Les Français en vacances à l’étranger, ça donne quoi niveau image?

Reputation Aux Amériques, le long du Transsibérien, en croisière sur le Nil et devant le Taj Mahal… les touristes français sont partout

Paul Blondé

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Le touriste français est-il le chouchou ou le cauchemar de ses hôtes? (Illustration
Le touriste français est-il le chouchou ou le cauchemar de ses hôtes? (Illustration — SolStock/Getty Images
  • Trois professionnels du tourisme, au Canada, en Egypte et en Inde, donnent leur vision du voyageur français.
  • Quelques caractéristiques ressortent assez nettement.
  • Pour un portrait-robot plutôt nuancé: esprit critique notable et difficultés avec le concept du pourboire.

« Les Français ? Ils sont un peu ch….. quand même ! Mais ce sont mes voyageurs préférés ! » Voilà la première réaction de Coumba Ngom, gérante du Gîte du Plateau Mont-Royal, une auberge de jeunesse de Montréal, lorsqu’on l’interroge sur les voyageurs hexagonaux.

Ne nous voilons pas la face. Si toutes les nationalités portent avec elles quelques clichés en voyage, les Français sont particulièrement lotis, en bien… comme en mal. Que ce soit au Québec ou ailleurs, les « Frenchies » ont la réputation d’être radins, malpolis, mauvais en langues étrangères, râleurs, mais aussi cultivés, amateurs des belles choses, pleins d’esprit et séducteurs.

Esprit critique

Alors, quand on se coltine au quotidien nos compatriotes, est-ce qu’on a plutôt envie de boire un verre de vin avec eux ou de leur lancer un camembert en pleine figure ? « Moi, j’adore les voyageurs français, s’enthousiasme Mina Wasfy, guide touristique dans toute l’Égypte depuis 2004. Ils sont très cultivés, ils s’intéressent aux monuments. Ils ne voyagent pas seulement pour prendre des photos. »

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Vishnu Panchariya, lui, nous répond depuis le Rajasthan, cet État du nord-ouest de l’Inde, pays qu’il fait visiter de part en part à des touristes français depuis une dizaine d’années. « La principale particularité des Français, c’est l’esprit critique, estime-t-il. Quand vous posez une question à des Français, leur réponse va être aussi pointue, voire plus, que votre question. Si vous donnez une glace à un Indien et que vous lui demandez ce qu’il en pense, il va vous répondre que c’est bon, ou pas bon. Un Français va demander ce qu’il y a dedans, ou dire que c’est très bon, mais qu’avec un peu de sucre ou deux gouttes de vanille en plus, ç’aurait pu être délicieux. »

«C’est moins cher en France»

Le Français couperait-il donc les cheveux (et les cornets de glace) en quatre ? « Pour moi, c’est une qualité, déclare le guide indien. J’ai beaucoup appris sur les cultures française et indienne grâce à cet esprit critique. »

Mais ils doivent bien avoir quelques défauts, quand même ! Celui de râler et de se plaindre à tout bout de champ, par exemple ? « Ils disent souvent que c’est mieux en France, que c’est moins cher, etc., s’amuse Coumba Ngom, depuis Montréal. En fait, comparer avec son propre pays, c’est très français. Mais ils comparent aussi beaucoup pour dire que le Québec, sur telle ou telle chose, c’est mieux. »

Parigots, têtes de vache sacrée

Et vu d’Inde ? « C’est vrai que parfois, les Français sont exigeants, admet prudemment Vishnu Panchariya. Mais je ne généralise pas. » Certes, mais de tout de même : « J’ai remarqué quelque chose d’amusant, poursuit-il, chez mes amis de Pondichéry », cette ville du sud-est de l’Inde qui fut une colonie française et où la culture tricolore est encore présente. « Certains sont des Français d’origine indienne, ils ont grandi avec des Français. Et ils ont adopté l’attitude de se plaindre beaucoup ! Ils disent qu’ils n’en peuvent plus, parce que les Français ne peuvent pas voir une vache sans poser une question sur les vaches sacrées. »

Alors, un peu vaches, les Français ? « Ah non, ça, c’est seulement les Parisiens, rigole Mina Wasfy, le guide égyptien. Au début, je n’avais que des Parisiens, et ensuite j’ai commencé à avoir des groupes venus d’ailleurs en France, et j’ai vu la différence. » Bon, si en plus les clichés régionaux s’en mêlent, on n’est pas sortis de l’auberge.

«Différence culturelle»

D’ailleurs, à propos de sortie de l’auberge, vu du Québec, d’Inde ou d’Égypte, là où le bât blesse, c’est bien sur la question du pourboire. « C’est vrai, les Français n’ont pas cette culture, selon Mina Wasfy. Les Américains peuvent donner plus après une heure de visite que les Français après trois jours. » Reconnaissons-le une bonne fois pour toutes : nous sommes des gros radins. « Pas forcément, reprend le guide égyptien. D’ailleurs, les Français n’achètent pas moins de souvenirs que les autres. » En fait, selon Vishnu Panchariya, « il s’agit d’une différence culturelle ». Coumba Ngom nous explique le malentendu depuis Montréal : « En Amérique du Nord, les taxes sont ajoutées à la caisse, et le service n’est jamais inclus. Les Français ne le savent pas forcément. Mais quand ils ont compris, ils laissent le pourboire qu’il faut. »

Enfin, terminons sur une note un peu plus légère : la séduction, ou du moins la drague. Ou encore « la cruise », comme on dit au Québec. « Les Italiens sont les imbattables numéro un, tranche Coumba Ngom. Mais les Français sont numéro deux. D’ailleurs, dans les couples qui se forment le plus rapidement ici à l’auberge, c’est très rare qu’il n’y ait pas un ou une Français(e) ! ». Sans doute grâce au célèbre esprit critique que le monde entier nous envie.