Jacques-Antoine Granjon: «On ne marche pas sur les plates-bandes des majors»

INTERVIEW Le patron de vente-privee.com s'en est pris aux maisons de disque après l'éviction du Top 50 du chanteur Baptiste Giabiconi, dont il vend le premier album en exclusivité. Jacques-Antoine Granjon revient sur la polémique et parle de ses ambitions à «20 Minutes»...

Propos recueillis par Anaëlle Grondin

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Jacques-Antoine Granjon, le patron du site Vente-Privee.com.
Jacques-Antoine Granjon, le patron du site Vente-Privee.com. — Clément Schneider

Jacques-Antoine Granjon n’a pas l’habitude de s’épancher dans la presse. Mais lorsque le Syndicat national de l’édition phonographique (Snep) décide de chasser du top album un artiste qu’il promeut en exclusivité sur son site, le patron de vente-privee.com a la langue acérée. Pour le Snep, le règlement spécifie que le disque ne peut faire partie du classement car il n'est disponible que sur cette plate-forme à prix réduit. Jacques-Antoine Granjon fulmine et dénonce un «lobbying». Entretien.

Après l’affaire du Top 50, vous avez violemment critiqué les maisons de disque et le Snep, déclarant la guerre aux majors…

Je pense qu’il y a une grande immobilité de la part des majors sur plusieurs sujets: comment on réinvente le business de la musique, on promeut les talents, on rend accessible la créativité, et la production d’«anciens» artistes de qualité mais moins bankable que les «nouveaux». Vente privée ne marche pas sur les plates-bandes des majors, on fait des opérations promotionnelles de courtes durées. Après, le monde de la distribution peut récupérer l’artiste et continuer à produire ses œuvres. On monte au créneau parce que Baptiste [Giabiconi], inconnu dans la chanson, décide de vendre son premier album sur le site, qu’il est premier au Top 50, et que là brusquement, par un coup de fil du patron d’une maison de disque, on dit «ben non, lui ça compte pas». C’est quoi cette guerre des anciens contre les nouveaux? Du monde figé contre un monde qui bouge? C’est absurde et injuste.

Pourquoi ce clash maintenant avec le Snep? Ce n’est pas la première fois que vous vendez des albums, il y a notamment eu Iggy Pop.

C’est la première fois qu’un artiste distribué par Vente privée se classe  premier au Top 50. Ça gêne. Je ne suis pas contre les maisons de disques, mais je dénonce le lobbying d’un mec qui prend son téléphone et qui dit «Baptiste est premier au Top 50, ah, on l’enlève». Le règlement du Top 50 change quand ça les arrange. Quand nos artistes étaient troisièmes du top, ça ne gênait personne.

Derrière ces ventes de disque, quelle est votre ambition?  Suivre la carrière d’un artiste?

Ce n’est pas notre objectif. C’est aux majors de faire ça. Et elles ont un vrai rôle. Patricia Kaas a fait un disque d’or avec nous et elle est de nouveau chez Universal. Si demain, Baptiste travaille avec une maison de disques, je suis ravi pour lui. On veut promouvoir les artistes. On n’est pas simplement un distributeur de disques. Il y a sur le site une mise en scène, des clips, une interview, une mise en valeur des créations. Ensuite, l’ADN de Vente privée, c’est de faire accéder au plus grand nombre des produits culturels à moindre prix. On a la chance d’avoir un trafic quotidien de 2,5 millions de personnes qui viennent pour acheter le stock des marques. On s’est dit: «Que pouvons-nous inventer? Pourquoi pas vendre et promouvoir des artistes?»

Pourquoi cet attrait pour la culture ces derniers temps?

Notre métier, à la base, c’est de vendre le stock des invendus de marques. Comment faire pour charger le site en émotion et donner envie aux gens de revenir tous les jours? En vendant autre chose que des t-shirts: de la culture. On a fait des opérations avec Flammarion et Gallimard pour des livres, et on s’est mis à vendre des disques.

On reproche aux maisons de disques de ne pas laisser une grosse part du gâteau aux artistes, financièrement. Combien Baptiste Giabiconi touche-t-il pour chaque album vendu sur vente-privee.com?

Je ne sais pas. Il faut demander à son producteur. Vous imaginez bien que quand on vend l’album à 6 euros, c’est nous qui faisons un sacrifice sur le prix. Mais ça fait parler de Vente privée.

Au printemps, vous aviez évoqué la production de spectacles. Qu’en est-il?

J’ai dit à mes équipes de regarder s’il y avait des artistes qui avaient envie qu’on les co-produise avec leur tourneur, de voir si on ne peut pas inventer des shows, faire chanter un artiste dans un endroit où il n’a jamais chanté... On mettrait en scène l’événement sur Vente privée, on vendrait les billets sur le site et on produirait l’artiste sur scène. Le business model est assez intéressant. On y travaille, c’est la prochaine étape.