Vous avez interviewé Manuel Valls, candidat à l'élection présidentielle par les primaires du Parti socialiste

VOS QUESTIONS Le candidat à l'élection présidentielle a répondu à vos questions sur son projet pour la France, les primaires socialistes et l'actualité politique

Cédric Garrofé

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Manuel Valls, le 28 juillet 2011 dans les locaux de 20 Minutes
Manuel Valls, le 28 juillet 2011 dans les locaux de 20 Minutes — C.G.

Pourquoi le PS n'a jamais réussi sa transformation sociale démocrate. Lorsque l'on voit la majorité des autres partis travaillistes européens, "modernes", on se dit que le PS français a un train de retard sur ses homologues... (julietta)

Son rapport au pouvoir est régulièrement perturbé par le sentiment qu’il a trahi ses électeurs. C’est pourquoi nous avons peu gouverné, contrairement aux autres formations sociales-démocrates européennes. Pour transformer, il faut du temps. Nous vivons souvent avec cette mauvaise conscience, due à un surmoi marxiste et à l’influence pendant des années du PC et aujourd’hui de l’extrême-gauche. Je suis par exemple atterré par le concept de démondialisation de mon ami Arnaud Montebourg qui est une manière de nier tout simplement la réalité. J’aimerais savoir ce que les autres candidats à la primaire en pensent. Dans le monde d’aujourd’hui, démondialiser signifie repli sur soi. La globalisation nécessite de la régulation mais aussi de voir ce qu’elle représente de positif pour la Chine, pour l’Inde, le Brésil ou l’Afrique qui change malgré les immenses défis auxquels elle est encore confrontée.

Si vous devenez président, quelles seront vos premières mesures? (FH200)

Je me rendrai à Berlin pour proposer à la chancelière allemande la création d’un ministère commun de l’Economie et des Finances car l’avenir de notre pays et de l’Europe passe, j’en suis convaincu, par la coopération entre nos deux peuples. Je demanderai au Premier ministre de former un gouvernement de 16 ministres à parité intégrale. J’engagerai immédiatement la réforme fiscale dont notre pays a besoin pour plus de justice.

On vous accuse souvent d'être un homme de droite. Que répondez-vous? Laurent Delahousse avait posé cette question à Dominique Strauss-Kahn en février dernier. Je vous la pose à mon tour : "Que représente le socialisme, pour vous, aujourd'hui?" (Monzon)

Pierre Mendès-France, Michel Rocard étaient également accusés d’être à droite parce qu’ils refusaient le diktat d’une certaine gauche archaïque et dépassée. Je reste un optimiste, et je fais mienne la formule d’Albert Camus - qui avait raison face à Jean-Paul Sartre - celle d’être un “Sisyphe heureux”, c’est-à-dire un homme qui veut changer le quotidien de ses semblables sans leur promettre un monde nouveau, trop souvent synonyme de catastrophes comme le 20e siècle l’a démontré. Le mot “socialisme” est sans doute dépassé car lié aux combats du 19e siècle, je lui préfère le mot “gauche” qui peut encore soulever l’espérance.

Pourquoi avoir décidé de nommer Ali Soumaré au porte-parolat de votre équipe de campagne? (Monzon)

J’ai voulu que mon équipe soit aux couleurs de la France, jeune, diverse, métissée. Je suis un élu des quartiers populaires, de la banlieue et je veux que la politique change dans notre pays. Les Français veulent changer de président de la République mais ils veulent aussi que la politique et les politiques changent. Ils n’en peuvent plus de voir les mêmes tenir les mêmes discours. La politique doit faire la place d’abord aux femmes, l’égalité et la parité sont pour moi les priorités, mais aussi à d’autres catégories sociales - notre système est cadenassé par les mêmes élites depuis des années - et aux jeunes. Ali Soumaré, Zohra Bitan, Hatouma Doucouré ou Fayçal Douhane non seulement sont avec moi mais représentent l’avenir d’une nouvelle gauche.

Je pense depuis longtemps qu'un impôt sur le revenu prélevé à la source serait plus juste et permettrait beaucoup d'économie par rapport au traitement actuel en coût financier du système déclaratif actuel. Vous engagez-vous à mener cette réforme? (kikinoug)

Je suis favorable à une réforme profonde de la fiscalité à travers la fusion de l’IR avec la CSG et en changeant de manière radicale la fiscalité locale qui est injuste. Elle devrait être liée aux revenus de chacun. J’ai déjà évoqué ma proposition de TVA-protection. Mais moi aussi je pense depuis longtemps que l’impôt sur le revenu doit être prélevé à la source.

J'ai acheté votre livre sur la sécurité que j'aime beaucoup et j'étais au MK2 lors de votre rassemblement, je suis ravi. Que pensez-vous de la nomination des présidents de France Télévision et Radio France par le Président de la république? (jijip6)

Merci de votre soutien! C’est un système archaïque, si je suis élu président de la République, je reviendrai sur ce système de nomination qui fait peser en permanence un doute sur les orientations et le rôle des responsables de France Télévision et de Radio France. La politique ne doit pas se mêler de la ligne éditoriale de la télévision et de la radio.

Le déficit de l'État atteint des sommets vertigineux. Quelles seraient vos propositions pour réduire ce déficit et rétablir, à long terme, l'économie du pays? (naguima)

Je l’ai déjà dit, on ne pourra pas dépenser un euro de plus. Toutes les marges nouvelles devront être affectées à la réduction du déficit et au désendettement de la France. Pour financer nos nouvelles priorités, cela devra se faire au détriment d’autres politiques publiques, en supprimant ou en plafonnant des niches fiscales, en décentralisant le pays. Mais je veux tenir un discours de vérité, l’effort que nous devons faire est du niveau de celui de l’après-guerre. Les Français peuvent le comprendre s’ils ont le sentiment que contrairement à ce qui se passe aujourd’hui, tout le monde est mis à contribution. Je veux concilier discours de vérité avec optimisme car si on défini le cap, les Français peuvent reprendre espoir, se réconcilier avec le discours politique.

Pour les primaires socialistes, le droit de vote a été donné aux étrangers. Trouvez-vous normal que ceux-ci soient impliqués dans la vie politique française? (-Chevre-)

Je rappelle que tous les électeurs français peuvent voter les 9 et 16 octobre prochains pour désigner notre candidat à l’élection présidentielle. C’est la première fois qu’un parti organise une élection à ce niveau-là à travers plus de 10 000 bureaux de vote, c’est une véritable révolution démocratique. Pour répondre à votre question, nous avons donné le droit de vote aux étrangers adhérents du PS.

Ne pensez-vous pas qu'une profonde réforme du code de la nationalité s'impose? (TROUBADOUR)

Non. Arrêtons de triturer le Code de la nationalité. La priorité, c’est la réussite de l’intégration de ceux et celles qui arrivent en France. Le contrat d’intégration (apprentissage du Français et de nos valeurs) doit réellement fonctionner ; je suis partisan d’un dialogue avec les partenaires sociaux, pour définir l’immigration du travail mais je reste convaincu que notre pays a besoin d’immigration pour des raisons économiques, culturelles, démographiques. Ce que nous devons éviter, c’est l’approfondissement de la ségrégation territoriale, sociale et ethnique qui mine le pacte républicain et donc c’est toutes nos politiques de logement, de peuplement, d’éducation qui doivent être revues.

Trop longtemps, le programme du PS a été muet sur les questions de sécurité et d'immigration. Cependant, ils font souvent la différence et sont présents au coeur des attentes d'un grand nombre de français (2002 nous l'a bien prouvé...). J'aimerais savoir quelles sont vos propositions personnelles sur ces deux sujets. (noldorin88100)

J’ai publié récemment un livre sur la sécurité où je détaille mes propositions - police des quartiers, nouveau rôle pour les polices municipales, refonte de la politique pénale vers les mineurs, même si je trouve que le PS a grâce à l’action utilisée du locaux, formidablement évolué sur ces questions. Nicolas Sarkozy a échoué sur ce sujet fondamental puisque les violences sur les personnes ne cessent d’augmenter et qu’un Français sur cinq se sent en insécurité. La gauche doit donc faire la démonstration qu’elle est plus crédible que la droite dans la lutte sur la délinquance et je suis sans doute celui qui incarne le plus cette crédibilité.

On ne peut s'empêcher de constater que Nicolas Sarkozy est un président à bout de souffle, dont l'action est largement désavouée par l'opinion publique, y compris d'une large partie de la droite. Cependant, il apparaît toujours comme un candidat crédible à sa propre succession pour 2012. N'est-ce pas là, en soi, un aveu d'échec pour le PS, principale force d'opposition? Quelles en sont, selon vous, les raisons? (pierreplume)

La gauche n’a pas su moderniser son logiciel, c’est donc le sens de ma candidature d’incarner une gauche moderne et populaire qui regarde le monde et la société française d’aujourd’hui et qui propose des solutions adaptées à notre temps et non pas avec des recettes des années 70 ou 80 (35 heures, emploi jeunes, retraite à 60 ans...) Lutter contre les injustices et les inégalités nécessite aujourd’hui de faire preuve d’imagination: réformer l’éducation grâce à de nouveaux rythmes scolaires et en replaçant le professeur au coeur du système, réformer les retraites c’est proposer un système de retraites à la carte, qui tienne compte davantage du parcours de chacun (années de formation, congés parentaux et congé maternité, pénibilité au travail),faire de la culture une priorité c’est décentraliser davantage, bâtir un partenariat entre le public et le privé, trouver de nouveaux modes de rémunérations pour les artistes etc.

Pour sortir un peu de la politique, j'aurais voulu savoir si vous étiez un supporter du Barça, comme tout bon catalan qui se respecte! (anarchiste au pouvoir)

Je suis né à Barcelone, ma famille est catalane, le cousin de mon père a écrit l’hymne du Barça, j’adore le foot et j’aime surtout le beau jeu donc je suis un supporter heureux du Barça.

Êtes-vous pour le retrait de la corrida de la liste du patrimoine immatériel français et favorable à entamer un vrai débat sur la question de la tauromachie dans notre pays? (sonia18)

Je suis toujours favorable au débat mais je reste amoureux de la tauromachie, dans ce qu’elle représente comme culture et tradition. Je ne cherche pas à vous convaincre, ne cherchez pas à me convaincre.

Comment expliquez-vous le montant de la dette publique de la France? (Pas de démagogie svp, par exemple, c'est la faute à Sarkozy, car le problème date de très longtemps). Comment en sommes-nous arrivés là? (picouic)

Par facilité. Les collectivités territoriales, par exemple, n’ont pas le droit de présenter des budgets en déséquilibre. L’Etat devrait être astreint à la même obligation. Dans mon livre “Pouvoir” (2010, éditions Stock), je me déclarais favorable à la règle d’or. Mais elle ne peut être instaurée que sur la base d’un consensus entre la majorité et l’opposition, entre l’Etat et les collectivités territoriales. Ce n’est pas le chemin qui a été choisi par le président de la République dont l’action depuis 4 ans a fait tout de même, exploser la dette publique.

Vous êtes de la génération des jeunes loups politiques, assez brillant, il faut l'avouer. Votre candidature de 2012 n'a-t-elle comme intérêt de préparer 2017, contre Jean-François Copé? Ne pensez-vous pas qu'après les primaires et les prochaines présidentielles, il soit nécessaire de reformater le PS pour en faire un parti jeune et dynamique? (angel1)

Ma candidature est déjà celle du renouvellement! Les primaires doivent changer réellement la vie politique en donnant la parole aux Français et permettent déjà de dépasser le PS. Je suis convaincu que les formations politiques doivent évoluer car leurs formes d’organisation sont obsolètes.

Si vous deviez exclusivement voter pour l'un ou l'une des autres candidats aux primaires PS, lequel ou laquelle choisiriez vous et pourquoi? (IDKR)

Je suis candidat pour gagner et je répondrai à votre question le 9 octobre au soir.

Pensez-vous qu'il soit nécessaire de développer le secteur industriel en France? Dans l'affirmative, quels seraient vos idées fortes pour améliorer la compétitivité de nos entreprises? Dans la négative, faudrait-il alors supprimer des cursus de formation? Merci de votre réponse. (unhommeparmileshommes)

Je propose une TVA protection ou très sociale qui abaisse le coût du travail et qui protège davantage ainsi nos emplois industriels. Pour cela il faut harmoniser les taux de TVA au niveau européen. La priorité pour notre pays, c’est bien de soutenir notre compétitivité car on ne parle pas suffisamment du haut niveau de déficit commercial qui est le notre (50 milliards d’euros) et du différentiel qui s'accroît avec nos partenaires allemands. Soutenir nos PME, former nos salariés, investir massivement dans la recherche et l’innovation (bio-tech, énergies renouvelables...) en sont les éléments incontournables.

Êtes-vous pour la réduction du nombre de députés et de sénateurs? Si oui, dans quelle proportion? (MISTERAM)

Dans un pays vraiment décentralisé, en réduisant le nombre de régions, en supprimant sans doute, à terme, les départements, il ne serait pas inconcevable de réduire le nombre de députés. Mais je ne suis pas sûr que cela soit aujourd’hui une priorité.

On parle peu de l'avenir européen à moyen ou long terme. Pensez-vous qu'une fédération des états européens soit la solution pour sortir l'Europe de ses difficultés? (manu34)

Vous avez raison, il faut redonner un projet à l’Europe. Autour de sa relation avec la Méditerranée, de l’élargissement à la Turquie, à travers une défense européenne, le développement durable et en permettant des investissements sur de grands travaux. L’Europe est un bien précieux, elle a permis la paix et un haut niveau de protection sociale. Ne l’oublions pas mais désormais il faut qu’elle réponde davantage à l’attente des citoyens.

Martine Aubry veut augmenter de 30 à 50% le budget de la Culture. Elle reprend aussi une proposition de l'aile gauche du PS et du MJS (ainsi que l’UNEF) en promettant l'allocation d'autonomie à tous les étudiants. C'est à dire que ceux-ci, indépendamment des ressources de leurs parents, toucheraient 700/800 euros par mois. Il faudrait, au bas mot, 15/20 milliards d'euros pour financer cette mesure... Irréaliste ! François Hollande semble penser la même chose que moi et appelle à conserver par tous les moyens une ligne crédible. Et vous, qu’en pensez-vous? (PS75001)

La culture doit être une priorité mais il va falloir faire preuve d’imagination car on ne pourra pas dépenser un euro de plus vu l’état de nos finances publiques. La gauche ne doit pas s’identifier à la dépense publique ou à l’imposition permanente. C’est pourquoi je suis sceptique sur les emplois jeunes, l’allocation d’autonomie ou des annonces d’augmentation de tel ou tel budget.

Vous aviez affirmé "votre volonté de sortir du temps de Twitter, où il faut répondre en permanence à des questions qui aujourd'hui ne se posent pas". Vous semblez être devenu un addict. Vous twittez beaucoup, vous répondez à tout le monde, vous n'avez pas un usage agenda comme la grande majorité des politiques sur ce réseau. Honnêtement, je trouve ça super, bravo. Comment expliquez-vous cette nouvelle addiction? (Lionel45)

Je suis à la fois de mon temps et donc j’utilise les outils de communication d’aujourd’hui - twitter en fait partie. En même temps, je suis convaincu qu’il faut réhabiliter le temps long. La politique c’est la pédagogie, l’explication, convaincre, et tracer un cap pour le pays: réformer l’éducation, notre système de retraite, décentraliser... Tout cela nécessite du temps. 140 signes ne suffisent pas pour expliquer tout cela... Je ne suis pas un addict encore!

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Présentation du chat :

Le Parti socialiste organise ses primaires les 9 et 16 octobre. Le vainqueur sera intronisé candidat du PS à l'élection présidentielle de 2012. Manuel Valls est le premier à avoir répondu à notre invitation.

Né le 13 août 1962 à Barcelone, Manuel Valls adhère dès ses 17 ans au Parti socialiste pour soutenir Michel Rocard à l'élection présidentielle de 1981. Il devient peu de temps après son assistant parlementaire. En 1997, sous la cohabitation, il devient conseiller pour la presse et la communication du premier ministre Lionel Jospin. Maire de la ville d'Evry et député de l’Essonne, il annonce le 13 juin 2009 son intention de se porter candidat à l’élection présidentielle de 2012 à travers les primaires du Parti socialiste. Le mardi 13 juillet 2011, il dépose officiellement sa candidature auprès de la Haute autorité chargée de superviser cette consultation nationale.

Au sein de son parti, Manuel Valls incarne une ligne «franchement réformiste», qui ne «ne renonce pas à changer la vie dans le quotidien des gens». Il souhaite que la gauche s’affirme sans complexe sur des thèmes comme la valeur travail, la sécurité, le vivre-ensemble ou encore le droit de vote des étrangers aux élections locales. Défenseur de la construction européenne, il se déclare notamment favorable au contrôle de la Commission européenne sur les budgets nationaux. Dans son livre Sécurité, la gauche peut tout changer, publié en avril 2011, Le député de l'Essonne s'estime favorable au développement de «centres d'éducation renforcés» pour les jeunes et, s'il est contre la légalisation du cannabis, affirme son approbation en faveur des «salles de shoot».