Médecins généralistes: «Internet complexifie les relations avec les patients»

SANTE Les gens sont mieux informés, pour le pire comme pour le meilleur...

Corentin Chauvel

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Illustration d'une consultation chez un medecin generaliste en Essonne . Carte vitale
Illustration d'une consultation chez un medecin generaliste en Essonne . Carte vitale — VINCENT WARTNER / 20 MINUTES

Internet est-il bénéfique pour les patients des médecins généralistes? Une étude menée par une équipe de l’University College de Londres montre que les Britanniques faisant des recherches sur Internet à propos de leur maladie ou de traitements ont des relations plus intéressantes avec leur médecin, rapporte le Daily Telegraph ce vendredi.

Qu’en est-il des patients français? «Il y a un appétit énorme pour l’Internet de santé, mais dans les têtes à tête avec leur médecin généraliste, cela n’a rien changé», répond à 20 Minutes Dominique Dupagne, médecin généraliste et gestionnaire du site spécialisé dans la santé Atoute.org. «Les patients font une séparation entre ce qu’ils trouvent sur Internet et la consultation avec leur médecin. C’était la même chose avant avec les articles de la presse santé. Le médecin est un professionnel et le patient ne veut pas l’irriter», précise-t-il.

Il n’y a pas de modification dans les rapports parce que le patient va aussi chercher autre chose, ajoute Dominique Dupagne, telles que des questions qu’il n’ose pas poser à son médecin, notamment sur la sexualité. Il y a bien quelques patients «experts», «très pointus sur leur maladie et leurs traitements», mais «un médecin intelligent l’accepte parce qu’il a lui le savoir transversal que le patient n’a pas», explique le médecin généraliste qui précise que ce phénomène est «marginal».

«Quand on lit les forums, on est carrément inquiet»

Un autre médecin, Jean-Paul Hamon, membre de l’Union généraliste, a cependant une autre vision de l’Internet de santé. «Certains patients s’informent bien et d’autres moins, ce n’est pas simple», résume-t-il auprès de 20 Minutes, visant particulièrement les nombreux forums médicaux sur lesquels les internautes échangent autour de leurs pathologies.

«Quand on lit les forums, on est carrément inquiet, plein de patients ont lu le pire et ne sont pas rassurés», déplore Jean-Paul Hamon qui se veut donc «extrêmement prudent» par rapport à la santé sur Internet. Dominique Dupagne reconnaît ces écueils: «On y trouve des gens qui ont les formes les plus graves de la maladie et qui vont en donner une vision déformée auprès des autres internautes.»

«Informer le patient, c’est normal, le surinformer, ce n’est pas bien»

En ce sens, Internet peut être «destructeur» pour les hypocondriaques, poursuit le médecin. «C’est un drame, rien ne va les rassurer. Tels des joueurs de casino, il faudrait leur interdire Internet», souligne-t-il. Jean-Paul Hamon fait le parallèle avec l’annonce qui est faite aux patients lors d’un traitement ou encore d’une anesthésie: «On est obligé de lui dire toutes les complications imaginables.» Et pour le médecin, «informer le patient, c’est normal, le surinformer, ce n’est pas bien».

Cette entrée d’Internet dans le quotidien des patients provoque ainsi aujourd’hui «des consultations beaucoup plus longues et détaillées, cela les complexifie plus que l’inverse», juge Jean-Paul Hamon qui a tout de même quelques sites de référence, mais voudrait bien «faire le ménage» dans les forums. Si Dominique Dupagne reconnaît qu’Internet «menace le pouvoir des médecins», il trouve pourtant ce moyen d’information «passionnant et très positif pour la santé publique».

Ne pas aller chercher de diagnostic sur des symptômes

Le médecin salue l’aspect communautaire d’Internet dans le cas d’une maladie grave ou rare, ou d’une grossesse. «On va discuter, créer des liens, trouver des informations passionnantes, notamment sur des traitements alternatifs», explique Dominique Dupagne. «Quand un médecin est lui-même atteint d’une maladie grave, il est toujours impressionné par la qualité de ce qu’il peut trouver sur Internet», renchérit-il.

Au final, le médecin généraliste propose deux conseils vis-à-vis de l’utilisation d’Internet. Dans un premier temps, il déconseille de «mettre un diagnostic sur des symptômes à l’aide de l’Internet de santé, c’est un désastre garanti». En revanche, dans le cas de l’annonce d’une maladie ou d’un examen complémentaire «pas simple», cela peut être intéressant de «s’informer des témoignages, cela donne une vision plus claire de la réalité.»

Et vous, qu’en pensez-vous? Consultez-vous les sites et forums de santé? En parlez-vous avec votre médecin?