Vous avez interviewé Géraud Delorme, agriculteur

VOS QUESTIONS Géraud Delorme, agriculteur dans le Cantal, a répondu à vos questions...

C.La
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Géraud Delorme, agriculteur dans le Cantal, était dans les locaux de 20 minutes pour répondre à vos questions. Extraits choisis de ses réponses.

«Si on fait des bons produits qui conviennent bien aux attentes des consommateurs exigeants et amateurs de vrais produits de terroir et de bon goût, il n’y a pas de raison que l’on arrive pas à vivre de notre production»
 
«Je pense que l’agriculture a deux faces. D’un côté, des productions plus ou moins intensives destinées à produire des grandes quantités et à nourrir un maximum de personnes. De l'autre, une place pour les productions de qualités qui sont dans des moindres volumes mais qui, vu qu’elles fabriquent des produits plus haut de gamme arrivent aussi à vivre car ces produits là créent plus de valeur ajoutée»
 
«Chaque agriculteur quel qu’il soit doit pouvoir vivre décemment du revenu que lui donne la vente de ses produits. Tout le monde dans la filière doit pouvoir gagner sa vie. Que ce soit le producteur ou le revendeur»
 
«Les candidats à la présidentielle «viennent pour faire campagne, comme ils le font dans le marché du coin. Ils veulent essayer de conquérir des voix, c’est leur métier, c’est leur droit. C’est bien de s'intéresser à l’agriculture et à la ruralité pendant la durée du salon mais il faut aussi le faire le reste du temps»
 
«Lorsque l’on vit la campagne «on ne vit pas d’amour et d’eau fraîche, même si notre environnement calme et serein. On arrive aussi à être stressé car on à des impératifs à respecter puisque c’est quand même notre métier, il faut faire “tourner la boutique”. Il n’y a plus le décalage de niveau de vie entre les territoires ruraux et les territoires urbains tel qu’il existait par exemple dans les années 50. On a l’ADSL, on a des maisons confortables... On ne vit pas au Moyen-âge!»

«Si j’ai choisi de devenir agriculteur, c’est car je suis intimement convaincu que l’on peut bien vivre de notre métier. En plus, je trouve valorisant d’être un des maillons d’une filière de qualité. On sait ce que deviennent nos produits, on a l’impression de maîtriser quelque chose, on en est fiers»

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Quelle est votre impression de l'agriculture bio? Je pose la question en temps que consommateur et ma vision de l'agricuture est incroyablement naïve - mais quels sont les obstacles pratiques a cette forme d'agriculture pour quelqu'un comme vous?
Je pense que le bio est une bonne démarche même si personnellement je ne m’y suis pas engagé. Sur mon exploitation, même chez une majorité de éleveurs qui sont situés dans ma région, qui est une zone de montagne on est pas en bio, mais on a quand même des pratiques respectueuse de l’environnement. Chez nous, les vaches sont alimentées en grande partie à base d’herbe, de prairie naturel (c’est une prairie où l’herbe n’a pas été semée, ce sont des plantes qui poussent naturellement, on a une grande diversité floristique). Elles sont en général fertilisées avec peu d’engrais chimique, et surtout avec des engrais de ferme, du fumier par exemple, ces prairie contribue à la biodiversité car les plantes poussent naturellement et, du coup, vu que les vaches consomment cette herbe, ceci a un effet sur le goût de leur lait. On est pas bio mais on fait quand même attention à ce qu’on fait et on est quand même respectueux envers l’environnement.

Pouvez-vous nous décrire une journée typique de votre métier ? A quelle heure commencez-vous à travailler, quelles tâches devez vous faire?
Je suis producteur de lait, la traite des vaches se fait 2 fois par jour, le matin et le soir. En plus de la traite, il faut aussi s’occuper de l’alimentation des animaux, du nettoyage des bâtiments et de tous les travaux qu’on a à faire sur nos terres, c’est à dire clôtures, entretien des parcelles, des haies, la récolte du foin, et toute une partie entretien. Une journée type, cela varie en fonction des saisons. En ce moment par exemple, les animaux sont à l’intérieur car il n’y a pas d’herbe dehors et le climat ne permet pas qu’ils passent tout l’hiver dehors, car nous sommes à 1150 mètres d’altitude. Je me lève le matin aux alentours de 6h00, je commence par m’occuper de l’alimentation de tout le troupeau, les vaches laitières et les génisses. En même temps on fait tout ce qui est nettoyage des bâtiments,. Vers 8h00, on commence la traite qui nous prend environ deux heures, avec le temps de nettoyage. Je produis du lait avec la race Salers, c’est une race rustique de montagne qui était essentiellement utilisée pour la production laitière à l’origine et qui depuis une trentaine d’années à évoluer vers un rameau viande. On est aujourd’hui 75 producteurs à utiliser cette race encore comme à son origine. Elle a une particularité, c’est qu’elle ne se laisse traire qu’en présence de son veau. Pour la traite, le veau doit être amené auprès de sa mère. Il tète un petit peu pour amorcer la venue du lait. Ensuite, il est attaché à côté de sa mère. La traite est effectuée et ensuite le veau repasse un petit peu à la fin pour faire une opération qui s’appelle l’égouttage. Cette particularité de la race confère des qualités spécifiques au lait qui est produit de cette façon car on sait que pendant la traite d’une vache la qualité du lait n’est pas constante: le lait qui sort en premier est différent de celui qui sort en dernier. Vu que le veau absorbe le premier et le dernier lait, cela donne au lait recueilli par l’éleveur des qualités spécifiques différentes du lait produit par des races de vaches qui se laissent traire sans leur veau. Quand la traite est terminée, on finit tout le travail qu’il y a à faire sur les animaux (paillage...). Puis après, on passe à d’autres taches, qui varient selon ce qu’il y a à faire sur la ferme (entretien de clôtures, de matériels, interventions sur les animaux...). On le fait jusqu’à 16h où on reprend le même travail que le matin, avec soin aux animaux et traite. Une journée se termine vers les 20h. Le travail astreinte s’effectue le matin et le soir, comme je l’ai évoqué. Entre temps, on s’organise comme on le veut pour faire le reste mais si on veut prendre une demi-journée, on peut la prendre, on n’est pas au bagne (même si on a des impératifs)!

Arrivez vous à vivre correctement du prix de vos produits, hors aides et subventions ? Comment expliquez vous que tant d'agriculteurs aient du mal à joindre les deux bouts?
En tant que producteur de lait de vache Salers et président de l’association «Tradition Salers» qui réunit tous les producteurs et transformateurs de lait de vache Salers, on travaille pour faire de cette filière qui est un marchée de niche, une filière d’excellence qui garantit en même temps un produit de grande qualité pour le consommateur et une juste rémunération pour les éleveurs. Les transformateurs de lait de vache Salers, sont soient des producteurs fermiers ou des petites coopératives qui de ce fait sont indépendantes et qui travaillent en circuit court pour mieux répartir la valeur ajoutée. Si on fait des bons produits qui conviennent bien aux attentes des consommateurs exigeants et amateurs de vrais produits de terroir et de bon goût, il n’y a pas de raison que l’on arrive pas à vivre de notre production.

Comment imaginez vous l'avenir de l'agriculture en France?
Je pense que l’agriculture a deux faces. D’un côté, des productions plus ou moins intensives destinées à produire des grandes quantités et à nourrir un maximum de personnes. De l'autre, une place pour les productions de qualités qui sont dans des moindres volumes mais qui, vu qu’elles fabriquent des produits plus haut de gamme arrivent aussi à vivre car ces produits là créent plus de valeur ajoutée. Les autres productions fourniront plus de volume à un coût plus bas car ils arrivent à faire des économies d’échelle sur les volumes. Nous c’est différent car nous sommes dans une région de montagne, avec des contraintes climatiques, entres autres, et en plus on exploite une race moins productive mais dont les produits sont spécifiques et qui en plus sont reconnus dans les AOP (appellation d’origine protégée). On a l’AOP Cantal au lait de vache Salers, c’est un fromage fabriqué en coopérative avec du lait de vache Salers. On a l’AOP Salers tradition qui est fabriqué à la ferme, avec du lait de vache Salers aussi dans une période qui va du 15 avril au 15 novembre où les vaches mangent de l’herbe dans les prés. Le reste du temps, en hiver, les vaches ne mangent pas d’herbe dans les prés mais de l’herbe conservée, par exemple du foin (de l’herbe qu’on coupe l’été et qu’on fait sécher au soleil, que l'on rentre au sec puis que l’on redistribue l’hiver aux vaches). On a aussi l’AOP St Nectaire, au lait de vache Salers. Il est fabriqué, soit à la ferme, soit en coopérative.

J'aimerais savoir si les éleveurs en général et vous-même avez recours à des traitements hormonaux pour augmenter la production de lait. Les animaux font-ils l'objet de traitements antibiotiques réguliers préventifs?
Non, nous ne faisons pas de traitements hormonaux pour la production de lait. Et d’ailleurs, en France, les traitements homornaux destinés à augmenter la production de lait, de viande etc. sont interdits. Nous ne faisons pas de traitements antibiotiques à titre préventif, nous utilisons juste les antibiotiques lorsque l’on a des maladies à traiter. On essaye de travailler sur de la prévention, par la vaccination par exemple. Personnellement j’utilise un petit peu d’homéopathie à titre préventif aussi. Les antibiotiques sont utilisés uniquement dans les cas critiques.

Utilisez-vous de la nourriture OGM pour vos animaux?
Non, les OGM sont interdits dans l’alimentation des animaux qui produisent du lait destiné à être transformé en fromage AOP d’Auvergne (qui sont les AOP Cantal, Salers, St Nectaire, Bleu d’Auvergne et Fourme d’Ambert.)

Le programme du front de Gauche nous dit qu'il veut redistribuer les terres inutilisés au jeunes agriculteurs qui se lancent dans la profession ainsi qu'aux autres exploitations qui veulent d'agrandir. Il y en a t'il tant que ça? Est ce une bonne idée de manière général?
En ce qui concerne ma région, le département du Cantal, je ne connais pas à ce jour de terre qui sont inutilisées. C’est peut être le cas ailleurs mais je ne suis pas au courant de cette situation et donc pas le mieux placé pour répondre à votre question.

Le programme propose également de fixer un prix minimum d'achat pour la grande distribution. Est ce que cela suffirai à aider les agriculteurs? Est ce que c'est possible?
Je ne connais pas exactement le fonctionnement de la grande distribution car on commercialise dans des circuits différents (crémeries, vente directe: circuits courts). Mais cependant, je pense que chaque agriculteur quel qu’il soit doit pouvoir vivre décemment du revenu que lui donne la vente de ses produits. Tout le monde dans la filière doit pouvoir gagner sa vie. Que ce soit le producteur ou le revendeur.

J`ai le souvenir dans les années 60 du goût exceptionnel du lait dans une ferme des Pyrénéens ainsi que d`autres produits , tout cela a disparu de nos jours pour parait il des mesures d`hygiène . Ne pensez vous pas u`on aurait pu continuer a proposer aux consommateurs ces produits naturels qui avait un goût authentique?
Ces produits existent encore. Bien sûr, une grande partie du lait traité est pasteurisé, ce qui lui donne un goût différent. Cependant, il est encore possible aujourd’hui de trouver des produits au lait cru qui doivent correspondre au souvenir que vous avez. Par exemple, le fromage AOP Salers et Salers tradition est fabriqué uniquement au lait cru dans un récipient en bois de châtaignier appelé “gerle”. Le bois donne un goût au lait, et comme c’est un matériau poreux, les micro-organismes nécessaires à la transformation du lait en fromage sont présents naturellement à l’intérieur et ensemencent naturellement le lait pour donner un goût spécifique au fromage. Chaque “gerle” est différente donc le fromage produit dans chaque ferme à son identité propre.

Tous les ans, les personnes politiques de tout bord, viennent au Salon. Cette année, élection oblige, ils vont parler de l'univers rural pour tenter de glaner des voix. Comment voyez-vous la venue de ces personnes? N'est-ce pas de la lèche d'électeurs?
Ils viennent pour faire campagne, comme ils le font dans le marché du coin. Ils veulent essayer de conquérir des voix, c’est leur métier, c’est leur droit. C’est bien de s'intéresser à l’agriculture et à la ruralité pendant la durée du salon mais il faut aussi le faire le reste du temps.

L'hiver qui se termine bientôt a plutôt été doux par rapport à l'année précédente, est-ce que ces changements de temps affectent votre travail? Si oui, comment?
En tant qu’agriculteur, on est directement dépendant des conditions climatiques qui agissent sur la production. Par exemple, si il n’y a pas assez de pluie, il n’y a pas assez d’herbe et ainsi de suite. Pour ce qu’il en est de cet hiver, il a été plus doux au début, mais le mois de février a quand même été froid. On a eu 30cm de neige, des températures qui sont descendues jusqu’à -18 degrés.

Que pensez-vous de l'émission «L'Amour est dans le pré»? Donne-t-elle une bonne image des agriculteurs?

Je ne pense pas que l’émission soit trop caricaturale. Après c’est de la télé réalité, avec tous ses codes. Je n’ai pas assez regardé pour avoir un véritable avis dessus. Plus globalement, j’apprécie les émissions en général qui permettent de montrer que la ruralité, la vie à la campagne, n’est pas si désagréable que cela. On peut aussi vivre à la campagne sans être nécessairement agriculteur. Globalement, la vie à la campagne est agréable mais il ne faut pas non plus imaginer le cliché des “Chèvres dans le Larzac”. On ne vit pas d’amour et d’eau fraîche, même si notre environnement calme et serein. On arrive aussi à être stressé car on a des impératifs à respecter puisque c’est quand même notre métier, il faut faire “tourner la boutique”. Il n’y a plus le décalage de niveau de vie entre les territoires ruraux et les territoires urbains tel qu’il existait par exemple dans les années 50. On a l’ADSL, on a des maisons confortables... On ne vit pas au Moyen-âge!

Dans l'exercice de votre métier, voyez-vous des différences entre aujourd'hui et à la date où vous avez commencé à l'exercer?
J’ai commencé à exercer mon métier il y a quatre ans seulement! Après mes études, j’ai travaillé comme salarié dans un entreprise puis des opportunités se sont présentés à moi pour me permettre de m’installer en société avec mon père. Si j’ai choisi de devenir agriculteur, c’est car je suis intimement convaincu que l’on peut bien vivre de notre métier. En plus, je trouve valorisant d’être un des maillons d’une filière de qualité. On sait ce que deviennent nos produits, on a l’impression de maîtriser quelque chose, on en est fiers.

ESPACE LIBRE:
Je remercie toutes les personnes qui m’ont posé des questions et j’espère que mes réponses sont assez claires et qu’elles répondent à leurs attentes. Nous sommes présents sur le Salon de l’agriculture, Porte de Versailles, au pavillon 1 - stand G42. Vous pouvez venir nous rencontrer et déguster/acheter nos produits.
Pour obtenir plus d’informations sur les fromages AOP d’Auvergne: www.fromages-aop-auvergne.com
Pour obtenir plus d’informations sur la vache Salers (lait et viande): www.salers.org

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Le 49e Salon de l’agriculture a ouvert ses portes le 25 février. Election présidentielle oblige, c’est l’occasion pour les candidats de venir parader auprès des vaches, moutons et volailles. C’est aussi l’occasion pour la rédaction de 20 Minutes de vous faire découvrir un métier souvent méconnu: agriculteur.

Géraud Delorme est un de ceux-là. Il est producteur de lait dans le Cantal et élève des vaches Salers.

A quoi ressemble son quotidien? Pourquoi a-t-il choisi cette voie? Quelles difficultés rencontre-t-il? Qu’attend-il des candidats à la présidentielle? Continuez à lui poser vos questions dans les commentaires ou écrivez-nous à reporter-mobile@20minutes.fr.