Que faire ce printemps? Visiter la grotte Chauvet, en Ardèche

PREHISTOIRE Depuis 2015, on peut enfin accéder à la caverne du Pont d’Arc (Ardèche), dans laquelle sont reconstituées les plus anciennes peintures pariétales du monde. Plus qu’une visite, une rencontre

Sidonie Joly pour 20 Minutes

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Des lions, des rhinocéros, des aurochs, la grotte abrite une faune variée et majestueuse. Lancer le diaporama
Des lions, des rhinocéros, des aurochs, la grotte abrite une faune variée et majestueuse. — G. Alberti

Au détour d’un virage, un grand bâtiment à l’architecture moderne apparaît. Son béton clair éblouit presque sous le soleil timide de ce début de printemps. On patiente quelques instants avant de pénétrer dans ses entrailles. Tout à coup l’ombre se fait et la magie opère : nous voilà transportés 36 000 ans en arrière, alors qu’une Humanité encore balbutiante tentait déjà de transfigurer sa réalité par l’art. Bienvenue à la grotte Chauvet, ou plus exactement à la caverne du Pont d’Arc (Ardèche), sa fidèle réplique accessible au public.

Une grotte découverte en 1994

Le 18 décembre 1994, trois spéléologues expérimentés nommés Jean-Marie Chauvet, Christian Hillaire et Éliette Brunel repèrent une ouverture dans la roche d’une falaise. Ils s’y faufilent et, après maintes difficultés, leur lente reptation débouche sur une grotte qu’ils explorent avec précautions. Les découvreurs n’en sont pas à leur coup d’essai, ils ont à plusieurs reprises mis au jour des grottes ornées. Rien de comparable cependant à celle-ci, et le trio s’émerveille des splendides tracés qui se révèlent dans le faisceau des torches. Ainsi refait surface celle que l’on appelle aujourd’hui la grotte Chauvet.

En partie dissimulé par la roche, ce cheval semble jaillir de sa cachette.
En partie dissimulé par la roche, ce cheval semble jaillir de sa cachette. - G. Alberti

De l’éboulement naturel au blocage juridique

Les études réalisées depuis ont montré que l’entrée s’était progressivement obstruée il y a près de 25 000 ans, certainement à la suite de plusieurs éboulements : c’est cette claustration qui explique l’impeccable état de préservation dans lequel l’équipe a trouvé la grotte il y a vingt-cinq ans. Depuis cette date s’est déroulée une violente bataille juridique pour la paternité de la découverte, mais aussi, et surtout, un incroyable travail de datation, puis de reconstitution.

Grâce au carbone 14, on sait aujourd’hui que les plus anciennes peintures ont environ 36 000 ans, soit 20 000 de plus que celles de Lascaux. Cela fait d’elles les plus anciennes œuvres d’art connues au monde. Pour leur conservation, il a très tôt été décidé que la grotte resterait fermée au public, et que seuls quelques spécialistes pourraient y accéder.

L’artiste a astucieusement utilisé une irrégularité de la pierre pour représenter les bois de ce mégacéros.
L’artiste a astucieusement utilisé une irrégularité de la pierre pour représenter les bois de ce mégacéros. - G. Alberti

Une fidèle reproduction

Hors de question cependant de cacher ce trésor du patrimoine de l’Humanité : les parois et leurs aspérités ont été patiemment modélisées puis imprimées en trois dimensions pour créer une grotte artificielle aussi fidèle que possible. On a ensuite fait appel à des artistes et à des historiens de l’art pour reconstituer à l’identique dessins et gravures, allant jusqu’à fabriquer les pigments en broyant les mêmes plantes que nos ancêtres.

Et le résultat est bluffant ! Par groupes d’une vingtaine de personnes, les visiteurs progressent sur des passerelles dans une ambiance ténébreuse qui participe à l’immersion. Tous les sens sont sollicités : un silence solennel rompu seulement par la voix du guide, une sensation d’humidité et de fraîcheur, des odeurs étranges et, bien sûr, l’art pariétal, qui se dévoile progressivement dans le clair-obscur.

Si l’on ignore la raison exacte qui poussa les premiers homo sapiens à pénétrer dans les grottes pour peindre, on pense néanmoins que ces œuvres ont une vocation religieuse. La progression dans la caverne renforce cette conviction : à mesure qu’on s’enfonce dans les ténèbres, les dessins sont de plus en plus fins et spectaculaires, jusqu’au saint des saints, l’incroyable fresque qui orne la paroi du fond. On y découvre des rhinocéros laineux, des aurochs, des lions, des mammouths, des mégacéros, une faune aujourd’hui disparue et que l’on peine à imaginer foulant des plaines ardéchoises glacées.

Pourtant, le témoignage est là, vibrant, bouleversant. Bien loin de la naïveté que l’on imagine, les œuvres s’avèrent inventives, précises : les artistes mettent à profit le relief pour leur donner de la profondeur ou traduire le mouvement. Trente-six mille ans plus tard, on est toujours saisi par l’émotion : le sacré plane encore sur la grotte Chauvet.

Visiter la grotte La grotte Chauvet 2 est ouverte aux visiteurs toute l’année. Pour connaître les conditions de visite, rendez-vous ici.

Se loger et se restaurer dans les environs L’office de tourisme d’Ardèche tient à votre disposition toutes les bonnes adresses de la région.