«Nicolas Sarkozy est persuadé qu'il ne perdra pas»

VOS QUESTIONS L'auteur a répondu à vos questions ce jeudi 19 janvier...

Cédric Garrofé (@cedricgarrofe) & Christine Laemmel (@laemmelc)

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Eric Mandonnet était dans les locaux de 20 Minutes ce jeudi pour répondre à vos questions. Voici une sélection de ses réponses.

«Nicolas sarkozy a une puissance intérieure que je n’ai vue que chez un autre responsable, Bernard Tapie

«Nicolas Sarkzoy a longtemps considéré qu’il était plus difficile d’être candidat que d’être président»

«Il ne pensait pas du tout affronter François Hollande. Nicolas Sarkozy pensait que son adversaire s’appellerait Martine Aubry»

«Nicolas Sarkozy est persuadé qu’il ne perdra pas.»

«Le poids des femmes de Nicolas Sarkozy est considérable. Carla Bruni a eu une vraie influence sur le comportement du chef de l’Etat»


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Que ferait Sarkozy s’il perdait la prochaine présidentielle? Le voyez-vous rester dans le monde politique, reprendre sa carrière d’avocat? (Laurent C. par email)
Bonjour. D’abord, Nicolas Sarkozy est persuadé qu’il ne perdra pas. Même actuellement, alors que les sondages lui sont peu favorables. Que ferait-il en cas d’échec? D’abord, je l’ignore, pour être franc. Serait-il avide de revanche? Ou considérerait-il qu’il a fait son temps? Je pense qu’il ne se pose pas la question, tout concentré qu’il est à vouloir gagner.

Nicolas Sarkoy ressemble-t-il à un autre homme politique ou est-il vraiment unique? (Jpb par email)
Il est différent de l’ensemble de la classe politique, mais, d’une certaine manière, tout président est singulier. Par son parcours, par sa personnalité, par son caractère. Il a vraiment cru qu’il serait un président différent, quand il arrive en 2007, il pense que l’esprit même de son élection, c’est de faire différemment de faire l’inverse, même, pense-t-il de ses prédécesseurs. Mais, on l’a vu, cette rupture va échouer. Aujourd’hui, c’est un président qui ressemble, dans l’exercice de sa fonction, et plus qu’il ne l’aurait souhaité, à ceux qui l’ont précédé à l’Elysée.

Que pense Nicolas Sarkozy de DSK? Etait-il convaincu de son retour et se préparait-il au duel? Et de François Hollande? (Jean R. par email)
Il a été longtemps convaincu que DSK ne se présenterait pas, il disait savoir que les failles de DSK l’empêcheraient de concourir. A un moment, il a dû penser que finalement, oui, DSK se présenterait. Puis est arrivé l’épisode du Sofitel... Il ne pensait pas du tout affronter François Hollande. Nicolas Sarkozy pensait que son adversaire s’appellerait Martine Aubry.

Marie-Dominique, Cécila, Carla... Quel a été le poids des femmes de Nicolas Sarkozy dans sa vie et ses choix politiques? Le film "La conquête" relate-t-il la réalité? Notamment sur le fait que Nicolas Sarkozy ne souhaitait plus se rendre à la Concorde pour fêter sa victoire, car Cécila était introuvable... (Milla par email)
Plusieurs choses dans votre question. Le poids des femmes de Nicolas Sarkozy est considérable. Chacune de ses épouses, et notamment Cécilia et Carla, qui l’ont accompagné alors qu’il occupait des postes importants, ont joué un vrai rôle. L’homme Sarkozy a besoin d’avoir à ses côtés une femme et il l’écoute alors vraiment. Carla Bruni, pour ne citer qu’elle, a eu une vraie influence sur le comportement du chef de l’Etat. La conquête, que les sarkozystes redoutaient, a en réalité servi le président, dans la mesure où ce film l’a humanisé. Et a montré un moment exceptionnel de sa vie : parallèlement, il était en train de perdre sa femme au moment même où il faisait tout pour conquérir une majorité de Français. Le soir de sa victoire se passent beaucoup de choses qui montrent bien que chez Sarkozy, l’homme, le président, le candidat, tout se mêle. Oui, pendant un temps, Cécilia Sarkozy avait disparu, elle ne voulait pas venir à la concorde. Et rappelez vous, on a appris un peu plus tard qu’elle n’avait pas voté pour lui au second tour.

Vous connaissez bien Nicolas Sarkozy. Comment se comporte-t-il avec vous, et les journalistes en général? On a souvent dit qu'il aimait les tutoyer, instaurer une relation de confiance, de proximité. Qu'en est-il vraiment? (LiR.3)
Le lien entre Nicolas Sarkozy et les journalistes est très particulier.  Je le connais depuis très longtemps, ce qui a un avantage : je ne l’ai pas découvert en 2002, quand, ministre de l’Intérieur, il n’apparaissait qu’entouré d’une floppée de caméras. Je l’ai connu quand il n’était plus grand-chose, ce qui permet d’avoir avec lui une certaine distance, élément indispensable à mes yeux dans les rapports entre responsables politiques et journalistes. Comme je l’ai connu avant qu’il soit ministre, oui, je l’ai tutoyé. De moi-même, j’ai décidé de repasser au vouvoiement deux ans avant l’élection présidentielle, histoire, toujours, de maintenir une forme de distance.

Les relations de Sarkozy et de Villepin se sont-elles apaisées? Ces deux hommes pourraient-ils vraiment s'unir en avril/mai 2012? (JF73)

Entre ces deux-là, la confiance ne sera jamais au rendez-vous, ce n’est pas seulement une affaire de politique, mais une affaire d’hommes et une affaire de justice. Nicolas Sarkozy reste convaincu que Dominique de Villepin est le principal responsable dans l’affaire Clearstream. On a cru, qu’en novembre 2011, que les deux hommes allaient pouvoir travailler ensemble, et cela a échoué. Aujourd’hui, les propos de l’ancien Premier ministre devenu candidat sont extrêmement virulents.
Mais il faut être prudent en politique: c’est généralement avec ses pires ennemis que l’on finit par s’entendre, au moins superficiellement, si les circonstances l’exigent -  ou l’intérêt bien compris de l’un et de l’autre.

Nicolas Sarkozy bat des records d'impopularité à 3 mois de l'élection il semble très loin derrière Hollande, au second tour. Pensez-vous qu'il y croit vraiment encore?
Je ne pense pas qu’il y croit encore, j’en suis convaincu. Il est fait ainsi, et d’ailleurs, plusieurs candidats sont persuadés de gagner, sans quoi ils arrêteraient tout de suite.  Leur confiance en soi, c’est leur moteur. J’estime d’ailleurs qu’il a raison d’y croire, car une élection présidentielle n’est pas jouée trois mois avant le premier tour. Regardez les erreurs actuelles de François Hollande. Mais le président sortant part aussi avec de très lourds handicaps. De toute manière, les Français ne se laissent jamais voler LEUR élection, l’élection présidentielle, s’ils ont le sentiment que le match est plié avant d’avoir commencé, ils se vengent.

Le Sarkozy privé est-il si différent du Sarkozy public?
L’une des caractéristiques principales de Nicolas Sarkozy est d’avoir longtemps complètement mêlé le privé et le public. Je parle là de la période qui précède son élection à la Présidence. Il a d’ailleurs continué de mêler les deux après sa victoire, avant de corriger le tir. Il peut être dur aussi bien en privé qu’en public, c’est un combattant, il ne baisse jamais la garde, en public comme en privé.

J'entendais récemment un journaliste dire que Sarkozy était persuadé que la prochaine présidentielle allait se jouer, au second tour, sur un vote de rejet : Hollande ou lui. Qu'en pensez-vous?
Au premier tour, on choisit, au second tour, on élimine. Vous connaissez l’adage. Cette fois, François Hollande mise clairement sur le rejet de Nicolas Sarkozy, dont l’impopularité reste flagrante. Nicolas Sarkozy pense, au contraire, que la question ne sera pas celle de la popularité, mais de la crédibilité. Et là, face à la crise, il pense apparaître comme plus crédible que Hollande. Sarkozy disait souvent en privé: “les Français ne m’aiment pas pour ce que je suis, mais quand je suis dans l’action. Ils ne voudraient pas partir en vacances avec moi” et il ajoutait : “d’ailleurs, ça tombe bien, moi, je ne voudrais pas partir avec eux.” Il se méfie de certaines popularités qui n’ont eu aucun poids électoral, citant le cas de Kouchner, longtemps vedette des sondages mais toujours battu à la moindre élection partielle.

Si vous deviez attribuer à Sarkozy une qualité et un défaut. Quels seraient-ils?
Une qualité: son énergie. Il a une puissance intérieure que je n’ai vue que chez un autre responsable, Bernard Tapie. Cela lui donne incontestablement une vraie force.
Un défaut: je pourrais répondre, là encore, son énergie, à cause de laquelle il ne s’est pas toujours contrôlé. Il croit tellement en lui qu’il a été persuadé, après son élection, qu’il allait adapter les institutions à sa personnalité, quand tous ses prédécesseurs avaient adapté leur personnalité aux institutions. Force est de constater qu’il a été obligé de battre en retraite. Quand on parle de “représidentialisation”, c’est bien la preuve qu’il y a longtemps eu un problème dans la manière dont Nicolas Sarkozy exerçait la fonction présidentielle.

Vous suivez Nicolas Sarkozy depuis les années 90. Comment l'avez-vous vu évoluer? A t'il changé? A t-il toujours voulu être président?
Il a forcément changé, peut-être moins qu’il ne le dit (souvenez-vous, il ne cesse de répéter “J’ai changé!”), mais la vie, les épreuves, la fonction, l’âge (et aussi sa nouvelle épouse, sans doute) l’ont changé. Oui, il veut être président depuis si longtemps, il considère que c’est le combat d’une vie. si j’ai appelé mon livre Président candidat,c ‘est parce qu’il a toujours mêlé l’un à l’autre. Au fond, Nicolas Sarkzoy a longtemps considéré qu’il était plus difficile d’être candidat que d’être président et qu’il fallait donc consacrer beaucoup de son temps, de son énergie, à être candidat, même après sa victoire. Mais les difficultés l’ont vite rattrapé une fois qu’il est entré à l’Elysée.

Dans votre livre, on apprend qu'Henri Guaino a dit, à propos de Sarkozy qu'il gérait tout à l’affect, et que La contrepartie de l’affect, c’est la brutalité. Qu'en pensez-vous? (Laurent par email)
C’est un aspect de sa personnalité. Il faut voir comment il peut maltraiter jusqu'à ses plus proches collaborateurs. Affect et brutalité sont donc intimement liés. Autre chose, le management n’est pas le domaine dans lequel il est le meilleur. Il a beaucoup peiné à jouer collectif, à être chef d’équipe. Il suffit de se rappeler comment il a longtemps traité le chef du gouvernement, François Fillon, ou ses ministres. C’est un point frappant chez lui : il se targue d’être moderne, d’avoir compris la politique d’aujourd’hui, mais il n’a pas su avoir un management moderne.

Quel est le candidat le plus dangereux pour Sarkozy pour la prochaine présidentielle? Ne pensez-vous pas qu'il reste malgré tout le grand favori pour être, à nouveau, président? (Christian par email)
Je pense qu’il est loin d’avoir perdu. Trois mois, dans une campagne présidentielle, c’est une éternité. Et il a un certain savoir-faire. On ne peut pas dire que ses opposants fassent des campagnes irréprochables. Regardez comme François Hollande semble parfois devoir lutter contre une machine à perdre.  La situation politique du président n’en demeure pas moins très complexe. Depuis quelques semaines, entre le chômage, la perte du triple A etc, les mauvaises nouvelles succèdent aux mauvaises nouvelles. Et puis règne sur cette campagne un climat particulier, du fait, notamment, de la crise.  En ce moment, les candidats qui se réclament comme n’appartenant pas au système, progressent, aussi différents soient-ils. Je songe à Le Pen, à Bayrou et, même, à Mélenchon.

Si je vous dis que Sarkozy sera réélu en 2012 face à Marine Le Pen et que Hollande ne fera qu'un tour. Vous me répondez quoi? (patricks780)
Je vous réponds d’abord (mais ne le répétez pas!) que je n’en sais rien. Si, je vous promets, je n’ai pas les résultats du premier tour dans ma poche! Il y a un précédent à ce que vous dites, et tout le monde s’en souvient : c’est 2002. Aujourd’hui, la présidentielle se joue à quatre, ce qui est une grande nouveauté. L’un des deux candidats, Sarkozy ou Hollande, va-t-il dévisser? Le socle de Sarkozy, son noyau dur à droite, a pour l’instant tenu, mais... Hollande est poussé par une envie de gauche, mais il n’est pas davantage à l’abri. Donc Le Pen, et Bayrou aussi, ont une carte à jouer. Je le répète, rien n’est fait, une campagne est faite pour que les lignes bougent, elle commence à peine...

Pensez-vous qu'il se représentera pour un second mandat? (Corsica2A2B et alain69007)
Je ne pense pas que Nicolas Sarkozy se représentera, j’en suis absolument certain. Il a intérêt à faire naître le doute, notamment pour tenter de susciter un nouveau désir en sa faveur, mais pour ma part, si le doute m’envahit sur beaucoup de sujets, sur celui-là, je n’ai vraiment aucun doute. Oui, il sera candidat. Si je me trompe, vous avez le droit de brûler mon livre!

Quelle est sa réelle position concernant l'écologie et l'environnement,on le dit "peu concerné" sur ce sujet. Est-ce une caricature ou la réalité, sa position a t-elle changé durant ce mandat? (Christophe part mail)
Nicolas Sarkozy n’est pas un écologiste de longue date, il a compris, peu à peu, que ce sujet devenait un enjeu politique majeur, et il s’y est donc mis. Au départ, il appartenait à une droite assez classique et pas particulièrement ouverte à ce thème. En 2007, il lance le Grenelle de l’Environnement, qui va déboucher sur un processus de décisions originales. Mais il y a aussi de forts intérêts contre l’écologie, dont certains sont bien ancrés dans l’électorat de droite. Nicolas Sarkozy en tient compte, ce qui explique ses revirements. De même, la taxe carbone restera comme l’un des grands échecs de son mandat. Aujourd’hui, la crise modifie un peu la donne, car elle risque de faire reculer la préoccupation environnementale.Voyez comme la campagne d’Eva Joly ne prend pas pour le moment.  Et en même temps, la catastrophe de Fukushima, qui a donné lieu à des réactions parfois désordonnées du président (souvenez-vous de son discours récent et excessif au Tricastin), a marqué l’opinion. L’écologie est un test intéressant de la stratégie de cette campagne, selon que l’on s’adresse d’abord à des catégories populaires en première ligne sur la crise, ou à d’autres catégories très sensibles à ces questions sociétales.

ESPACE LIBRE:
Merci beaucoup de vos questions, Nicolas Sarkozy reste un sujet de discussion inépuisable. Dans mon livre, Président candidat, je ne fais pas un éditorial, j’essaie de raconter une histoire, celle d’un quinquennat très particulier, qui fut marqué par la rencontre permanente entre un homme, un candidat, un président. Bonne lecture, peut-être, et, en tout cas, bonne campagne présidentielle!

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Eric Mandonnet suit Nicolas Sarkozy depuis une quinzaine d'années. Il côtoie l'homme, le président et le candidat. Dans Président candidat, le journaliste nous fait entrer dans les coulisses de l'Elysée à la découverte d'une personnalité aux multiples facettes. Avec Nicolas Sarkozy, les frontières entre l'homme, le président et le candidat n'ont jamais été aussi poreuses. Comment le chef de l'Etat à t-il réussi à utiliser sa vie privée pour sa vie publique? Comment a évolué la parole présidentielle? Qu’est-ce qui motive l'homme? De nombreuses questions pour mieux comprendre celui qui se représentera très probablement devant les Français pour postuler à un second mandat.

Eric Mandonnet est rédacteur en chef adjoint du service France à L'Express. Il suit Nicolas Sarkozy depuis les milieu des années 1990 et a publié, entre autres, Les hommes de l'ombre, conseillers, confidents et gourous politiques (Grasset, 1995) et Au cœur du RPR, enquête sur le parti du président (Flammarion, 1998), avec Emmanuel Hecht.