En guerre contre Facebook, l’Autrichien Max Schrems lance une action judiciaire mondiale

WEB Le jeune avocat confie à «20 Minutes» que plus de 17.000 personnes se sont déjà associées à sa plainte contre la filiale irlandaise du réseau social auprès du tribunal de commerce de Vienne…

Anaëlle Grondin

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La page d'accueil du réseau social Facebook.
La page d'accueil du réseau social Facebook. — RICHARD B. LEVINE/NEWSCOM/SIPA

La croisade de Max Schrems contre Facebook est loin d’être terminée. L’avocat autrichien de 26 ans, qui a déclaré la guerre au réseau social il y a trois ans en créant le groupe Europe Vs Facebook, a déposé une plainte devant le tribunal de commerce de Vienne contre sa filiale irlandaise et invite depuis vendredi d’autres utilisateurs du site américain à le rejoindre via le site fbclaim.com.

Plainte collective et internationale

Ce qu’il reproche à Facebook? La violation de sa vie privée. En ligne de mire, sa politique de confidentialité «non conforme à la législation européenne», son «graph search», l’analyse du comportement des utilisateurs grâce au big data ou encore la transmission non autorisée des données des utilisateurs à des applications tierces.

Joint au téléphone par 20 Minutes ce mardi, Max Schrems nous a indiqué que plus de 17.000 personnes s’étaient associées à sa plainte depuis la mise en ligne de son formulaire, disponible en plusieurs langues et intitulé «Participez à la plainte collective contre Facebook». Les utilisateurs majeurs du monde entier, sauf ceux qui résident aux Etats-Unis et au Canada, peuvent se joindre à la procédure en Autriche, Facebook gérant toutes ses opérations internationales depuis l’Irlande.

Pas de risque financier pour les plaignants

La loi autrichienne permet à un groupe d’individus de transférer à une seule personne ses demandes d’indemnisation. «Ce sera toujours moi contre Facebook» mais avec plus de poids, explique Max Schrems. L’Autrichien compte réclamer 500 euros de dommages et intérêts à Facebook pour chaque utilisateur qui l’aura rejoint dans sa requête. Cette action en justice ne présente aucun risque financier pour les particuliers qui s’associent à sa plainte, assure Max Schrems: un organisme allemand, Roland ProzessFinanz AG, prendra en charge tous les frais judiciaires en cas de défaite, mais se réserve 20 % des gains en cas de victoire.

Max Schrems confie à 20 Minutes qu’obtenir des dommages et intérêts de la part du réseau social lui «importe peu». Il veut «mettre la pression sur Facebook pour les obliger à apporter des modifications à la plateforme». «Je voulais agir, faire quelque chose de concret, et pas seulement me plaindre» du réseau social.

Trois ans de militantisme contre Facebook

Il y a deux ans, alors étudiant en droit, Max Schrems avait appelé les utilisateurs de Facebook à se tourner vers Bruxelles pour obtenir le respect de la législation européenne sur la protection des données. L’année précédente, il avait déposé plus de 22 plaintes en Irlande contre le réseau social pour les mêmes raisons.

En 2011, l’Autrichien avait «eu envie de savoir ce que Facebook conservait concrètement comme données» sur lui, avait-il raconté à 20 Minutes à l’époque. «J’ai fait une demande pour recevoir un CD avec tout ça [via un formulaire qui a désormais disparu du réseau social et en brandissant cette directive européenne qui lui en donne le droit]. La chose la plus intéressante est la taille du fichier PDF: plus de 1.220 pages. Alors que la plupart des choses qui s’y trouvaient, je les avais supprimées du réseau social. Facebook vous fait croire qu’on peut paramétrer, supprimer, contrôler ce qu’on met sur le réseau social, et en fait non.»