Les Baléares se rêvent en laboratoire du tourisme durable

On arrete les frais Après des décennies de bétonnage de la côte et de tourisme de masse, l’archipel s’engage dans une nouvelle direction davantage respectueuse de l’environnement

Paul Blondé

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Les eaux bleu turquoise de la Cala Mitjana sur l'île de Minorque.
Les eaux bleu turquoise de la Cala Mitjana sur l'île de Minorque. — Xavier Arnau/Getty Images
  • L’archipel des Baléares a accueilli 16 millions de touristes en 2018, pour une population d’environ 1,15 million d’habitants.
  • Après des décennies tournées vers le tourisme de masse et le bétonnage de la côte, l’archipel a pris un virage et mise désormais sur le tourisme durable.
  • En février 2019, le parlement de la communauté autonome des Baléares a voté l’objectif zéro émission de CO2 à l’horizon 2050.

Les Baléares sont-elles en voie de se « débaléariser » ? L’archipel espagnol de la Méditerranée, qui a accueilli en 2018 pas moins de 16 millions de touristes, soit 14 fois sa population, a donné dans les années 1960 et 1970 son nom à un type d’aménagement du territoire plus très en vogue de nos jours :  la baléarisation.

A savoir l’artificialisation du littoral de Majorque, Minorque et Ibiza ou, en termes moins géographiques, le bétonnage de la côte, utilisé pour ouvrir grand les bras au tourisme de masse. Et plus précisément à ce que l’on appelle le tourisme sol y playa (soleil et plage).

Hostilité au tourisme de masse

Mais depuis quelques années, les autorités de la communauté autonome des îles Baléares s’interrogent. Alors que l’été 2017 avait été marqué, comme à Barcelone, par des manifestations, des graffitis et même des actes d’intimidation hostiles au tourisme de masse, l’archipel s’est engagé dans un combat contre la saturation touristique.

« Un archipel, c’est par définition un espace limité », rappelle Philippe Duhamel, professeur de géographie à l’université d’Angers, de Le Territoire majorquin (Baléares) face au tourisme. « Et les autorités se sont aperçues qu’à un certain moment, il fallait peut-être arrêter les constructions et figer le territoire pour le préserver ».

Directeur du doctorat de tourisme à l’université des îles Baléares, à Palma de Majorque, Miguel Segui Llinas explique que « les Baléares ont cherché à se diversifier depuis les années 1990, en faisant la promotion de la ville de Palma de Majorque comme une destination de moyenne saison, ou en mettant en avant des activités comme la randonnée ou le cyclotourisme. »

Tourisme durable

Non sans créer des effets pervers, poursuit l’universitaire : « Cela a donné de très bons résultats. Sauf qu’en répandant le tourisme partout au lieu de le concentrer sur la côte et en étirant la saison touristique, on a créé de nouvelles problématiques. » Et la multiplication des locations particulières, notamment sur Airbnb, a accentué le phénomène, car désormais, rappelle Philippe Duhamel, « touristes et autochtones sont voisins de palier ».

De plus, poursuit le géographe, « dans tous les lieux touristiques, de nombreuses études montrent que les autochtones acceptent très bien une grosse fréquentation, quand elle est saisonnière. Tant qu’ils peuvent se dire “cette plage est bondée en août, mais j’en profiterai en septembre”, ça va. »

Les Baléares tâtonnent, donc, mais sont devenues, selon Jérémie Cosson, directeur du réceptif Pro Voyages basé aux Baléares depuis quinze ans, « un incubateur des nouvelles tendances saisonnières et un laboratoire du tourisme durable ». En 2016, l’archipel a mis en place une taxe touristique, « dont la vocation, poursuit Jérémie Cosson, est de compenser l’impact touristique en finançant des projets comme la création de parcs naturels ou des travaux de rénovation ».

Cette recherche de la « formule qui satisfera touristes et autochtones », précise Miguel Segui Llinas, s’inscrit de plus dans une prise de conscience bien plus large. En février, le parlement des îles a voté une loi qui fixe l’objectif de zéro émission de carbone à l’horizon 2050. Un défi énorme qui devrait définitivement gommer l’image qui colle à la peau de l’archipel. « La destination a une telle richesse, résume Jérémie Cosson, un tel patrimoine naturel et culturel. Tant mieux si elle n’est plus vue comme une côte bétonnée avec des Allemands partout. »