Split, la seule ville où l’on peut s’inviter dans les appartements d’un empereur

CROATIE C’est l’une des plus belles destinations de l’Adriatique. De Split à Trogir, les cités de la côte dalmate compilent les vestiges pour plonger leurs visiteurs dans les arcanes de l’Histoire

Jean-Claude Urbain pour 20 Minutes

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Sur la promenade Riva, les badauds flânent entre palmiers et terrasses de cafés. Lancer le diaporama
Sur la promenade Riva, les badauds flânent entre palmiers et terrasses de cafés. — Jean-Claude Urbain

Moins fréquentée que Dubrovnik, moins élitiste que l’île de Hvar, Split est l’étoile montante des cités côtières de Croatie. Sous un climat béni des dieux, la deuxième ville du pays se love dans une délicieuse baie, entre les îles de l’Adriatique et les montagnes de Dalmatie. En choisissant ce cadre privilégié pour savourer ses dernières années, l’empereur romain Dioclétien n’imaginait pas qu’une agglomération prendrait racine au cœur même de sa demeure… Split est en effet l’unique exemple au monde de palais privé devenu espace public. Aujourd’hui, plus de 3.000 personnes vivent entre les murailles de l’antique résidence impériale, érigée à la fin du IIIe siècle.

Au cœur du palais de Dioclétien, le campanile de la cathédrale Saint-Domnius domine l’antique péristyle et toute la ville de Split.
Au cœur du palais de Dioclétien, le campanile de la cathédrale Saint-Domnius domine l’antique péristyle et toute la ville de Split. - Jean-Claude Urbain

Il faut se perdre dans son dédale de ruelles étroites, classé au Patrimoine mondial par l’Unesco, pour ressentir le charme latin et la puissance onirique de la cité. C’est la nuit, à la lueur des réverbères, lorsque le claquement des talons résonne sur les pavés, que l’atmosphère du centre-ville vire au fantastique. Au cœur du quadrilatère de pierres blanches que tracent les remparts du palais, le péristyle de l’empereur est le centre névralgique de Split.

Après huit années de rénovation minutieuse, les visiteurs peuvent à nouveau déambuler sur cette placette ceinturée de colonnes importées d’Égypte et ombragée par les plus beaux monuments de la ville : l’antichambre des appartements impériaux d’un côté et la cathédrale Saint-Domnius de l’autre. Ironie du sort, cette dernière est construite sur les restes du mausolée de Dioclétien, connu pour avoir été un persécuteur acharné des premiers chrétiens !

Les chemins dalmatiens

Pour un point de vue aussi bien photographique qu’historique sur les origines de Split, rendez-vous en périphérie de la ville, sur les ruines paléochrétiennes de Salone. Véritable berceau de l’archéologie croate, ce site de fouilles permet d’embrasser en quelques heures plusieurs siècles d’histoire. À une quinzaine de kilomètres de là, sur les premiers contreforts de la montagne dalmate, la forteresse de Klis offre elle aussi un panorama saisissant.

En équilibre sur son éperon rocheux, la place-forte est protégée par d’épaisses murailles et des tourelles défensives, témoignages de son rôle stratégique dans l’histoire agitée de la région. L’austérité de cette construction et son bel état de conservation ont séduit les producteurs de la série télévisée Game of Thrones. Les amateurs avaient pu apprécier sa silhouette inquiétante dans certaines scènes de la cinquième saison.

Sur les hauteurs de Split, l’inquiétante forteresse de Klis.
Sur les hauteurs de Split, l’inquiétante forteresse de Klis. - Jean-Claude Urbain

De l’autre côté de la baie de Split, Trogir est également inscrite au Patrimoine mondial. Construite sur un îlot d’environ un kilomètre carré, cette petite cité médiévale rappelle irrésistiblement Venise, avec ses venelles exiguës, son palais des Ducs, son campanile, sa cathédrale Saint-Laurent au portail ouvragé et son canal périphérique.

Jamais conquise ni vandalisée, Trogir est une étape essentielle entre l’arrière-pays et le retour vers Split. Naturellement, le séjour en Dalmatie ne saurait s’achever sans une ultime chatouille à Grégoire de Nin. Usé par les frottements quotidiens, l’orteil de sa statue de bronze, dressée face aux Portes dorées du palais de Dioclétien, aurait la faculté d’exaucer les souhaits… À commencer, peut-être, par celui de revenir, un jour, profiter des splendeurs de la côte croate.