La révolution tranquille de Facebook pour régner sur le mobile

WEB Facebook veut devenir la super glu qui connecte les apps et court-circuite le navigateur. Et la domination de Google...

Philippe Berry
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AppLinks, de Facebook, permet de créer des liens entre deux apps.
AppLinks, de Facebook, permet de créer des liens entre deux apps. — FACEBOOK

De prime abord, on pourrait croire que Mark Zuckerberg n'a rien présenté de fracassant à la conférence F8, mercredi. Pas de produit pour les utilisateurs, de nouveau design ou d'acquisition. Mais le fondateur du réseau a fait émerger une vision claire et ambitieuse: Facebook veut construire les ponts connectant les applis mobiles entre elles. Et ainsi régner en maître sur les données et la publicité. Si les développeurs répondent présents, Google peut commencer à s'inquiéter.

AppLinks, le liant inter-apps

Google n'aurait jamais pu devenir le centre névralgique du Net sans l'architecture ouverte de la Toile. Grâce aux adresses Web et aux liens HTML, il a pu la cartographier et on navigue d'un site ou d'une page à l'autre sans transition. Sur smartphone et tablette, c'est un joyeux bazar. Le Web mobile n'a jamais réussi à être aussi convivial et performant que les apps. Arrive AppLinks.

Présenté mercredi, AppLinks est une solution qui permet de créer des liens d'app à app («deep links»). Exemple: sur smartphone, on clique, dans Facebook, sur le dernier single de Lykke Li. Cela ouvre l'app SoundCloud au bon endroit. On joue le morceau et revient là où on était sur Facebook. A aucun moment, on n'est redirigé, comme aujourd'hui, dans le navigateur mobile. Il n'y a pas de friction. Pas de mot de passe à rentrer.

AppLinks est un standard open source. Les développeurs n'ont qu'à copier quelques lignes de code pour que les liens Web soient convertis, manuellement ou automatiquement. Une vingtaine de partenaires (SoundCloud, Spotify, Pinterest, notamment) l'ont déjà adopté. Les sites d'informations devraient être fort intéressés.

Facebook n'est pas le seul à chercher à régler ce problème. Google le fait déjà ponctuellement, par exemple avec des liens redirigeant vers l'app YouTube. D'autres, notamment des acteurs de la publicité, ont leur solution maison mais il n'y a pas de standard qui fonctionne à la fois sur iOS, Android et Windows Phone.

Un login anonyme qui n'est pas vraiment anonyme

Outre le bouton «like» qui arrive sur mobile, Mark Zuckerberg a présenté une évolution du service d'identité Facebook Connect. Désormais, l'utilisateur peut choisir au cas par cas les données qu'il veut partager (nom, email, liste d'amis etc). Surtout, il dispose d'un mode «connexion anonyme» pour pouvoir essayer une app sans créer de compte ni partager ses infos sociales.

Bien choisi par Mark Zuckerberg, le nom est trompeur. Cela signifie simplement que les informations du compte Facebook ne sont pas partagées avec le partenaire. Mais avec ce cheval de Troie, Facebook, lui, peut suivre les activités de l'utilisateur.

Dominer le mobile à l'horizontale

Apple, Google et Microsoft contrôlent chacun des plateformes mobiles très verticales. Les développeurs s'arrachent les cheveux et doivent créer de multiples versions d'apps qui ne sont pas compatibles d'un OS à l'autre. Sur iTunes ou Google Play, la recherche d'apps est préhistorique. Les utilisateurs, eux, vivent dans des silos cloisonnés pas très fonctionnels.

Certains espéraient qu'avec le HTML5, le Web mobile décollerait et ferait sauter les barrières. Pour l'instant, ça n'a pas été le cas. Mark Zuckerberg dit «vouloir rendre le mobile plus ouvert». Mais aussi plus Facebook dépendant. Avec des liens inter-apps, le bouton like, un service d'identité et des notifications, Facebook «veut s'étendre horizontalement entre toutes les plateformes», estime l'analyste de Gartner Brian Blau. Et ça tombe bien, Zuckerberg vient justement de lancer un réseau publicitaire mobile.