A l'heure du Brexit (ou du thé), les Britanniques redécouvrent leur pays

GOD SAVE THE UK Alors que l'issue du Brexit reste incertaine, certains Britanniques profitent de leurs vacances pour ne pas quitter le pays

Camille Langlade

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Deux randonneurs profitant de la vue du Loch Katrine en Écosse.
Deux randonneurs profitant de la vue du Loch Katrine en Écosse. — AndreaObzerova/Getty Images
  • Les réservations intérieures augmentent au Royaume-Uni, mais il est encore trop tôt pour établir un lien direct avec le Brexit.
  • Après avoir longtemps été négligé, le tourisme local est aujourd’hui encouragé par les autorités.
  • Le pays regorge de paysages naturels et mise sur l'« aventure » pour attirer les voyageurs, d'ici et d'ailleurs.

Brexit ou pas Brexit, telle est toujours la question. En attendant, tout le monde a les yeux tournés vers le Royaume-Uni, et les Britanniques aussi. « Nombreux sont ceux qui veulent découvrir ce pays qui se comporte de manière si étrange, politiquement parlant », déclare Peter Rosenfeld, directeur de la billetterie en ligne WebTicketManager.

Qui a dit que les sujets de la reine avaient perdu le sens de l’orientation ? En 2019, Lastminute.com a vu ses réservations locales augmenter de 11 % par rapport à l’année 2018 même si on est « loin de la progression observée vers d’autres pays en Europe », tempère Anna Westermann, chargée des relations publiques pour l’agence de voyages en ligne.

A ses yeux, il est encore trop tôt pour établir un lien direct entre ces chiffres et le Brexit, mais Peter Rosenfeld se montre moins circonspect : « Certains habitants ont peur de voyager à l’étranger, à cause du coût, de l’incertitude et aussi d’une sorte de colère à l’encontre de leurs voisins européens. Ils se demandent s’ils auront un travail le mois ou l’année prochaine. Et quand vous êtes effrayés, vous ne quittez pas le pays. » En revanche, vous pouvez opter pour la « staycation », autrement dit des vacances à domicile.

De l’aventure avant toute chose

« Ici, on est un peu comme en Nouvelle-Zélande ou en Islande. Vous pouvez trouver des paysages spectaculaires dans tous les coins. La seule chose que le Royaume-Uni n’a pas, c’est le climat, plaisante Peter Rosenfeld. Nous ne pouvons garantir le soleil, donc nous compensons en apportant de l’aventure ». Nul besoin de crème solaire, mais d’un sac à dos et de bonnes baskets.

Direction le Pays de Galle et la Zip World Velocity 2, la tyrolienne la « plus rapide du monde » (sur le papier). Les amoureux des animaux pourront quant à eux flâner dans le parc national du Lake District en compagnie d’alpagas, loin de la Cordillère des Andes. « On peut aussi grimper sur la colline de Cat Bells », ajoute Emily Luxton, blogueuse voyage. La jeune Anglaise a remarqué que ses billets sur le Royaume-Uni ont été beaucoup plus lus l’année dernière. « Mais je ne sais pas si cela a à voir avec le Brexit », précise-t-elle.

Si le pays des Corgis attire de plus en plus de curieux, son potentiel touristique a longtemps été négligé par le gouvernement : « Il y a 15 ans, le tourisme n’était pas à l’ordre du jour, aujourd’hui il est l’un des principaux leviers économiques du pays », analyse Peter Rosenfeld.

Cette prise de conscience a conduit l’office national du tourisme VisitEngland à lancer en octobre 2018 MyMicrogap, en partenariat avec d’autres organisations britanniques et VICE. La campagne, qui s’est achevée en mars 2019, avait pour but d’inciter les jeunes Britanniques à passer leurs vacances chez eux, au lieu d’arpenter des contrées lointaines.

Le lieu de prédilection d’Emily Huxton reste le Dorset, où elle a grandi : « On y trouve des falaises, des villes en bord de mer, des plages et de délicieux fish and chips. » La globe-trotteuse recommande également la cité médiévale de Norwich et le comté de Norfolk qui l’entoure : « La campagne environnante est vraiment charmante pour faire de la rando et du vélo. » Sans oublier le parc national The Broads et ses 300 km de voies navigables : « Parfait pour faire de la voile ! »

Avis aux fondus d’adrénaline, la blogueuse a déjà descendu en rappel les gorges de l'Avon, taillées dans le calcaire, non loin de Bristol. 60 mètres de hauteur et, de son propre aveu : « La chose la plus cool que j’ai eu l’occasion de faire au Royaume-Uni. » De quoi s’octroyer quelques sensations fortes, pour ceux qui en manqueraient avec le Brexit.