Îles Féroé : Le spectacle de la nature à l’état pur

Évasion L’archipel viking est une des destinations les plus préservées du monde. Les éléments qui s’y déchaînent ont sculpté des paysages époustouflants, peuplés par deux fois plus de moutons que d’humains

Jean-Claude Urbain pour 20 Minutes
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Aucun panneau n oriente les visiteurs dans la nature féroïenne. Mais il suffit de quelques pas pour dénicher ses plus beaux sites, comme cette chute sous le hameau de Gasadalur.
Aucun panneau n oriente les visiteurs dans la nature féroïenne. Mais il suffit de quelques pas pour dénicher ses plus beaux sites, comme cette chute sous le hameau de Gasadalur. — Jean-Claude Urbain

Il était une fois une contrée perdue dans les nuées, où une nature brute imposait le respect à une population soudée… Ainsi commence le conte de fées qui conduit les voyageurs bien inspirés jusqu’aux Îles Féroé. Reclus aux confins de l’Atlantique nord, au centre d’un triangle formé par l’Écosse, la Norvège et l’Islande, cet archipel subarctique est l’un des derniers territoires sauvages d’Europe.

Les macareux nichent par milliers sur l ile de Mykines. Un paradis pour ornithologues en herbe.
Les macareux nichent par milliers sur l ile de Mykines. Un paradis pour ornithologues en herbe. - Jean-Claude Urbain

Bien que pays constitutif du royaume du Danemark, ce chapelet de dix-huit petites îles possède une entière autonomie et n’adhère pas à l’Union européenne. Les Féringiens frappent leur propre monnaie, brassent d’excellentes bières, pêchent dans leurs eaux exclusives et obéissent aux lois d’un Parlement fondé au Xe siècle. De cet isolement géographique et politique résulte une microsociété quasi-idéale, affichant les taux de chômage et de criminalité les plus faibles du monde.

Une alimentation longtemps frugale expliquerait la petite taille des Féringiens en comparaison à leurs cousins scandinaves.
Une alimentation longtemps frugale expliquerait la petite taille des Féringiens en comparaison à leurs cousins scandinaves. - Jean-Claude Urbain

Les 53.000 Féringiens sont fiers de rappeler leur ascendance viking. Un tiers d’entre eux se concentre à Tórshavn, « le port de Thor ». Leur langue est d’ailleurs plus proche de l’islandais que du danois. En vieux norrois, faer signifie mouton et oyar désigne les îles. Les Féroé, ou Føroyar plus exactement, se traduisent donc par « îles aux moutons ». Rien de surprenant tant les ovidés y prospèrent. Ils seraient quelque 90.000 à circuler librement, des pentes verdoyantes jusque sur les ronds-points.

Les moutons font partie du paysage depuis leur introduction par des moines irlandais, bien avant l arrivée des Vikings.
Les moutons font partie du paysage depuis leur introduction par des moines irlandais, bien avant l arrivée des Vikings. - Jean-Claude Urbain

L’intégrité culturelle des Féroé faisait partie des critères retenus par les experts du magazine National Geographic lorsqu’ils classèrent la destination en tête des « îles les plus fascinantes du monde ». Les Féringiens, dont le niveau de vie n’a augmenté que tardivement, au XXe siècle, entretiennent farouchement des traditions jadis vitales face aux pénuries. Certaines sont parfois décriées, comme le grind, la pêche saisonnière aux cétacés globicéphales dont la chair est distribuée gratuitement à la communauté.

Dans un pays sans arbre, où cultiver de simples patates relève de l’exploit, la mer a toujours fourni de quoi survivre. Et la peur de manquer reste ancrée dans l’inconscient collectif. Chaque maison possède ainsi un hjallur aux parois ajourées où la viande et les poissons fermentent sous les embruns.

Bien isolée par son toit en gazon, la ferme de Kirkjubour est la plus ancienne construction encore habitée de l archipel.
Bien isolée par son toit en gazon, la ferme de Kirkjubour est la plus ancienne construction encore habitée de l archipel. - Jean-Claude Urbain

Un autre atout indiscutable permet aussi au pays de se distinguer : la virginité de sa nature. En effet, même si les Féroé réservent un accueil chaleureux à leurs visiteurs, et bien que des vols hebdomadaires directs les relient désormais à de grandes capitales comme Paris, leur archipel solitaire reste encore très loin des sentiers battus.

Cette terre âpre, que se disputent sans cesse la pluie et la brume, est l’une des plus humides de la planète ! Eydun Berg, qui dirige la compagnie d’excursions sur-mesure North Atlantic Xperience, conseille de « toujours avoir un plan B, et même un plan C, avant de partir à l’aventure ». Mais ici plus qu’ailleurs, la nature récompense ceux qui se jettent à l’eau.

Rapides et agiles, les bateaux pneumatiques de la compagnie NAX permettent d approcher au plus près des falaises d Hestur.
Rapides et agiles, les bateaux pneumatiques de la compagnie NAX permettent d approcher au plus près des falaises d Hestur. - Jean-Claude Urbain

À couper le souffle

Près de huit cents fjords tailladent la géographie des Féroé. La mer y est omniprésente. Où que l’on se promène dans l’archipel, on n’est jamais à plus de cinq kilomètres des flots. Et sur ces cailloux aux flancs déchiquetés par l’érosion, on n’est jamais très loin non plus d’un paysage extraordinaire. Les Féroé possèdent les plus hautes parois d’Europe, dont certaines s’élèvent à plus de 700 mètres dans le fjord de Vestmanna.

Kalsoy vue d hélicoptère. Rapides et bon marché, les liaisons inter îles offrent des vues sensationnelles.
Kalsoy vue d hélicoptère. Rapides et bon marché, les liaisons inter îles offrent des vues sensationnelles. - Jean-Claude Urbain

Sur l’île de Vágar, un périmètre de dix kilomètres autour de l’aéroport réunit à lui seul quelques-unes des plus belles fantaisies de la nature. Côté est, le lac Sørvágsvatn qui se déverse en cascade dans l’océan offre une vision surréaliste depuis le haut des falaises environnantes. Côté ouest, une rivière court sous le hameau de Gásadalur avant de chuter dans les vagues.

Inutile d’insister sur la beauté des lieux lorsque le soleil parvient à percer les nuages ! Pourtant, aucun panneau ne signale ces sites prodigieux. Il faut se renseigner auprès des habitants pour les localiser. Là réside toute la magie des Féroé : après un trajet hésitant qui se termine souvent à travers champ, le visiteur se retrouve seul, en face-à-face avec les éléments…

Torshavn, capitale de poche des Féroé, est cernée par une nature intacte.
Torshavn, capitale de poche des Féroé, est cernée par une nature intacte. - Jean-Claude Urbain

Sur les prairies détrempées qui coiffent les reliefs basaltiques, les seules touches de couleurs sont apportées par les façades des maisons et par les becs des macareux. À l’extrémité occidentale de l’archipel, ces oiseaux marins sont les maîtres de l’île de Mykines.

Reconnaissables à leur regard de clown triste et à leur grand bec bariolé, ce sont les plus attendrissants représentants de la faune locale. Leur colonie cohabite ici avec les cormorans et les fous de Bassan. Peu craintifs, tous ces oiseaux se laissent approcher, au grand bonheur des photographes et des ornithologues dont le coup de foudre avec les Féroé est par avance assuré.

Le fermier Johannus Kallsgard a fait installer une stèle à la mémoire de James Bond, dont les dernières aventures s achèvent sur ses terres de Kallur.
Le fermier Johannus Kallsgard a fait installer une stèle à la mémoire de James Bond, dont les dernières aventures s achèvent sur ses terres de Kallur. - Jean-Claude Urbain

Les cinéphiles, quant à eux, lorgnent de l’autre côté de l’archipel, vers l’île de Kalsoy. C’est que James Bond est récemment passé par là ! La pointe spectaculaire de Kallur a, en effet, servi de cadre aux dernières scènes de Mourir peut attendre, le 25e volet de la saga. À la sortie du film, les spectateurs Féringiens ont tous patienté jusqu’à la fin du générique pour applaudir leur compatriote Jóhannus Kallsgard, crédité comme le « Roi de Kalsoy ». C’est ainsi que ce jeune fermier a été remercié pour avoir accueilli l’équipe du tournage sur les falaises de Kallur.

Une stèle en l’honneur de l’agent 007 a été installée sur les hauteurs vertigineuses de sa propriété. L’image de son inauguration par Jóhannus et le Premier ministre du pays a fait le tour du monde début 2022. Depuis, le site a retrouvé sa quiétude. Il reste merveilleusement accueillant et préservé, à l’image de toutes les Féroé.

Y aller

Bien que plus humide que le mois de mai, juillet offre de très longues journées à la fête nationale de Saint-Olav et aux nombreuses festivités qui l’accompagnent.

Jusqu’à cette année, il fallait transiter par Copenhague pour rejoindre les Îles Féroé. Mais l’archipel est désormais accessible en 2h40 depuis la France. Atlantic Airways vient en effet d’ouvrir une liaison directe entre Paris-CDG et l’aéroport de Vágar. Jusqu’au 17 octobre 2022, la compagnie aérienne des Féroé opère deux vols hebdomadaires, les lundis et jeudis, à partir de 407 euros A/R.

Atlantic Airways dispose aussi d’hélicoptères pour se déplacer d’île en île. L’héliport de Tórshavn est accessible à pieds depuis le centre-ville. Ce mode de transport rapide et spectaculaire est étonnement abordable aux Féroé. Entre 15 et 50 euros par trajet. Mais le brouillard rend les rotations aléatoires. Le manque de visibilité ne pose en revanche aucun problème aux Airbus 320neo de la compagnie qui sont équipés d’un système de navigation ultra-précis leur permettant d’atterrir à l’aveugle.

Se déplacer

La voiture est le mode de transport idéal pour explorer les principales îles, reliées par d’impressionnants tunnels sous-marins. Pas besoin de GPS. Il y a tellement peu de routes qu’une carte routière suffit à se repérer. Quelques données sont toutefois à prendre en considération. Les voies de circulation, toujours bien entretenues, sont parfois très étroites et pentues. Des moutons peuvent surgir à n’importe quel moment. Et les caprices de la météo peuvent compliquer le tout.

Se loger

Où que l’on choisisse de résider sur l’archipel, la plupart des îles restent accessibles dans la journée. Avec ses 19.000 habitants, la capitale des Féroé est une cité à taille humaine où l’on se sent immédiatement à l’aise. Sur les hauteurs de Tórshavn, l’hôtel Hilton Garden Inn est un des plus grands et des plus beaux établissements du pays. Avec ses vastes chambres aux équipements pratiques, cette nouvelle adresse est un confortable camp de base pour rayonner à travers le pays.

Se restaurer

Les végétariens auront des difficultés à apprécier les habitudes culinaires des Féringiens. Mouton et poisson sont en effet de rigueur à tous les repas dans un pays où presque aucun légume ne pousse. Situé dans une petite bâtisse chaleureuse sur le port de Tórshavn, Roks est une nouvelle version décontractée du restaurant étoilé Koks. Les locaux s’y pressent pour découvrir des saveurs de la mer revisitées avec créativité. Pour une expérience plus intimiste, des fermiers ouvrent aussi leurs portes aux visiteurs. C’est le cas d’Anna et Óli Rubeksen qui proposent de goûter à des préparations traditionnelles (parfois déroutantes, comme le cabillaud à la panse de mouton fermentée) face à un panorama de rêve.

À voir

Kirkjubøur est le site historique le plus important de l’archipel, avec son église luthérienne, les ruines de la cathédrale Saint-Magnus et la ferme Roykstovan, l’une des plus anciennes constructions en bois habitées du monde. Dix-sept générations d’une même famille se sont succédé dans cette maison remplie de souvenirs. Une visite passionnante, lorsqu’elle est commentée par Jóannes Patursson, l’actuel propriétaire.

À écouter

La musique est très présente dans la société féroïenne. Attachés à leur culture, les artistes nationaux comme Eivør, Orka ou Budam Man, remettent au goût du jour des sons traditionnels sur des rythmes folk, rock ou jazz. Ils sont tous produits par l’unique maison de disques de l’archipel, Tutl Records, qui possède aussi un écomusée et un point de vente à Tórshavn. Les mélomanes peuvent y rencontrer Kristian Blak, le musicien créateur du label.

Renseignements

En plus des indispensables conseils pour préparer son voyage, le site de l’office de Tourisme des Îles Féroé livre de passionnantes infos sur les coutumes et légendes locales.