Naoshima, l’île du Japon devenue une œuvre d’art

Création Chaque recoin de la petite île de Naoshima, dans le sud du Japon, est consacré à l’art sous toutes ses formes

Paul Blondé

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Une citrouille géante de l’artiste Yayoi Kusama accueille les visiteurs.
Une citrouille géante de l’artiste Yayoi Kusama accueille les visiteurs. — Japanexperterna.se / CC BY-SA 2.0
  • L’île de Naoshima au Japon a repris vie grâce à l’art.
  • L’île est devenue un haut lieu mondial de l’art contemporain, avec des musées de premier plan.
  • Quasiment désertée auparavant, l’île de Naoshima accueille aujourd’hui 500.000 visiteurs par an.

L’art peut-il redonner vie à une île ? Au Japon, qui accueille actuellement la Coupe du monde de rugby, c’est apparemment possible. D’ailleurs, dans les années 1980, le riche mécène Soichiro Fukutake et l’architecte Tadao Ando y ont cru. Quasiment désertée auparavant, l’île de Naoshima accueille aujourd’hui 500.000 visiteurs par an et est devenue un haut lieu mondial de l’art contemporain, avec des musées de premier plan.

Située dans la mer de Seto et accessible en ferry depuis Okayama ou l’île de Shikoku, Naoshima est un « endroit vraiment magique », raconte Carlotta Montaldo, galeriste et contributrice pour le site Observatoire de l’art contemporain, qui l’a visitée. Un endroit « où il faut se laisser emporter, sans suivre un plan ». Car à Naoshima, toutes les œuvres ne sont pas dans les musées.

« Les pièces les plus connues, poursuit Carlotta Montaldo, ce sont les citrouilles géantes de l’artiste Yayoi Kusama, l’une jaune et noir, qui accueille les visiteurs sur le port, l’autre rouge et noir. » L’esprit du lieu est là : « L’art est intégré à la nature et à la vie de l’île. »

Au hasard de la balade, à pied ou à vélo, le visiteur tombera nez à nez avec de nombreuses sculptures ou installations, comme « deux barques posées sur le sable d’une plage », décrit Michel Rigaud, responsable de l’agence Voyage & Tradition, spécialisée sur le Japon. Symboliquement, on retrouve ces deux barques sur un tableau à l’intérieur de la Benesse House, le plus fameux musée de l’île, qui héberge aussi un hôtel au luxe minimaliste très japonais, à réserver bien à l’avance.

Maisons traditionnelles devenues œuvres d’art

Premier jalon du projet de Soichiro Fukutake, qui l’a financé, et de Tadao Ando, qui l’a imaginé, ce musée, explique Carlotta Montaldo, « est une œuvre d’art en soi, ouverte sur la nature », qui justifie le surnom de son concepteur, l’architecte du béton et de la lumière. Lejardin abrite « des œuvres monumentales, notamment de Niki de Saint-Phalle, et l’intérieur, une collection très éclectique, avec entre autres Yves Klein, Alberto Giacometti, Richard Long ou Nam June Paik ».

Le deuxième musée, le Chichu Art Museum, du même architecte, ajoute à sa collection d’art contemporain cinq toiles de la série des « Nymphéas » de Claude Monet. « Le bâtiment ressemble à un bunker, se rappelle Michel Rigaud. Du ciel, on ne voit que des formes géométriques. Mais il a été conçu pour laisser passer la lumière, et selon l’heure de la journée, on perçoit les œuvres différemment. » Un troisième musée est consacré à l’œuvre du Sud-Coréen Lee Ufan.

Mais ce qui rend Naoshima encore plus unique, ajoute Carlotta Montaldo, c’est que « l’art imprègne toute la vie de l’île : les habitants sont par exemple impliqués dans l’accueil des visiteurs ».

Surtout, un élément essentiel de l’esprit de Naoshima, c’est l’Art House Project​, que résume Michel Rigaud : « De nombreuses maisons traditionnelles japonaises de pêcheurs ou d’agriculteurs, avec leurs boiseries anciennes, ont été restaurées et reconverties en projets artistiques, avec un résultat extraordinaire. » Elles aussi abritent des œuvres, tout en étant devenues elles-mêmes des œuvres. A Naoshima, une île à découvrir entre deux essais, l’art est vraiment partout.