Colombie. Liberté, diversité et cumbia au carnaval de Barranquilla

Masques et confettis La ville caribéenne accueille le plus gros événement culturel du pays du 22 au 25 février

Marie de Fournas

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Chaque quartier de Barranquilla est représenté par ses danseuses et danseurs.
Chaque quartier de Barranquilla est représenté par ses danseuses et danseurs. — Sarah conte ses voyages
  • Du 22 au 25 février se tient le carnaval de Barranquilla, en Colombie.
  • L’événement devrait attirer pas loin de 1,5 million de personnes dans la ville caribéenne.
  • Le carnaval, inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco, est le plus grand événement culturel de Colombie.

Si le roi des carnavals est brésilien, son dauphin pourrait bien être colombien. Célébré depuis le XIXe siècle, le carnaval de Barranquilla est le deuxième plus gros d’Amérique latine, après celui de Rio de Janeiro. L’événement, inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l’Unesco, demeure peu connu en France. Une tendance qui tend à s’inverser depuis l’accord de paix de 2016 mettant fin à un demi-siècle de guerre civile et marquant le retour des touristes. Le carnaval de la cité caribéenne du nord du pays tire son épingle du jeu par son naturel, sa diversité et une ambiance bien à lui.

Réputation que Barranquilla remet en jeu à partir de samedi 22 février et durant quatre jours, avec pour seul mot d’ordre pour les près d’1,5 million de carnavalières et carnavaliers attendus : faire la fête en couleur et en musique. « Mi-janvier, début du précarnaval, le maire a symboliquement remis les clefs de la ville à la reine des festivités. Pendant la lecture d’un faux texte officiel, elle a ordonné aux habitants de Barranquilla de s’amuser », explique Fabian Suarez, fondateur de l’association Casa kumbe, qui organise un carnaval de Barranquilla à Paris, vendredi 28 février (au Chinois, à Montreuil, de 20 h 30 à 4 heures du matin).

De la musique partout : cumbia, puya, reggaeton…

La consigne est depuis appliquée à la lettre par les habitants qui attendent cet événement depuis de longs mois. Fabian Suarez, également musicien et ethnomusicologue colombien, assure que la ville est comme paralysée. « Hormis les boutiques de déguisements, tous les commerces ferment. Il fait 30 °C la journée et 26 le soir, ça déborde de monde dans les rues et les bars, tout le monde est dehors. Il y a de la musique partout, traditionnelle et actuelle comme la cumbia, la puya, le reggaeton… »

Chaque quartier a sa troupe de musiciens, sa reine et ses danseurs. Toute l’année ils ont élaboré les musiques, chorégraphies, costumes et carrosses. « Les Colombiens sont déchaînés, ils se lancent de la farine dessus ! Il y a vraiment une ambiance bon enfant, se rappelle Sarah, blogueuse sur Sarah conte ses voyages, qui était sur place l’année dernière. Quant aux costumes, il y en a pour tous les goûts : des typiques, des farfelus… » Et pour cause. A Barranquilla, la règle c’est qu’il n’y en a pas ! « Ce n’est pas comme pour Rio et Paris où les carnavals suivent des thématiques, avertit Fabian Suarez. Là, tout est permis et les créations se réinventent chaque année. C’est une façon de fêter le printemps et la vie sous toutes ses formes, sans limites. » Une diversité qui fait écho à l’histoire de la Colombie, fusion de cultures indigènes autochtones, européennes et africaines que l’on retrouve évidemment dans les défilés.

Bataille des fleurs et défilé géant

En revanche, chaque édition suit un programme bien établi avec des temps forts qui reviennent chaque année. Par exemple, le premier jour s’ouvre sur la bataille des fleurs, un défilé géant dans la rue principale, où des fleurs sont jetées dans le public en symbole de paix. Le lendemain, la grande parade de la tradition et du folklore rend hommage aux coutumes ancestrales. « La particularité de ce rendez-vous annuel est qu’il est à taille humaine. Les tribunes sont pleines mais plutôt petites. On est vraiment situé à quelques mètres du défilé. On sent que c’est avant tout pour les locaux et le pays plutôt que pour le tourisme », estime Sarah.

« Les parades s’enchaînent et sont très diverses. Il y a notamment celle de la communauté gay ou celle des enfants, car l’inclusion et la transmission sont des aspects très importants », insiste Fabian Suarez qui précise que si l’on compte une cinquantaine d’événements officiels, il est impossible de dénombrer tous ceux en off qui rythment les journées et les nuits du carnaval. Du non-stop pendant quatre jours, jusqu’à ce que la mort de Joselito vienne clore la fête : incarné par une poupée ou un acteur le symbole du carnaval et du fêtard s’éteint sous les (faux) sanglots de la foule. Après le carnaval, Barranquilla ne répond plus.