Le tour du monde est-il devenu une expérience banale?

Tourner en rond Quête d’authenticité, besoin d’originalité, recherche d’expériences uniques… Un projet de tour du monde est un voyage plein de promesses, mais aussi une façon standardisée de faire du tourisme

Thomas Weill

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Le Machu Picchu fait partie des destinations phare des voyages autour du monde.
Le Machu Picchu fait partie des destinations phare des voyages autour du monde. — Lovelypeace/Getty Images
  • La Grande muraille de Chine, Le Machu Picchu, l’opéra de Sidney… Partir à la découverte des merveilles du monde fait fantasmer.
  • Réservé jadis à une élite très réduite, le tour du monde s’est aujourd’hui démocratisé.
  • Il n’échappe pas à la standardisation touristique et constitue une forme de voyage comme une autre.

EDIT : cet article a été mis à jour le 22 février 2019.

La grande barrière de corail ? Check. Le Machu Picchu ? Check. Le tour du monde ? Check. On connaît tous aujourd’hui quelqu’un qui l’a fait. Quelqu’un qui a parcouru les mêmes pays que tant d’autres avant lui, en cochant des cases comme on remplit une todo list au travail. L’expérience, d’exceptionnelle, devient banale.

« En général, vous avez l’Amérique latine, l’Asie avec le Vietnam et la Thaïlande notamment, l’Océanie avec l’Australie, toujours incluses ». Pour Claire Strappazzon, ancienne responsable de l'agence Voyages de la Tour dans le 16e arrondissement de Paris [voir encadré 20 secondes de contexte], pas de doute, certaines destinations sont plus demandées que d’autres lors d’un tour du monde. D’après un sondage réalisé par le site tourdumondiste.com et l’association Aventure du bout du monde (ABM), une majorité de voyageurs passent effectivement par l’Australie, le Chili, le Pérou, l’Argentine, et la Thaïlande, pour ne citer qu’eux.

Pas de voyage sans récit

Alors pourquoi cette uniformisation ? Pour le sociologue Jean Viard, auteur de l’ouvrage Le Triomphe d’une utopie (Les Editions de l’aube) qui traite de l’invention des vacances et des voyages, « ce qui attire le touriste est ce qui n’est pas standard. C’est ce qu’il croit. Mais les hauts lieux du tourisme ont une histoire. Beaucoup sont construits au XIXe siècle comme des lieux de mémoire ». Et le phénomène se nourrit de lui-même. « C’est parce qu’il y a des touristes qu’on met de l’argent pour entretenir. » En un mot, le tourisme appelle le tourisme.

Le seul attrait du beau n’explique pas tout. Le sociologue considère que « des groupes sociaux lancent des modes », les plus aisés bien sûr. « Quand ils sont imités par des milieux plus populaires, eux vont aller ailleurs. En réalité, le mouvement fait qu’il y aura encore plus de touristes. » Et d’expériences vécues… et invariablement partagées. « Il n’y a pas de voyage sans récit, reprend le sociologue. Quand on part en voyage, il faut le raconter », notamment sur les réseaux sociaux ou sur un blog. Et c’est ce qui permet aux destinations de gagner en attractivité. Et ainsi de suite.

Alors, un tour du monde, ça tourne en rond ? « La position de l’éditeur de guide est par définition difficile, reconnaît Frédérique Sarfati-Romano, directrice de Lonely planet France. Le Graal, c’est de donner la petite adresse que personne ne connaît. Mais le fait de la donner va aussi la transformer. »

Tours du monde clés en main

Certains poussent même cette logique – la soif d’expériences – très, très loin. Ce sont par exemple des clients de Voyages de la Tour, qui demandaient à Claire Strappazzon de leur organiser un tour du monde en 21 jours. « Vous apprêtez un avion et après le but c’est de le remplir avec une quarantaine de participants. Vous avez dix escales avec à peu près deux jours par étape. »

Pour une vingtaine de milliers d’euros, ou plus du double en première classe, vous avez votre voyage autour du monde, prêt à être partagé auprès de vos proches sur les réseaux sociaux ou avec l’album photo. Trois semaines et vous reprenez votre routine, métro, boulot, dodo, pas si différente de celle que vous venez de vivre, avion, visite, Instagram.

A l’opposé des adeptes du prêt-à-visiter, nous retrouvons Rémi. Ce Belge de 21 ans a une vision du voyage bien à lui. « Mon voyage n’a pas pour but de voir de beaux endroits, mais de trouver l’endroit où je veux vivre, là où les gens, la culture, etc. me font vibrer ». Résultat, même s’il va passer par le Pérou, comme 67 % des tourdumondistes interrogés, il n’est pas sûr d’aller voir le Machu Picchu.

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20 secondes de contexte

Au moment où son interview a été réalisée, Claire Strappazzon était responsable de l'agence Voyages de la Tour et intervenait à ce titre et non pas au nom d'Eluxtravel, son employeur actuel, comme indiqué lors de la publication de cet article sur notre site et dans notre édition papier du 22 février 2019.