Tourisme en Islande: face aux chocs, l’île veut croire en sa résilience

Ice and fire Après la forte baisse du nombre de visiteurs causée par la faillite de la compagnie aérienne Wow Air en mars dernier, l’Islande mise sur le tourisme durable et vise une clientèle plus haut de gamme

Paul Blondé

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Les autorités de l’île ont mis en place une stratégie de tourisme durable.
Les autorités de l’île ont mis en place une stratégie de tourisme durable. — Getty Images
  • En mars 2019, la compagnie aérienne islandaise Wow Air a fait faillite.
  • Une baisse de 14 % du nombre de visiteurs est prévue pour l’année 2019.
  • Après la crise financière de 2008, l’Islande a connu une très forte croissance de son secteur touristique.
  • Aujourd’hui, l’île souhaite davantage miser sur le tourisme durable et haut de gamme.

Cette fois-ci, le volcan Eyjafjallajökull n’y était pour rien. Quand, en mars 2019, le trafic aérien a subitement baissé à l’aéroport de Keflavik, qui dessert la capitale islandaise Reykjavik, ce n’était pas à cause d’une éruption, comme en 2010, mais de la faillite de la compagnie islandaise Wow Air. Celle-ci avait contribué à l’explosion du tourisme dans le pays, le nombre de visiteurs ayant quadruplé entre 2010 et 2017 pour dépasser les 2,4 millions en 2018.

On a alors craint le pire pour le pays nordique, qui s’était sorti d’une crise financière majeure en 2008 grâce au tourisme, devenu le premier secteur de l’économie. Mais si l’on en croit les acteurs locaux, le pire a été évité.

Une baisse de 14 % prévue en 2019

« Bien sûr, il devrait y avoir 300.000 visiteurs étrangers de moins en 2019, soit une baisse de 14 %, reconnaît Stefan Valsson, guide privé professionnel, et c’est une vraie chute. Mais pendant plusieurs années, le tourisme augmentait de 30 à 40 % par an, donc il faut relativiser. » D’autant que, poursuit Stefan Valsson, « moi qui travaille comme guide depuis trente-deux ans, je me rappelle d’une époque où on trouvait que 100.000 visiteurs par an, c’était beaucoup. »

Du côté d’Inga Hlin Palsdottir, directrice de l’organisme de promotion Visit Iceland, même façon de voir les choses du bon côté et de croire en la résilience de l’île après la crise provoquée par la faillite de Wow Air : « En 2011, trois compagnies desservaient l’Islande. Aujourd’hui, elles sont 16 en hiver et 28 en été. Même si, bien sûr, elle était islandaise, Wow Air n’était qu’une seule de ces compagnies. » De plus, depuis mars, « la grande compagnie du pays, Icelandair, a vu son nombre de passagers augmenter ».

Mais pas d’inquiétude

Stefan Valsson n’est donc « pas inquiet ». D’ailleurs, lui n’a pas senti l’impact de la diminution du nombre de visiteurs. « Wow Air avait amené beaucoup de nouveaux visiteurs, mais c’était beaucoup de grands groupes, et pas de ceux qui dépensaient le plus, ils n’avaient pas forcément les moyens de prendre un guide privé. » En effet, il semble que la faillite de la compagnie pourrait bien être une nouvelle pas si mauvaise que cela pour les autorités touristiques d’un pays où la grogne contre les conséquences du « surtourisme » (dommages sur l’environnement, hausse des loyers, etc.) commençait à prendre de l’ampleur.

« Nous espérons attirer des visiteurs qui restent plus longtemps et qui dépensent davantage », admet Inga Hlin Palsdottir, qui précise que les deux premiers hôtels cinq étoiles du pays ont été construits récemment et qu’un troisième ouvrira bientôt.

Avec un peu moins de vols low-cost, donc moins de touristes, mais un tourisme plus haut de gamme, l’île pourrait réussir à faire évoluer le secteur, selon « une stratégie définie avant mars 2019 : le tourisme durable, explique la directrice de Visit Iceland. Nous avons par exemple créé un serment que les visiteurs sont invités à signer à leur arrivée sur l’île, qui les engage à respecter les lieux, réduire leur empreinte écologique et éviter d’abîmer les zones sauvages. » Une crise du transport aérien, passe encore. Mais s’attirer la fureur du volcan Eyjafjallajökull, ça non.