L’Albanie, « paradis » des voyageurs et pas encore des touristes

Balkans Longtemps repliée sur elle-même et toujours en proie à une situation économique difficile, l’Albanie s’ouvre depuis quelques années au tourisme

Paul Blondé

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L'Albanie est parsemée de centaines de milliers de bunkers, vestiges de la dictature.
L'Albanie est parsemée de centaines de milliers de bunkers, vestiges de la dictature. — Getty Images
  • Depuis quelques années, l’Albanie est devenue une destination à la mode pour les voyageurs Français.
  • Le pays, fermé pendant les décennies de dictature communiste (1944-1991), s’ouvre peu à peu au tourisme.
  • Si la richesse de son patrimoine et de ses paysages attire les voyageurs étrangers, sa situation économique difficile pousse encore de nombreux Albanais à quitter le pays.

Pas sûr que l’équipe de France de football ait le temps de faire du tourisme, elle qui jouera ce dimanche soir contre l’Albanie, à Tirana. Pourtant, les Bleus croiseraient sûrement quelques supporters tricolores : l’Albanie est devenue ces dernières années la destination européenne à la mode, en particulier pour les Français, grâce à sa mer Adriatique turquoise, ses montagnes magnifiques ou ses vieilles villes classées au patrimoine mondial de l’Unesco comme Berat ou Gjirokastër. Mais aussi… ses prix bas et ses centaines de milliers de bunkers, qui témoignent de sa situation économique difficile et de son histoire tumultueuse.

Auteure du blog Voyages etc, Adeline Gressin a découvert le pays des Balkans en juin dernier et l’a trouvé « tellement beau », en particulier «  les Alpes albanaises, sublimes ». Mais en rentrant, elle a ressenti un petit malaise : « J’ai lu de nombreux articles et vu des reportages qui qualifiaient le pays de paradisiaque, et qui n’abordaient pas son histoire. Alors que, quand on va dans des pays comme ça, Cuba, le Cambodge, l’Albanie, on ne peut pas ignorer leur histoire. »

Des décennies de stalinisme

Occupée pendant des siècles par les Ottomans, indépendante en 1912, brièvement démocratique pendant l’entre-deux-guerres, annexée par l’Italie fasciste pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Albanie a ensuite vécu la seconde moitié du XXe siècle sous l’un des régimes communistes les plus durs de cette période. Celui du dictateur Enver Hoxha, au pouvoir de 1944 à sa mort, en 1985, qui a isolé son pays du reste du monde pendant des décennies après avoir rompu successivement avec la Yougoslavie, l’URSS, puis la Chine.

Depuis la chute du régime, en 1991, le pays s’est petit à petit ouvert, et aujourd’hui, « les gens ont un besoin de contacts avec les étrangers », explique Bérenger Thibaut, amoureux de son pays d’adoption, fondateur et directeur de l’agence de voyages réceptive Vacances Albanie, basée à Tirana. « A l’époque, ils avaient l’interdiction de parler dans la rue aux rares étrangers, les invités du parti par exemple, sous peine d’interrogatoires, voire pire. »

Terre d’émigration

Même si le communisme n’est plus, Bérenger Thibaut le reconnaît, sans aucune volonté de dénigrer le pays : « C’est vrai que pour les Albanais, la vie est dure. Ils ont un passé qu’ils préfèrent effacer et oublier, et ils essayent de quitter le pays en masse, parce qu’ils n’ont pas confiance en son avenir. C’est un pays magnifique, mais c’est quand on y vient pour les vacances qu’on peut dire qu’il est paradisiaque. » Dans ce contexte, raconte Adeline Gressin, « le tourisme est un vrai sujet pour son développement ».

Et Bérenger Thibaut est aux premières loges pour assister à son essor, son agence ayant été « en constante progression depuis son ouverture », en 2014, avec un pic l’été dernier. D’ailleurs, « c’est une période charnière. La fréquentation est en train d’évoluer. On quitte la période des passionnés, intéressés par le passé communiste ou les sites archéologiques, qui avaient parfois visité tous les Balkans, mais en se heurtant aux frontières fermées de l’Albanie. Et on voit arriver de plus en plus de familles avec enfants. » Encore épargné par le tourisme de masse, l’Albanie est un pays, conclut Bérenger Thibaut, « où, comme je le dis aux visiteurs, vous êtes encore des voyageurs, et pas des touristes ». Et cette sensation-là, c’est sûr, est paradisiaque.