En Norvège, la vie est un long fjord tranquille

Grand Nord En automne, la navigation vers le septentrion se pare de mille feux. Déjà coiffée d’aurores boréales, la nature flamboyante des fjords illumine la croisière

Jean-Claude Urbain pour 20 Minutes

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L’express côtier norvégien trouble à peine la surface immobile des fjords. Un voyage féérique de 2.400 kilomètres jusqu’à la frontière russe. Lancer le diaporama
L’express côtier norvégien trouble à peine la surface immobile des fjords. Un voyage féérique de 2.400 kilomètres jusqu’à la frontière russe. — Jean-Claude Urbain

Les globe-trotters ont coutume de dire qu’en voyage, le parcours importe plus que le but. L’adage se vérifie sur les côtes de Norvège, lors d’une croisière en direction du cap Nord. Parvenir par la mer jusqu’à cette extrémité septentrionale du continent européen est un rêve pour de nombreux voyageurs. Mais la magie de cette aventure tient davantage à la majesté des fjords et des archipels scandinaves qu’à l’austérité minérale du célèbre promontoire. À bord de l’express côtier Hurtigruten, la navigation entre le port de Bergen et Kirkeness, l’ultime localité avant la Russie, est un spectacle de chaque instant.

Ravagée par de nombreux incendies, Bergen conserve quelques rares témoignages de son passé hanséatique.
Ravagée par de nombreux incendies, Bergen conserve quelques rares témoignages de son passé hanséatique. - Jean-Claude Urbain

Depuis le pont du navire, tout varie, en toutes saisons : le reflet des maisonnettes colorées, la lueur des phares, l’ombre des ponts… Au-delà du cercle polaire, alors que la nature se pare de teintes éclatantes, les nuits d’automne se nimbent déjà d’aurores boréales. Cette période, aussi brève qu’intense, est celle des baies et des champignons que l’on peut cueillir à l’occasion d’une excursion. C’est la « ruska », courte agonie flamboyante de l’été arctique.

Passé le cercle polaire arctique, les aurores boréales entrent en scène.
Passé le cercle polaire arctique, les aurores boréales entrent en scène. - Jean-Claude Urbain

Jusqu’aux îles montagneuses des Lofoten, la danse des cascades dégringolant de leurs murailles vertigineuses est quotidienne. Ces eaux bondissantes chantent partout le souvenir des anciens glaciers. Ceux qui ont entièrement recouvert le pays au quaternaire ont profondément lacéré ses reliefs. Lorsqu’ils se sont retirés, la mer a envahi ces entailles gigantesques sur des kilomètres, donnant naissance aux fjords. Geirangerfjord, le plus spectaculaire d’entre eux, est un couloir long de 15 kilomètres, large de seulement 600 mètres par endroits, et encaissé entre des montagnes dépassant les 1.800 mètres de haut.

Chaque saison offre un nouveau visage des fjords de Norvège.
Chaque saison offre un nouveau visage des fjords de Norvège. - Jean-Claude Urbain

Finistère arctique

À travers le hublot, la silhouette épurée de la Cathédrale des glaces annonce déjà l’arrivée à Tromsø. La capitale économique et culturelle du Nord fut la base des expéditions boréales du norvégien Roald Amundsen, dont la légende accompagne la croisière. Siège de la Société de l’ours polaire, à laquelle chaque visiteur peut adhérer, Hammerfest s’est autoproclamée « Ville la plus septentrionale du monde ». Un titre contesté par Honningsvåg, certes un peu plus au Nord, mais qui ne peut prétendre au statut de « ville » avec ses 2.500 âmes. C’est pourtant bien dans cette petite bourgade que les passagers de l’express côtier Hurtigruten font halte pour atteindre enfin le cap Nord.

Le cap Nord est une falaise dénudée, dont l’intérêt est plus symbolique qu’esthétique.
Le cap Nord est une falaise dénudée, dont l’intérêt est plus symbolique qu’esthétique. - Jean-Claude Urbain

L’étape tant attendue n’est qu’un plateau aride, souvent coiffé d’une épaisse brume. Tombant à pic dans l’océan glacial Arctique, sa falaise haute de 307 mètres a pourtant le pouvoir d’enflammer l’imagination. Autrefois, on accédait au cap uniquement depuis la mer, par un sentier très raide. Le périple était alors réservé à une élite aristocratique. Le duc d’Orléans vint notamment errer dans les parages pendant la Révolution française, bien avant de devenir le roi Louis-Philippe. Mais depuis l’ouverture de la route en 1956, les touristes acheminés quotidiennement d’Honningsvåg n’ont plus le moindre effort à accomplir pour se prendre en photo sous le globe métallique qui matérialise la fin des terres. Toutefois, malgré cette fréquentation, le sentiment d’atteindre ici le bout du monde est bien réel, au terme d’une navigation inoubliable.

Y aller

La compagnie aérienne à bas coût Norwegian propose des vols directs pour Bergen à partir de Paris, Nice, Montpellier et la Corse. Pour le retour depuis Kirkeness, il est nécessaire de transiter par Oslo.

Embarquement

Les croisières à bord de l’express côtier Hurtigruten permettent de relier Bergen à Kirkeness en six jours. En temps normal, les départs sont quotidiens dans les deux sens, mais il est aussi possible d’embarquer depuis n’importe quel port d’escale. Il y en a 34 au total. Certains navires permettent de voyager avec sa voiture, mais les places étant limitées, il est conseillé de réserver à l’avance.