L'arrivée de Netflix en France va bousculer les milieux de la télévision et du cinéma

WEB Ils craignent un déséquilibrage d'un écosystème très réglementé…

A.G. avec AFP

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Capture d'écran du site Netflix.
Capture d'écran du site Netflix. — RICHARD B. LEVINE/NEWSCOM/SIPA

L'arrivée de Netflix en France à la mi-septembre ne devrait pas être un raz-de-marée mais inquiète les milieux de la télévision et du cinéma, qui craignent un déséquilibrage d'un écosystème très réglementé.

Les questions de financement du cinéma, auquel contribuent beaucoup les groupes de télévision, inquiètes les acteurs français du secteur.

Un abonnement modique

Avec un catalogue de films, de séries et de productions originales, le pionnier de la vidéo à la demande diffusée en streaming pour un abonnement modique pourrait s'emparer d'une partie du marché de la télévision, grâce notamment à un système de recommandation très affiné.

Les principaux services français de la vidéo par abonnement, CanalPlay (de CanalusaUSA+) et OCS (groupe Orange), ont commencé à se préparer à ce débarquement en musclant leur offre en ligne ces derniers mois tandis que les autres chaînes multiplient les possibilités de télévision à la demande avec forfait. D'autres acteurs émergent comme Jook, Videofutur (groupe Netgem) et FilmoTV.

La SVOD a décollé dans l’Hexagone en 2013

En France, la vidéo à la demande par abonnement (à distinguer de la vidéo à la demande où l'achat se fait pour chaque film) reste marginale mais a décollé l'an dernier, avec un chiffre d'affaires de 28 millions d'euros, contre moins d'1 million l'année précédente, selon les cabinets NPA Conseil et GFK.

«Le marché français n'est pas vierge, ce n'est pas gagné pour Netflix», a commenté Pascal Lechevallier, expert du secteur

48 millions d’utilisateurs pour Netflix

Fin mars, Netflix revendiquait 48 millions d'utilisateurs dans 40 pays dont 12 millions à l'international. En un an, il a gagné un million d'abonnés en Grande-Bretagne et autant au Canada.

Depuis 2012, la percée de Netflix dans sept pays d'Europe «n'a pas été fulgurante», renchérit Gilles Fontaine, spécialiste des médias à l'Institut de l'audiovisuel et des télécoms en Europe (Idate). «Netflix en Europe a un positionnement moins haut de gamme et moins attractif en termes de catalogue qu'aux Etats-Unis. En Europe on est au début de la courbe», remarque-t-il.

TF1 et M6 aussi pourraient souffrir

Netflix ne devrait pas prendre beaucoup d'abonnés à Canal+, à la TV payante premium, mais plutôt à Canalsat, le bouquet de chaînes payantes de Canal+ ou encore aux chaînes cinéma de deuxième fenêtre et aux chaînes thématiques payantes, estime l'analyste.

Pour les chaînes en clair, la menace est moins claire, même si TF1 et M6 pourraient aussi souffrir si elles diffusent des séries déjà disponibles sur Netflix.

Ni impôt ni financement

Cependant, pour les milieux du cinéma les groupes de télévision et surtout Canal+, sont des financeurs très important qu'il faut protéger. Ils s'inquiètent de la concurrence de ce nouvel acteur, au siège probablement basé hors de France, et qui risque de ne contribuer ni à l'impôt ni au financement du cinéma.

En France, Netflix se heurtera à plusieurs contraintes, en premier lieu la chronologie des médias, qui ne peuvent être proposés en vidéo à la demande sur abonnement que 36 mois après leur sortie en salle. Plusieurs rapports ainsi que le CSA réclament la rédaction de ce délai à 18 ou 24 mois, une réforme qu'étudie le ministère. Un succès de Netflix pourrait l'accélérer.

Quant au financement du cinéma, imposé aux télés et aux services de vidéo à la demande installés en France, Netflix, s'il opère depuis l'étranger, n'y serait soumis que s'il signait une convention avec le CSA sur une base volontaire. Selon le Figaro le groupe prépare une série française, tournée à Marseille, autre option pour conquérir une clientèle en France et y améliorer son image.

Emergence prochaine de nouveaux services de SVOD?

A plus long terme, l'arrivée de Netflix pourrait faire émerger de nouveaux services de vidéo à la demande. Mais jusqu'ici les télés françaises ne croient guère à la SVOD, sauf Canal+ avec Canalplay, a souligné Pascal Lechevallier.

La menace Netflix a déjà provoqué un regroupement: Videofutur (groupe Netgem) et FilmoTV se sont alliés en mars. De même, les télévisions pourraient développer leur offre de télévision de rattrapage avec forfait mensuel et des contenus multi-chaînes, selon les experts. Reste à améliorer le débit Internet, qui explose sous ces flux vidéo croissants. En France, pour l'instant seuls 2 millions d'abonnés disposent du très haut débit (supérieur à 30 Mbits/s).