Axelle Lemaire: «L'Europe n'est pas les Etats-Unis, nous ne voulons pas d'un Internet fractionné»

INTERVIEW La nouvelle secrétaire d'Etat au Numérique fait le point sur la neutralité du Net, la collecte des données et le respect de la vie privée...

Propos recueillis par Philippe Berry

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Axelle Lemaire à Matignon
Axelle Lemaire à Matignon — VILLARD

Elle a la lourde tâche de succéder à la très médiatique Fleur Pellerin. La nouvelle secrétaire d’Etat au Numérique, Axelle Lemaire, dévoile à 20 Minutes sa feuille de route.

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Quelles sont vos priorités pour le projet de Loi numérique?

Il repose sur trois piliers. Un axe économique, ou comment utiliser le numérique comme levier de croissance pour promouvoir des écosystèmes de start-up et mener la transition numérique de l’économie traditionnelle. Un juridique, pour garantir certains principes de liberté et de sécurité pour les internautes. Et un dernier concernant les institutions, pour réformer la qualité des services publics.

L’économie et les libertés sont liées, pourquoi les séparer?

La séparation peut sembler artificielle mais au sein d’un projet de loi, certaines dispositions relèvent de différentes institutions. Il s’agira de trouver un délicat équilibre entre la promotion de l’innovation autour de l’économie de la «data» (données), qui est le pétrole du XXIe siècle, la préservation des libertés publiques et la protection de la vie privée.

Avec les objets connectés, la collecte de données va exploser. Comment protéger les usagers?

Le droit français les protège. Mais le gouvernement a la responsabilité de s’assurer que les grandes plateformes ou d’autres Etats ne recourent pas à des pratiques de détournement qui permettraient de ne pas être soumis à notre législation. Il faudrait qu’une solution globale soit trouvée par un traité international. Dans la pratique, si on parvient à s’accorder au niveau européen, ce sera un grand pas en avant.

Doit-il y avoir une réponse technologique européenne pour se protéger de la NSA?

Je crois en une réponse technologique, juridique et politique, notamment concernant les données hébergées dans le Cloud hors de l’Union européenne. Il en va de la défense de nos valeurs.

Sur la neutralité du Net, êtes-vous opposée à la création de «voies rapides» permettant à des géants du Web de payer pour mieux acheminer leurs contenus chez l’abonné?

C’est une question à laquelle il est impossible de répondre par oui ou par non. La question de la neutralité des plateformes et des réseaux doit être posée. J’aimerais que ce principe de neutralité figure dans le droit français et soit affirmé au niveau européen. L’Europe n’est pas les Etats-Unis. Nous ne voulons pas d’un Internet fractionné. La France continuera d’être active sur ce dossier pour défendre une position qui protège la liberté d’Internet tout en préservant les capacités d’innovation des entreprises.

La France est-elle en retard sur le déploiement du très haut débit et de la 4G?

L’horizon a été fixé à 2023. Certaines régions sont en avance et d’autres en retard. Globalement, le calendrier est respecté. Les tuyaux, c’est important, mais il faut aussi développer les usages et la formation, notamment dans les établissements scolaires. J’ai rencontré le ministre de l’Education, Benoît Hamon, à ce sujet, et un rapport sera bientôt remis.

En s’installant au Luxembourg, Netflix va échapper à la réglementation française. Le gouvernement a-t-il des moyens de faire pression sur le financement des créations tricolores?

On a un rendez-vous avec Aurélie Filippetti (Culture) et Arnaud Montebourg (Economie) la semaine prochaine. Il faut mener un combat à la fois défensif et offensif pour demander le respect de certaines règles tout en facilitant la transition numérique de notre secteur culturel national.

Comment développer la «French Tech»?

Nous aurons une fête de start-up, le French Tech festival, au moins de juin. Attirer le capital risque en France est crucial. Cela passera par la création de fonds paneuropéens, à la fois publics et privés. Je crois à l’Europe du numérique.

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