Vacances entre amis : Comment ne pas s’étriper sur les questions de budget ?

TOUS LES CRIS, LES SOS (1/5) Organiser des vacances avec ses potes peut être une magnifique aventure humaine… mais aussi un avant-goût de l’enfer

Jean-Loup Delmas

— 

Le budget des vacances peut facilement devenir une source de tension
Le budget des vacances peut facilement devenir une source de tension — Pixabay
  • Potes radins ou trop dépensiers, gaffeurs, feignasses… Les « amis relous » existent, et parviennent chaque année à trouver du monde pour partir en vacances avec eux.
  • Tous les ans, et cette année peut-être encore plus, après trois confinements anti-Covid, vous partez en congés avec des amis ? « 20 Minutes » a décidé de vous venir en aide. Tout simplement parce que la rédaction estime que vous avez pris assez cher en 2020 et 2021. Il est bien temps de profiter un peu !
  • Voici donc le mode d’emploi pour partir en vacances entre potes sans vous suicider ou suicider vos proches (car un accident est vite arrivé, on le sait).

Le soleil se couche paisiblement sur la Méditerranée, et entre deux rires partagés entre amis, on se dit qu’on compléterait bien ce tableau idyllique avec une bonne pinte pour célébrer les vacances comme il se doit. Ce bar avec vue sur la mer fera parfaitement l’affaire, et peu importe si la bière y est à sept euros, quand on aime, on ne budgette pas. Un consumérisme que ne partage pas forcément tout le groupe de potes, dont certains sont peut-être moins sereins face à l’ardoise qu’Hugo Lloris lors d’une séance de tirs au but (en huitième de finale contre la Suisse par exemple).

Depuis le début des vacances, on traîne les oursins dans les poches de Jérémy* comme l’ultime fardeau de 2021. On jurerait que le reste de l’année, il n’est pas radin, et les plus anciens se rappellent même de quelques tournées qu’il a rincé au bar. Mais lorsque l’été se pointe et que le budget explose, le voilà largué. Le bougre a même son terrible némésis et jumeau maléfique du budget, Edouard*, pour qui une journée à moins de 200 euros dépensés n’a pas d’intérêt et qui trouve notre choix de bar un peu prolétaire en comparaison du casino royal avec transat et mojito nécessitant un crédit bancaire. Ne rêvez pas, vous aussi vous allez forcément vous coltiner un Jérémy ou un Edouard pendant vos congés entre potes (sinon, c’est que vous êtes l’un des deux).

« Des vacances sans prendre de dessert, ce ne sont pas des vacances »

Le passage d’un budget de la vie quotidienne à un budget de vacances peut semer la zizanie dans un groupe d’amis, admet Angela Sutan, chercheuse en économie comportementale et professeure à la Burgundy School of Business : « Quand on part en vacances ensemble, le cadre dans lequel on évolue change, on est confronté à des situations nouvelles pour la première fois, et nos attentes envers nos amis sont parfois déçues. »

Un sujet qui nous crispe d’autant plus durant nos congés, souvent associés à un certain lâcher prise, notamment économique. « C’est le moment où la plupart des gens n’ont pas envie de se prendre la tête sur l’argent, et dépensent sans vraiment compter. Au contraire, pour d’autres, des vacances réussies sont des vacances où le budget est resté correct, ils sont fiers et soulagés en rentrant », ajoute l’experte. Comme avec les gens qui n’aiment pas le fromage, on ne jugera pas, mais quand même. En 2015, les vacances de Lucien* avec ses amis en Bretagne tournent court pour ce motif : « Il fallait tout calculer et tout sous-peser pour un seul ami ! Depuis, on ne l’invite plus, c’est trop prise de tête. Des vacances sans prendre de dessert, ce ne sont pas des vacances. »

Prévenir plutôt que subir

De l'autre coté, Léa*, seule précaire de sa bande de potes, nous fait une leçon de conduite : « Quand on est dans le dur financièrement, qu’on fait l’effort de quand même venir en vacances pour être avec nos amis et qu’on voit que nos difficultés ne sont pas prises en considération, cela donne des envies de meurtres. » D’autant plus qu’être dans la posture de celle qui ne peut pas tout faire n’a rien d’évident : « On passe pour la méchante ou la reloue, alors que c’est nous qui subissons le plus chaque choix. Tout ce que je vois, c’est que mes amis préfèrent un restaurant sympa sans moi à un repas lambda avec moi. » Ambiance ...

Pour éviter tous ces drames, 20 Minutes s’est penché sur une liste de conseils, hormis ne plus inviter Jérémy ou Edouard, solution à laquelle on a bien entendu tous pensé au moins une fois. Comme avec le coronavirus (il fallait bien en parler quelque part), la meilleure solution reste probablement la prévention. Certes, ça casse un peu l’idée d’un lâcher prise et de la douce improvisation de l'été, mais cela permet de gérer le problème à la racine au lieu de voir les mauvaises herbes pourrir vos vacances. Angela Sutan conseille : « Définir avant le départ le nombre de restaurants, d’activités, de soirées à consommer dehors, afin que tout le monde s’y retrouve et qu’il n’y ait pas de débat une fois sur place. » Car on préférera toujours se prendre la tête dans nos 18 mètres carrés habituels qu’une fois sur place à Palavas.

Pour quelques dollars de moins

Aussi impersonnel, insupportable et glacial soit-il, le tricount – où toute autre application de ce style qui recense ce que chacun a consommé et ce que chacun a payé – a l’avantage d’éviter quelques discussions tendues, et de permettre à chacun de gérer à peu près son budget comme il le souhaite au lieu des tants débattus « on divise la note par trois ? ». Chacun paie sa stricte part, que ce soit le homard bleu sur son lit de caviar d’Edouard ou la salade nature de Jérémy.

Si vous préférez éviter cette application de l’enfer, passons à la solution radicale : puisque cette pinte à sept euros sur la plage est si importante pour nous et qu’on s’est prévu des vacances « no limit », pourquoi ne pas doubler la mise et payer celle de Jérémy en plus ? Radical, mais pas parfait : ça va (clairement) gréver votre budget tout en mettant votre Jérémy dans une situation inconfortable. « C’est compliqué de voir qu’on est un poids financier pour le groupe, qu’ils font de la charité avec nous, témoigne Léa. Et puis, consciemment ou non, quand ils vous paient tout, ils s’attendent à ce que vous leur soyez redevables. C’est assez malsain. » Les bons comptes font les bons amis, paraît-il.

Alors que faire ? Si Nelson Mandela a réussi à pardonner à ses geôliers, vous devriez parvenir à trouver un compromis budgétaire avec votre pote près de ses sous ou trop dépensier. Un pique-nique sur la plage de temps en temps plutôt qu’un restaurant, un apéro à la maison au lieu de ce barathon, et trouver un Airbnb avec piscine est-il vraiment indispensable quand on loge à 300 mètres de la mer ? Faire moins pour rentrer dans les clous du budget de chacun, même si celui-ci ressemble à un cercueil, n’a au fond rien de très compliqué, offre une nouvelle façon de voyager, soulagera votre Jérémy local et vous laissera plus de thunes à claquer dans d’autres vacances avec d’autres amis. Méfiez-vous, on est toujours le Jérémy de quelqu’un, et un Edouard n’est jamais loin.

*Les prénoms ont été modifiés pour d'évidentes raisons diplomatiques.