Vous avez interviewé Doron Levy sur les braquages

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Doron Levy auteur de "Braquages" répond aux questions des internautes de 20minutes.fr lors d'un chat à la redaction le 07 octobre 2010
Doron Levy auteur de "Braquages" répond aux questions des internautes de 20minutes.fr lors d'un chat à la redaction le 07 octobre 2010 — 20minutes.fr

Le braquage, sport national des années 2000? Ces dernières années, les faits divers relatant des braquages se sont multipliés. Organisations paramilitaires, radicalisation des techniques, nouveaux modes opératoires, filières de recel, Doron Levy dresse un panorama du monde des braqueurs ces dix dernières années et analyse les moyens développés pour combattre cette forme de délinquance.

Conseiller des entreprises dans la lutte contre les braquages et expert auprès des principaux observatoires et services spécialisés, Doron Levy était l’invité de la rédaction le jeudi 7 octobre.


Comment les braquages vont-ils évoluer? Quelles sont les technologies développées qui vous semblent dangereuses pour la sécurité?
Maya
Les braquages "toutes catégories confondues" sont en augmentation depuis quelques années. Après une forte baisse après 2001. Attention cependant, il faut se méfier des statistiques. Elles ne sont parlantes et significatives que lorsque l'on analyse et étudie le phénomène avec toutes ses composantes.

Sinon, est-ce que les braquages ne sont pas démodés au vu des maigres résultats (moins de 2 millions d'Euros pour la photo de l'article correspondant à celui de fin Mai de cette année à Marseille) et des nombreuses parts qu'il faut ainsi allouer en conséquence aux nombreuses personnes y ayant participés, ainsi qu'on a pu le voir justement sur celui-ci, où ils étaient un commando de près d'une dizaine ?
De plus, pour paraphaser une célèbre citation d'Audiard père me semble t-il, les braqueurs ne sont-ils pas les travailleurs les plus pauvres, quand on prend en considération les peines qu'ils encourent au vu des montants qu'ils peuvent espérer tirer ?
D'ailleurs, quelle est la proportion des braquages échoués ? Et n'assiste t-on pas à une radicalisation cette année avec des braqueurs qui n'hésitent pas à tirer à hauteur d'homme ?
Dimo
Les braquages, s'ils n'étaient pas rentables pour leurs auteurs, n'auraient pas autant le vent en poupe. Attention aussi dans l'estimation des préjudices et des taux de recel envisagés. En effet, de nouveaux (ou ex-anciens) phénomènes (re)apparaissent et notamment le "troc criminel" ou échange de marchandise. Il y a dans ce cas, moins de risques encourus, car moins d'intermédiaires et pas de cash qui circule. Tout peut être très rentable à grande échelle, des bijoux contre des stupéfiants, des véhicules. Sinon, vous avez raison, la plupart des attaques sont l'oeuvre d'apprentis braqueur (très dangereux donc) qui repartent souvent avec de maigres préjudices; malgré un taux de réussite assez élevé pour ce type de vol.

Bonjour Monsieur,
Est-ce que c'est normal que les braqueurs comme Ferrara - ou Musulin dans un tout autre genre -, se retrouvent en France d'office mis en Isolement pendant des années durant leur détention ?
Est-ce que ce sont des criminels plus dangereux que d'autres et donc pour ces raisons, ils devraient être plus que particulièrement surveillés, voire cassés (!) ou y a t-il des raisons politiques d'une façon ou d'une autre puisque bien des crimes plus graves ne rencontrent pas ce genre de sanctions ?
De la même façon, est-il fréquent de voir des avocats se voir poursuivi avec leurs clients qu'ils ont défendus, sans qu'il n'y ait apparemment de preuve matérielle ?
Dimo
Il est vrai que les "grandes affaires", comme celles des voyous de l'envergure d'un FERRARA, suscitent de nobles vocations, surtout en prison. Les spécialistes et les policiers savent bien comment fonctionnent les réseaux créés en prison. Les gens font connaissance, et se rassemblent par affinité (familiale ou amicale) mais surtout par domaines de compétences ("chauffeur", "logeur", braqueur, receleur...)
Il est donc, dans ce contexte, compréhensible de croire que pour des compétences spécifiques, certains n'hésitent pas à faire libérer leur camarade d'arme...
Concernant les avocats, je pense que vous faites allusion à une affaire récente ou un avocat a été poursuivi pour "association de malfaiteurs" suite à la défense d'un client. Il est clair que parfois la limite entre les "non dits", les "accords tacites" et les "consentements implicites", il y a de quoi s'emmêler les pinceaux.

Un scénario comme "Ocean's eleven" est plausible? Vous me conseillez de braquer plutôt les casinos, les banques ou les superettes?
dav
Je ne sais pas si les scénarios du cinéma sont tous plausibles. La seule chose que je sais c'est que les gens qui décident de monter "un coup" sont toujours bien informés (de l'intérieur) sur les particularités de leur cible : Type de marchandises, horaires des activités, événements particuliers, lieux de stockage et failles éventuelles des dispositifs électroniques)

On a vu récemment plusieurs braquages d'affilée à Lyon. Est-ce une spécialité locale ?
Bivouak
Lyon a toujours été un ville avec un criminalité relativement forte. Le "gang des lyonnais" avait déjà défrayé la chronique il y a quelques années. L'autre point concernant la forte recrudescence des attaques dans cette région, est sa position géographique : en effet, Lyon est une ville situé au carrefour de la région PACA (et la méditerranée), un accès rapide vers Genève et également l'italie.

Y'a-t-il un profil type du braqueur? Si oui, lequel?
popline
Si dans l'imaginaire de la plupart des personnes, les profils semblent bien établis, dans la réalité les choses sont toutes autres.
On peut dire, en exagérant à peine, qu'il n'y a plus de profils. Des braqueurs "slaves" débarquant des balkans, du toxicomane isolé, en passant par les "spécialistes" de la communauté des gens du voyage, ou encore les délinquants péri-urbains des grandes villes, tous sont potentiellement actifs et capables de réaliser un "coup". Certains, afin de déjouer les systèmes de sécurité et la vigilance des personnels, vont jusqu'à utiliser des "ouvreuses" : de jeunes femmes à l'allure rassurante qui une fois la porte ouverte, laissent entrer leurs complices armés.

Comment lutter efficacement contre les braquages sachant que la technologie n'y peut rien ?
Bibine
La lutte contre le phénomène implique la prise en compte de plusieurs dimensions :
- L'information et son traitement (les alertes signalant des suspects, le contact avec la police...)
- Les procédures (nominales et dégradées) qui doivent exister et être mises à jour régulièrement
- La maitrise du facteur humain (le recrutement, la formation...), souvent source de vulnérabilités...
- La gestion quotidienne du dispositif et des consignes, car l'enemi du bijoutier c'est la ROUTINE.....

Bonjour, le "milieu" traditionnel est-il toujours aussi présent dans les braquages? Ou s'agit-il seulement des "jeunes" qui veulent sauter des étapes dans le grand banditisme?
Anonymedu13
En fait, aujourd'hui toute le monde s'y met. Même si il y  quelques années, le braquage semblait être source de respectabilité avec des codes et des rituels facilement reconnaissables, désormais il semble bien que nous avons à faire à quelque chose de plus banal, d'accessible voire stimulant.

Pensez-vous que la multiplication des "petits" braquage (tabacs, supérette...) est due à une justice trop laxiste envers les coupables?
cross94
Je ne pense pas que la justice (et ses éventuels dysfonctionnements) soit un facteur décisionnel dans le passage à l'acte lorsque l'on décide de "monter" au braquage. Bien sûr, les voleurs se renseignent avant, et savent très bien ce qu'ils risquent. En clair, je pense que même si nous avions des peines plus fortes, et des moyens de répression plus "systématiques"; nous serions tout de même confrontés au phénomène. La multiplication des braquages de petit envergure, ceux qui concernent les petits commerces de proximité, est une affaire plus compliquée. Même si l'appareil juridique peut sembler inadapté ou faible, de nombreux autres facteurs interviennent et peuvent brouiller les pistes.

Comment les braqueurs peuvent utiliser tout leur butin ? Les billets ne sont-ils pas marqués ? Quant aux bijoux, à qui les revendre ? Est-il facile de blanchir tout cet argent ?
Celtic Kop
Le butin des voleurs et son traitement post-braquage bénéficient d'une attention toute particulière. Cela ne servirait à rien, de pendre des risques et violenter des personnes pour se retrouver avec des billets facilement identifiables (et donc non recyclables ou échangeables) ou des bijoux invendables (parce que connus ou abimés). Des filières de recel existent, et tournent à plein régime. Si l'on regarde le nombres d'attaques et la quantité de produits dérobés chaque année en Europe seulement, il est évident que ces filières et leurs protagonistes jouissent d'un certain savoir faire en la matière. On ne sait finalement que très peu de choses sur le recel. Il faut souvent attendre le démantèlement d'un réseau et l'arrestation des receleurs et clients pour comprendre leur mode de fonctionnement.
Prenez pour exemple, le cas récent de l'interpellation d'un bijoutier cannois qui  "travaillait" dans la région PACA depuis de nombreuses années. Les enquêteurs ont découvert qu'il s'agissait d'un trafic international avec de nombreuses ramifications.

Et le grand banditisme ca n'existait pas avant?
Kriek
Le grand banditisme, dans le sens ou nous l'appréhendons aujourd'hui, implique des références et des modes de fonctionnement fortement ancrés dans la société moderne. Déjà au Moyen Age, les convois attelés se faisaient attaquer par des bandits dissimulés sur le bas coté. Ils portaient déjà des armes et donnaient à leurs organisations des sobriquets assez révélateurs de leurs intentions. Désormais, dans notre monde contemporain, nous avons à faire à des groupes hyperorganisés, disposant d'une logistique et d'une répartition des tâches parfaitement bien orchestrées. Ils sont certainement plus efficaces, et vivent avec leurs temps. ils exploitent donc toutes les possibilités de l'appareil juridique en cas d'interpellation (des choses qui auparavant étaient plus rudimentaires), et toutes les capacités techniques de certains matériels notamment les voitures ou 2 roues, et bien sûr ils disposent d'armes très dissuasives.

Y a t-il un braquage qui a marqué l'histoire plus que les autres selon vous? Si oui, pourquoi celui-là?
Gaelle
Il y a de nombreux braquages qui ont résolument marqué les esprits, cela dépend de l'époque et des enjeux. Si l'on se réfère aux temps modernes, on trouve de nombreuses figures fantasmatiques qui ont adopté le braquage comme une évidence opérationnelle... Dès l'après guerre "Le gang des tractions avant", le "gang des postiches" des années 80, ou encore la "dreamTeam" des années 90, à chaque époque, son lot de "héros" avec leurs performances qui font tourner la tête. Alors, un braquage plus qu'un autre ? Je ne sais pas, mais pour la France, celui qui a fait courir la police et affolé les assurances restera le braquage de de la bijouterie HARRY WINSTON située sur l'avenue Montaigne, avec ses 85 millions d'euros de préjudice, heureusement vite retrouvés...

Vous dites que le braquage est un révélateur social, ça dit quoi de la société? Qu'elle est de plus en plus violente? Y a t-il vraiment une diversification et une augmentation des braquages ou est-ce juste un effet mediatique?
Bertrand
Un révélateur social mais aussi un thermomètre. Les braquages, comme bien d'autres phénomènes sont très liés aux facteurs intrinsèques de notre société. Rapports aux autres, effets de gamme, mondialisation des échanges, facilités et développement des transports... On peut ainsi dire, lorsque l'on suit et étudie les phénomènes criminels, que comme le monde licite, il y a des règles et des indicateurs qui ne trompent pas... Alors une société plus violente? Je ne sais pas, par contre une société qui évolue avec son temps, des criminels qui s'adaptent, des intermédiaires qui prennent de moins en moins de risques, des échanges qui se facilitent... Il faut aussi pour bien saisir l'ensemble du problème, tenir compte de la dimension médiatique. Aujourd'hui, cette facette de notre société a complètement changé notre façon de nous informer, et de nous documenter... On en parle plus, et plus vite....

 Bonjour, Je voulais savoir quel était le taux de résolution des enquêtes liées aux vols à main armée ? La police est-elle efficace dans ce domaine ? Lui donne-t-on plus de moyens (humains notamment) lorsqu'il s'agit d'une bijouterie/banque plutôt que de petits commerçants ?
Maestria
Avec l'augmentation des sinistres, il est logique de comptabiliser une hausse des interpellations et des résolution d'affaires. Les taux de résolution, comme les statistiques, sont à prendre avec beaucoup de pincettes. Parfois, une équipe arrêtée et un reseau demantelé peuvent concerner plusieurs affaires ou s'étendrent sur de nombreuses années. Situé entre 20 et 30 %, ce taux de résolution est donc un indicateur qu'il faut découper et regarder quasi à la loupe, pour chaque affaire. On y découvre ainsi que le facteur chance, ou l'entêtement de certains policiers hors norme y joue un rôle majeur. Rares sont les cas de flagrant délit où l'ensemble des protagonistes se rendent gentiment et restituent leur butin.  En fait, durant un braquage tout est possible et tout le monde joue sa vie.