Vos questions sur les «Bandes de jeunes»

VOUS AVEZ INTERVIEWÉ e sociologue Marwan Mohammed vous a répondu...

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Le sociologue Marwan Mohammed
Le sociologue Marwan Mohammed — dr

Nicolas Sarkozy a détaillé son plan contre les bandes violentes. Le sociologue Marwan Mohammed a justement écrit une thèse sur les «Bandes de jeunes» (Editions de la découverte). Ce chercheur associé au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP) a répondu à vos questions.

Ses dernières réponses:

Les bandes d'aujourd'hui sont-elles sensiblement maintenues ou développées par des réseaux organisés de traffic, en particulier de drogues?
Thierry
La logique du trafic et la logique des bandes diffèrent sensiblement, mais si dans certains cas, le public des bandes peut servir de main d’œuvre (guetteur, livreur, etc.). Il faut disjoindre les deux, les bandes se veulent visibles et expressives, le deal se doit d’être discret et pragmatique. Les relations d’argent et de concurrence qu’implique le « bizness » s’oppose aux relations plus réciproques et moins clivés des bandes.
 
J'aimerais savoir si, d'après vous, une autre cause comme les familles nombreuses des milieux «pauvres» a amplifié ce phénomène de bande du fait que les parents se sont fait "déborder" par leurs enfants?
Fbasquoi
Il y a effectivement un lien sensible entre la taille des fratries et le fait de participer des activités déviantes. Mais la taille des familles n’explique pas tous les cas et sont influence est indissociable de  la qualité du voisinage et des scolarités.

Qui est à même de mieux comprendre la question de la violence et, donc, d'y répondre... la gauche ou la droite?
liberte_egalite_fraternite_diversite
Ce n’est pas un phénomène facile à traiter durablement. Donc je réponds le pragmatisme, la justice sociale et l’intelligence collective.

Les jeunes de cités ont-ils réellement envie de sortir de leurs ghettos? Ne pensez vous pas que quand on veut, on peut? Ne sont-ils pas responsables de leurs situations au même titre que l'état français? Signé: un mec de cité qui n'en est plus un... et qui l'ayant vécu pense que la réponse est non ils ne veulent pas (mais alors pas du tout) sortir du ghetto, pour la plupart et qu'ils sont beaucoup plus contents de ce qu'ils font que les médias nous laisse penser.
Mr Marmotte
Les jeunes des cités ne sont pas une catégorie homogène, définie par l’aliénation, la violence et l’oisiveté monsieur Marmotte, vous devriez le savoir. Votre remarque «si on veut on peut» n’est sociologiquement pas juste en l’état. «Si on veut, on ne peut pas forcément». Par contre là où vous avez sociologiquement raison, c’est que « ceux qui ont pu, ont voulu », ce qui veut dire que l’effort individuel est nécessaire mais pas une garantie. Après qu’il y en ait une poignée qui se préfère la sécurité du quartier… Ce n’est pas faux, mais dans ces cas-là, il faut également s’interroger sur le fonctionnement à leur égard de la société globale.

Ne pensez-vous pas que ce phénomène, qui ressort sporadiquement dans les discours politiques, ne soit qu'un fantasme social exploité par une classe politique en recherche d'un moyen de diversion pour faire oublier son incompétence face à la crise?
BOUH!
Il y a souvent un lien entre l’agenda social et la communication politique. Mais je doute que le phénomène des bandes, qui est cyclique, parviendra à occulter le contexte social et politique actuel.

Beaucoup de commentaires disent ceci: «Il n'y a rien de nouveau, les bandes existaient déjà naguère... les blousons noirs.... etc». Mais, sans défendre le gouvernement dont je ne cautionne pas la politique, est-ce que parce que mal a toujours existé qu'il faut le laisser faire?
bazart
Mais le phénomène des bandes n’a jamais laissé impassible les pouvoirs en place. C’est la nature des réponses qui évoluent dans le temps. Je rappelle qu’un exercice de compréhension n’est pas une incitation à l’excuse ou à l’inaction. Au contraire, l’action est meilleure lorsqu’elle est bien informée.

Ne pensez-vous pas qu'il faudrait avant tout s'occuper des parents avant de punir les enfants?
pascontent1981
Tout dépens ce que vous appelez « s’occuper ». J’ai enquêté sur ces parents et j’ai rencontré des personnes qui souffraient de la situation. Les transgressions de leurs enfants les disqualifient à tous les niveaux (voisinage, institutions, médias), leur coûtent cher (frais de justices, réparations, etc.) et fragilisent le fonctionnement familial (stress, conflits, tensions). Ce n’est vraiment pas l’idéal familial auquel ils aspirent. Je le répète, il se joue quelque chose pendant les scolarités et une action publique renouvelée, renforcée et pertinente serait salutaire. Il existe des choses qui fonctionnent parfois très bien. Mais force est de constater que notre système scolaire produit une masse d’adolescents dont la valeur scolaire et plus tard la valeur sociale sont au cœur du phénomène. Donc, s’il s’agit de sanctionner les parents pour leurs difficultés éducatives, c’est complètement stérile. Surtout, le point commun de ces parents c’est leur disqualification éducative, la perte d’autorité. Les aider à être plus légitime, voilà un beau champ d’action.

Comment reconnaître et avoir des preuves qu'un individu fait parti d'une bande, s'il le nie?
Chrysostome_Le_Vrai
Bonne question. Surtout que l’usage du mot bande par les sociologues, ne reflète pas un usage du terme par les jeunes. Il s’agit avant tout de groupe de pairs et ils se définissent d’abord en fonction de ce lien de sociabilité. Il y a un écart entre le statut du mot bande et ce qui relie ces jeunes.

Qu'est ce qui différencie le phénomène de bande d'aujourd'hui de celui de nos «belles années»? A part la récupération politique, pile poil avant des élections, bien entendu!
liberte_egalite_fraternite_diversite
Quelles sont nos belles années? Si c’est la période Blousons Noirs, le traitement médiatique est en apparence très ressemblant. Mais j’insiste, la société à changer, les bandes aussi.

Bonjour, le phénomène de bande a toujours existé mais dans des proportions moindres. D'après ce que j'ai lu ce phénomène de bande était dû, en grande partie, à l'inactivité des personnes qui la composent, est ce vrai?
Fbasquoi
Je rappelle que nous ne connaissons pas la proportion de bandes sur le territoire, c’est valable pour hier comme pour aujourd’hui. Ce que l’on sait, c’est qu’il y a 50 ans, les jeunes en bandes qui défrayaient la chronique (tout comme aujourd’hui) étaient majoritairement actifs (ouvrier, apprentis, etc.), qu’ils restaient moins longtemps dans les bandes et que les éducateurs de l’époque avaient des solutions immédiates et durables à leur proposer. Les éducateurs aujourd’hui, proposent du précaire et de l’incertain, lorsqu’ils parviennent à proposer quelque chose. La société a changé, les bandes également, on devient adulte plus tard, on reste donc plus longtemps en marge.

La création des BAC (brigades anti-criminalité) en 1995 par Charles Pasqua a t'elle favorisé les regroupements de jeunes dits "bandes" ou au contraire a t'elle ralenti cette évolution?
Elbf
Il faudrait pouvoir mesurer le phénomène des bandes et mesurer l’effet propre des réformes policières ou pénales. Ça n’est guère possible faute d’outils rigoureux.

Le gouvernement dit qu'il y a 200 bandes. Comment ils font leur calcul? Il faut être inscrit au syndicat des bandes? Avoir une carte de membre?
Polo

Le chiffre annoncé est 222 bandes. Derrière un chiffre, il y a une définition. Celle du ministère de l’Intérieur n’est pas très explicite, je la recherche toujours. Je ne me fie pas trop aux définitions rapportées par la presse et attribuées au ministère (elles ne correspondent pas tout le temps). Donc je ne peux pas vous répondre sur les ingrédients, ni sur la recette. Mon sentiment est que ce chiffre est sous-estimé tout simplement car nous n’avons pas de dispositif de mesure homogène et suffisamment rôdé. Je rappelle également que l’ampleur du phénomène dépend de la qualité de la définition. Mais derrière l’absence d’outil développé, il y a également le fait que les bandes n’ont jusqu’ici, que très peu inquiété les pouvoirs publics.
 
Quelle différence y a-t-il en une bande telle que nous la voyons chez-nous et un gang tel qu'il existe au US?
Ly

Nous avons une vision hollywoodienne des gangs américains. Le phénomène des gangs est pluriel aux USA, il est très fragmenté sur le territoire. Il y a des gangs importants et fortement structurés et d’autres plus modestes qui ressemblent à nos bandes. Il faut plutôt comparer les deux sociétés pour saisir les différences, elles sont très nombreuses. J’insisterai seulement sur les enjeux liés aux besoins sociaux et matériels. Par exemple la délinquance des bandes françaises est d’abord acquisitive, il s’agit de consommer. Aux USA, au-delà de la consommation, cet argent tiré de la délinquance sert à se soigner, se nourrir ou à se loger. Autre exemple, il existe une distinction encore franche entre les bandes d’ados et le trafic de stupéfiants en France. Aux USA, les gangs gèrent ce trafic sur un territoire donné. Enfin, le niveau de violence entre les deux sociétés est incomparable, tout comme la place des armes à feu.  Il y aurait tant d’autres divergences de fond à signifier.

J'avoue être complètement abasourdie par la haine de ces jeunes et par leur mode de vie. Qu'ils soient malheureux de vivre dans les cités et envieux de la meilleure qualité de vie des "autres" ne me semble pas être une raison de se conduire ainsi. Qu'est-ce qui peut bien les pousser, alors qu'ils n'essaient pas du tout de s'en sortir, autrement que par la violence, à agir ainsi? Pouvez-vous nous dire et nous expliquer qui donne envie de les "comprendre" et de ne pas les haïr à notre tour?
genechris

Au préalable, j’invite tout le monde à sortir de cette absurdité intellectuelle qui consiste à amalgamer l’explication et l’excuse. Parallèlement à vos jugements personnels sur cette question, vous posez la question des motivations des jeunes en bande à travers leurs comportements parfois violents. D’abord, la vie de ces groupes ne se limite pas à ces faits et la question des violences ne se résume pas aux « cités ». Ces dernières sont multiples. Elles renvoient parfois à de la frustration matérielle (par ex. vol) ou à des activités ludiques (jeu). Les violences collectives sont également un moyen de « régler ses comptes avec la société », d’inverser la violence sociale, de gérer un mépris réciproque (que vous exprimez dans votre question), notamment avec les forces de l’ordre. Plus rarement, il s’agit d’agressions sexuelles. Les violences qui reviennent le plus souvent dans l’actualité concernent les affrontements entre bandes. Il s’agit là de violences honorifiques, liées à une quête de reconnaissance à travers la réputation. En creux ces affrontements posent la question des ressources sociales de ces jeunes et de leur moyens de s’épanouir en étant hors du jeu scolaire et hors du système de production. C’est une très vielle question qui se repose aujourd’hui.
 
A partir de combien d'individus on peut parler de bande?
Ly

Il n’y a pas de norme. Selon les contextes géographiques, le nombre varie. Certains gangs d’Amérique centrale comprennent des milliers de membres. En France, leur nombre dépasse rarement la vingtaine (une quinzaine en moyenne).

Existe-t-il une solution non-violente pour mettre un terme au phénomène? Très concrètement, j'entends...
Malko

Il n’y a pas une solution mais plusieurs, le problème est globale et les réponses également. Mais vu la place des expériences scolaires dans les trajectoires de ces jeunes, il serait temps de sortir d’un traitement homéopathique. Je vous répondrai également en vous parlant de ceux qui sortent de ces bandes (qui je rappelle est un phénomène limité dans le temps). Au-delà d’un effet de maturation, ceux qui s’en sortent le plus rapidement et le plus efficacement, sont ceux dont la formation et les qualifications initiales sont les moins mauvaises, mais surtout ceux pour lesquels l’insertion sociale (ou conjugale, ou autre) devient possible. C'est-à-dire que le rapport de ces jeunes à la société est indissociable du rapp
ort de la société à ces jeunes, qu’il s’agisse d’engagement ou de désistement.

Cette Loi sur les bandes ne serait t'elle pas juste un effet d'annonce pour réconforter l'électorat le Penniste?
seb94
J’ai déjà partiellement répondu à cette question.


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