Fier de son exceptionnelle biodiversité, le Costa Rica déclare la paix à la nature

Écotourisme Pura Vida ! L’expression favorite des Costariciens résume leur bonheur de savourer une « vie pure » dans un eldorado naturel aux politiques d’avant-garde

Jean-Claude Urbain pour 20 Minutes
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Dans la forêt de nuages de Monteverde, des passerelles accessibles à tous offrent des points de vue uniques sur la canopée.
Dans la forêt de nuages de Monteverde, des passerelles accessibles à tous offrent des points de vue uniques sur la canopée. — Jean-Claude Urbain

Tout visiteur du Costa Rica doit être prêt à se mouiller. Jamais avares de plaisanteries, les Ticos, comme se surnomment eux-mêmes les habitants, ne s’inquiètent guère des prévisions météorologiques. Ils savent qu’ « à la saison des pluies, succède une saison très humide ».

Ouvert sur l’océan Pacifique d’un côté, et sur la mer des Caraïbes de l’autre, leur pays est en effet copieusement arrosé tout au long de l’année. Ces conditions climatiques, associées à une topographie volcanique formant un corridor entre les Amérique du Nord et du Sud, y ont favorisé l’éclosion d’une biodiversité exceptionnelle.

Les oiseaux, comme cet araçari à collier, sont les rares touches de couleurs visibles dans l'océan vert de la jungle.
Les oiseaux, comme cet araçari à collier, sont les rares touches de couleurs visibles dans l'océan vert de la jungle. - Jean-Claude Urbain

Déjà frappé par la luxuriance de la région, Christophe Colomb l’avait baptisée La Huerta, « Le Jardin », lorsqu’il s’en approcha en 1502. Le Costa Rica est à la fois un confetti à la surface de la planète et un monde à lui tout seul. Ce minuscule pays, couvrant à peine 0,03 % des terres émergées, abrite près de 5 % des espèces animales et végétales connues à ce jour : 12.000 plantes, dont 1.300 orchidées, 300.000 araignées et insectes, dont 10.000 papillons, 930 oiseaux, dont 50 colibris, 230 mammifères, 220 reptiles, 160 amphibiens… De quoi donner le vertige au plus chevronné des biologistes !

Ce patrimoine remarquable est protégé par une trentaine de parcs nationaux où l’on passe en quelques kilomètres de forêts en volcans, de plaines en marais, de mangroves en plages de sable fin. Au départ de n’importe quelle ville, il suffit de rouler une demi-heure en voiture pour se griser de verdure.

Exemple de ficus étrangleur sur les flancs du volcan Rincón de la Vieja.
Exemple de ficus étrangleur sur les flancs du volcan Rincón de la Vieja. - Jean-Claude Urbain

Cinquante nuances de vert

Dans la demi-nuit végétale de la forêt tropicale, rien ne se laisse deviner d’un coup d’œil. Brindille ou phasme ? Liane ou serpent ? Il faut réapprendre à regarder à travers l’inextricable lacis des fougères. Et surtout suivre les conseils avertis d’un guide naturaliste comme Bertrand Ducos de Lahitte, qui prévient : « Les jaguars rodent, mais les dangers viennent d’animaux beaucoup plus petits, comme les grenouilles ou même les fourmis. Aucun n’est agressif, mais tous savent se défendre si on leur pose le pied ou la main dessus. »

De jour comme de nuit, la forêt tropicale est le domaine d?espèces qu?il ne vaut mieux pas déranger.
De jour comme de nuit, la forêt tropicale est le domaine d?espèces qu?il ne vaut mieux pas déranger. - Jean-Claude Urbain

Cette vie sauvage s’épanouit avec encore plus d’exubérance à la cime des arbres. C’est en effet dans les nappes de brume de la canopée que fleurissent les orchidées sous le regard des quetzals et des paresseux. Le Costa Rica a su tirer le meilleur parti d’un tel environnement, en misant avant tout le monde sur l’écotourisme. La première tyrolienne du pays a été installée à Santa Elena, dans la forêt de nuages de Monteverde. Depuis, plus de 80 agences ont tendu leurs câbles métalliques à travers le territoire. Adrénaline garantie ! Mais les chances d’observer l’envol d’un toucan sont minces lorsque l’on fonce pieds en avant dans le tunnel végétal.

Bien que souvent noyés dans la brume, les sentiers de la réserve Santa Elena sont propices aux observations ornithologiques.
Bien que souvent noyés dans la brume, les sentiers de la réserve Santa Elena sont propices aux observations ornithologiques. - Jean-Claude Urbain

Heureusement, la zone de Monteverde est aussi équipée de ponts suspendus qui permettent de cheminer sereinement parmi les frondaisons. L’enchevêtrement de mousses et de plantes épiphytes, ruisselantes d’humidité, donne une atmosphère onirique à ces hauteurs cachées dans les nuées. Chaque arbre recèle des milliers d’espèces, dont certaines restent encore à découvrir. Un formidable terrain de jeu pour la bioprospection, cette discipline visant à inventorier le vivant et à en étudier le matériel génétique afin de lui trouver des applications utiles, à la pharmacopée notamment.

L’adieu aux armes

Sa stabilité et sa qualité de vie valent au Costa Rica le surnom de « Suisse des Tropiques ». Le pays, qui fête cette année le bicentenaire de son indépendance, se classe régulièrement en tête des nations les plus heureuses du monde. Un bonheur tranquille qui puise sa source dans la géographie et l’Histoire.

Isolé du reste des anciennes colonies espagnoles, ce petit territoire, barré de cordillères et dépourvu de richesses minières, a bénéficié très tôt de politiques éclairées : école primaire gratuite et obligatoire dès 1869, abolition de la peine de mort en 1881, Sécurité sociale en 1940… Le tournant décisif fut la guerre civile de 1948 et sa singulière conclusion : la suppression de l’armée et une réaffectation budgétaire au profit de l’éducation et de la santé.

La légende raconte qu'après avoir peint le ciel, Dieu aurait laissé tomber une goutte de bleu dans le Rio Celeste, au c?ur du parc national Tenorio.
La légende raconte qu'après avoir peint le ciel, Dieu aurait laissé tomber une goutte de bleu dans le Rio Celeste, au c?ur du parc national Tenorio. - Jean-Claude Urbain

L’environnement, quant à lui, ne fut pas toujours au cœur des préoccupations. Comme partout ailleurs, on a beaucoup défriché au Costa Rica pour faciliter l’agriculture et l’élevage. Les forêts ne couvraient plus que 25 % du territoire en 1985. Mais une politique de reboisement a inversé la tendance.

En échange d’un loyer annuel, les agriculteurs sont notamment incités à consacrer une partie de leur exploitation à la régénération de la forêt. Grâce à ces nouveaux « cultivateurs d’oxygène », le couvert forestier représente aujourd’hui plus de la moitié du pays. Avec une électricité entièrement issue des énergies renouvelables, le Costa Rica entend même devenir la première « démocratie verte ». Une ambition soutenue par l’inscription dans sa Constitution du droit à un environnement sain.

Y aller

Avec le dérèglement climatique, les saisons sont de moins en moins marquées au niveau de l’équateur. On peut donc envisager un voyage au Costa Rica, même à la saison des fortes pluies, habituellement comprise entre septembre et novembre. Depuis Paris, la plupart des vols vers la capitale, San José, imposent une, voire deux escales. Comptez 12 heures pour les rares vols directs. En contexte de pandémie, il convient de bien se renseigner sur les situations locales avant d’entreprendre un voyage. Actuellement, le Costa Rica accepte les Français munis d’un certificat Covid européen et d’un Pass Santé généré après le renseignement d’un formulaire numérique.

Se loger

Exemplaire, le Costa Rica l’est aussi pour ses mesures sanitaires. Pas un lieu public qui ne soit équipé d’un lavabo pour se laver les mains ! La température des visiteurs est prise à leur entrée dans les parcs nationaux, comme à leur arrivée dans chaque hôtel. Dans un pays qui fait de l’éco-responsabilité une priorité, on privilégiera naturellement les établissements estampillés CST (Certification for Sustainable Tourism). Ce label remplace les traditionnelles étoiles par des feuilles pour indiquer le niveau d’implication environnementale et sociale des hôtels.

Nos adresses préférées : Xandari, pour sa proximité avec l’aéroport international. Arenal Springs, pour se baigner face au volcan. Senda Monteverde, pour ses jardins constellés de colibris. Rio Celeste Hideaway, pour son ambiance zen dans la verdure du parc Tenorio. Hacienda Guachipelin, pour découvrir le mode de vie des sabaneros (les cow-boys du Costa Rica), au cœur du parc Rincón de la Vieja. Jardín del Edén, pour finir son périple en douceur, sur les plages de Tamarindo.

Se restaurer

La cuisine costaricienne est rudimentaire, mais d’excellente qualité grâce à des produits de première fraîcheur. Copieux et bon marché, le Casado se retrouve sur toutes les cartes, à tous les repas. Ce véritable plat national est composé de riz, de haricots noirs, de banane plantain et de légumes assortis de viande ou de poisson, le tout accompagné de galettes de maïs. La liste des jus de fruits frais est en revanche très variée : corossol, mangue, goyave, papaye, fraise, banane et surtout ananas, dont le pays est le premier producteur mondial .

À voir

Pas de zoo au Costa Rica ! Maintenir des animaux sauvages en captivité y est strictement interdit. Mais les rencontrer dans leur milieu naturel n’est jamais garanti. La seule façon de pouvoir les approcher à coup sûr est donc de visiter un refuge, comme Las Pumas, qui recueille les individus blessés ou victimes de braconnage. À Monteverde, le centre Bat Jungle est spécialisé dans le soin des chauves-souris. Les visites animées ici par le biologiste belge Vino de Backer s’efforcent de lutter contre les idées reçues qui pèsent sur ces chiroptères. Bien plus proches des primates que des souris, ces mammifères ailés et sans aucun danger pour les humains ont, en effet, un rôle crucial dans la régulation des insectes et la fertilisation de la forêt. Visites sur rendez-vous : vino.monteverde@gmail.com