Environnement. Les bateaux de croisière, très mauvais élèves en matière de pollution

HOTEL FLOTTANT Après les avions, les paquebots sont à leur tour pointés du doigt pour leur impact environnemental

Antoine Magallon

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Un paquebot croise dans les eaux de l'île de Santorin, dans l'archipel des Cyclades en Grèce.
Un paquebot croise dans les eaux de l'île de Santorin, dans l'archipel des Cyclades en Grèce. — Getty Images
  • A la suite des avions, la pollution produite par les bateaux de croisière est pointée du doigt.
  • Les paquebots sont des gros émetteurs d’oxyde de soufre et d’azote.
  • Des efforts commencent à être faits par les constructeurs pour réduire leur impact environnemental.

Une escapade entre l’Espagne et le nord de l’Italie à -60 %. L’Egypte et Israël au départ de la Grèce à moitié prix. Entre le Black Friday et les fêtes de Noël, les croisiéristes multiplient les offres pour nous convaincre de passer quelques jours sur leurs hôtels flottants.

Pourtant, d’un point de vue écologique les navires de croisière sont de véritables aberrations. Selon une étude publiée par l’organisation non gouvernementale Transport et environnement en juin dernier, les 94 bateaux du leadeur mondial du secteur, Carnival Corporation, auraient émis (accrochez-vous) dix fois plus d’oxyde de soufre en 2017 que l’ensemble des 260 millions de voitures du parc européen cette année-là.

Dioxyde de soufre et d’azote

Une pollution considérable, que nous retrouvons dans nos poumons. De nombreuses études ont démontré que l’exposition au dioxyde de soufre (l’un des différents types d’oxyde de soufre) pouvait engendrer ou exacerber des affections respiratoires et entraîner une augmentation du taux de mortalité par maladie respiratoire ou cardiovasculaire. « Dans les zones très urbanisées du sud de la France cette pollution s’ajoute au trafic automobile et au passage des camions qui transitent vers Vintimille », explique Gilles Marcel, le président de France Nature Environnement Provence-Alpes-côte d’Azur (Paca). D’autant plus qu’une fois à quai, ces Golgoths des mers laissent leurs moteurs allumés 24/24h pour alimenter les équipements à bord. Si bien qu’en 2018, les émissions de dioxyde d’azote (un autre polluant) d’origine maritime ont, pour la première fois, été plus importantes que les rejets routiers dans la métropole marseillaise, expliquait l’association de surveillance de la qualité de l’air AtmoSud.

En 2018, le mouvement Flygskam, terme suédois pour décrire la honte de prendre l’avion, était popularisé par la militante climatique Greta Thunberg. L’objectif ? Permettre une prise de conscience du caractère négatif de ce mode de transport sur l’environnement. 2020 verra-t-elle l’éclosion d’un mouvement similaire version bateaux ? « Il le faut. Les croisières de luxe sont deux fois plus polluantes, en ce qui concerne le CO2, que les avions. Il faudrait un champion pour défendre cette cause », explique Faig Abbasov, spécialiste du sujet pour l’ONG Transport et environnement. Selon lui, ce manque d’engagement de l’opinion publique viendrait du fait « que nous ne voyons pas les bateaux dans notre vie quotidienne. Nous voyons les bus, les camions mais pas les bateaux, donc nous ne pensons pas à la pollution qu’ils génèrent ».

Pourtant, niveau visibilité difficile de faire plus fort que le MSC Grandiosa et ses 2.421 cabines réparties sur 19 étages et 331 mètres de long. Sur les flots depuis le 31 octobre, le plus grand navire d’Europe est-il forcément le plus polluant ? « Si l’on compare le Grandiosa au Fantasia (livré en 2008), la consommation de carburant par passager est inférieure de 28 % », expliquait Patrick Pourbaix, dans les colonnes du Figaro. Plus loin, le directeur France de MSC ajoutait : « Les constructeurs proposent désormais des navires qui fonctionnent au gaz naturel liquéfié (GNL). Ce carburant réduit de plus de 99 % les émissions d’oxyde de soufre, jusqu’à 85 % celles d’oxyde d’azote. Nos prochaines unités seront équipées de ces systèmes de propulsion ». Enfin, la région Paca lançait cet été le plan Escales zéro fumée assorti d’une enveloppe de 30 millions d’euros afin d’électrifier les quais et permettre aux navires de s’y raccorder (et donc d’éteindre leurs moteurs). Assez pour maintenir la croisière à flot ?