut pas se présenter aux élections ni ouvrir un compte Twitter. Si elles n’ont pas envie de se prendre un déferlement, elles n’ont qu’à cesser ce déferlement sexiste. Quand j’ouvre le journal, que je regarde la télé et que je vois une pub dans le métro, je suis assaillie de messages sexistes.