E-reputation: «Partager sa vie privée sur le Web n’est pas néfaste»

INTERVIEW La plateforme Soyez net sur le Net, qui proposait déjà un test pour connaître son image sur Facebook, s’étend à Twitter. Alors que la Ville de Paris lance ce jeudi l’événement, «20 Minutes» a rencontré Camille Alloing, enseignant-chercheur à l’IAE de Poitiers, qui œuvre sur le thème de l’e-reputation depuis 2008…

Propos recueillis par Sélèna Jeusset
— 
Le logo de Twitter
Le logo de Twitter — Damien Meyer AFP

Ce jeudi, la ville de Paris et la Maif, en partenariat avec Reputation Squad, présentent sur le site Soyez net sur le Net un nouveau test basé sur TwitterL’opération est rapide: en deux minutes et quelques clics, l’internaute peut évaluer son e-reputation sur le réseau social. Déjà 450.000 internautes ont effectué le premier test chronométré, basé sur l’honnêteté de l’utilisateur. Camille Alloing, enseignant-chercheur à l’IAE de Poitiers, auteur d’une thèse portant sur la question de l’e-reputation et animateur d’un blog depuis 2008 revient sur cette initiative et sur les bonnes pratiques sur le Web.

Qu’est-ce que l’e-reputation?

C’est l’ensemble des indicateurs (commentaires, photographies…) en ligne qui permettent à un individu d’en évaluer un autre.

Faut-il faire attention à ce qu’on publie sur Internet?

Partager sa vie privée sur le Web n’est pas néfaste si l’on fait attention à la façon dont elle va être visible. Tout est une question de contexte. Par exemple, si un ami voit une photographie de vous plutôt compromettante, imaginons en soirée, il ne trouvera pas ça choquant. A l’inverse d’un employeur potentiel. L’interprétation des indicateurs est différente selon les individus, et c’est ça qu’il faut prendre en compte quand on utilise les réseaux sociaux.

Les «nettoyeurs du Web» sont des entreprises qui proposent d’éviter les éventuels débordements en ce qui concerne son e-reputation. Est-ce vraiment utile?

Faire croire aux gens que c’est en mettant la poussière sous le tapis que ça ira mieux est loin d’être pertinent. Sur la durée, il est déjà prouvé que ce n’est pas efficace. Quand on est attaqué, par des utilisateurs autres via des insultes par exemple, il faut réagir vite avec des dispositifs légaux. Et assumer quand c’est moins grave, et que ce ne sont que des détails.

Que pensez-vous de l’initiative de la plateforme Soyez net sur le Net?

En termes de sensibilisation, c’est intéressant mais cela reste superficiel, car cette application ne prend pas en compte le contexte et l’interprétation du public. De plus, on fonctionne sur la peur en effrayant les utilisateurs sur le contenu qu’ils mettent en ligne. On fait croire, par exemple, à des adolescents que certaines de leurs photographies de leurs soirées sont moralement répréhensibles.

Comment mieux sensibiliser les internautes à leur e-reputation?

Il faudrait apprendre aux utilisateurs comment fonctionnent, à la base, les réseaux sociaux, les sites Internet. Ils doivent mettre en valeur les éléments les plus intéressants, comme des travaux réalisés qui pourraient plaire à un recruteur ou du contenu web comme un site internet. Agir ainsi cachera naturellement les aspects personnels moins pertinents. Internet n’est pas le diable, ce qui est dangereux c’est juste son manque de compréhension.