Tourisme: cathédrales d’ombre et de lumière à Moscou

Ame russe Dominée par ses immenses monuments à la gloire de la religion orthodoxe ou à celle de l’URSS de Staline, la capitale de la Russie se dévoile dans toutes ses contradictions

Jérôme Diesnis

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Une des «Sept Sœurs de Moscou», l'hôtel Ukraine sur les bords de la rivière Moscova à Moscou.
Une des «Sept Sœurs de Moscou», l'hôtel Ukraine sur les bords de la rivière Moscova à Moscou. — Getty Images
  • L’histoire mouvementée de la Russie se dévoile dans le ciel moscovite.
  • Cathédrales orthodoxes et gratte-ciel staliniens donnent à la capitale russe un style atypique.
  • Où quand architecture soviétique et bulbes étincelants font bon ménage.

Evoquant la symbolique de la croix orthodoxe, Lidia, notre guide, baisse la voix. Elle nous glisse à voix basse le secret de l’âme russe. « Les pieds du Christ reposaient sur une barre, sur la croix orthodoxe. Elle penchait à droite, du côté du bon larron. Cela a donné lieu à une expression en Russie : A gauche, la fauche et la débauche. A droite la justice et la loi. La complexité du peuple russe ne se comprend que par la puissance de ses différences et de cette ambivalence. »

Moscou (1) se dévoile ainsi d’abord par ses oppositions. Par ses églises orthodoxes, aussi richement décorées à l’extérieur que lumineuses à l’intérieur. Autant que par les « sept sœurs de Staline », gratte-ciel en forme de cathédrales de béton construites entre 1940 et 1950 en différents endroits de la ville, à la gloire de l’URSS.

Une cathédrale dynamitée

Devenus hôtels, lieux d’habitation, université ou ministère, ces témoins de la puissance communiste ont échappé au sort réservé au Rossiya, un hôtel de 3.182 chambres, le plus grand de Moscou : rasé. Le parc Zariadié qui y a pris place en 2017, à deux pas de la place Rouge (« couleur associée en Russie à la beauté », reprend Lidia, rien à voir avec la faucille et le marteau donc), surplombe restaurants et attractions. Dont une visite virtuelle de la ville digne d’un film en IMAX.

Du « père des peuples », il ne reste guère de trace. Les statues ont été déboulonnées, y compris dans le métro, véritable galerie de chefs-d’œuvre sous un ciel clos. L’hôtel a disparu et il n’est pas le seul.

Sur les bords de la Moskova, trône une église aux dômes dorés : un symbole. Édifiée pour célébrer la victoire sur Napoléon, la cathédrale du Christ-Sauveur fut détruite sur ordre de Staline en 1931 pour un palais à la gloire du socialisme. Lequel (finalement remplacé par une piscine) ne vit jamais le jour. Quelques années après la chute du mur de Berlin, débuta la reconstruction de l’édifice religieux, achevé en 2000.

Au Kremlin, la rue interdite

Témoin des soubresauts du pays, l’église dynamitée (son surnom) est un condensé de l’histoire moscovite, à la fois ville pieuse et symbole de puissance soviétique. Alors que le pouvoir se situait encore à Saint-Pétersbourg, au temps des tsars, Moscou était déjà la capitale religieuse de la « sainte Russie ».

La cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou.
La cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou. - Getty Images

Au Kremlin, les cathédrales font face à une caserne, un musée militaire, et bien sûr à la résidence officielle du président. La nuée de berlines noires aux vitres teintées qui s’en échappe, paralyse régulièrement toute circulation aux abords de cette forteresse de 19 tours. Entre ces deux mondes, religieux d’une part, politique et militaire de l’autre, une voie que les touristes ont interdiction de traverser…

Le Kremlin de Moscou.
Le Kremlin de Moscou. - Getty Images

A l’image de l’imposant bâtiment de l’ex-KGB, à quelques croisements de rues du Bolchoï, lieu dédié à la grâce, Moscou est ville de contrastes. Une part d’ombre et de lumière qui se dévoile à quatre heures de vol de la France.

(1) Cette visite de presse a été réalisée à l’occasion de l’ouverture de la ligne aérienne Montpellier-Moscou.