Vos questions sur Ingrid Betancourt

VOUS INTERVIEWEZ Hervé Marro, porte-parole du Comité de soutien vous a répondu...

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Ingrid Betancourt affirme désormais vouloir passer plus de temps "toute seule" avec ses enfants, Mélanie, 22 ans, et Lorenzo, 19 ans.
Ingrid Betancourt affirme désormais vouloir passer plus de temps "toute seule" avec ses enfants, Mélanie, 22 ans, et Lorenzo, 19 ans. — Francois Guillot AFP

Une semaine après la libération d'Ingrid Betancourt, des questions restent sans réponses. Hervé Marro, porte-parole du Comité de soutien à Ingrid Betancourt. Vous a répondu.

Ses dernières réponses:

Ange06 | 10.07.2008 - 13h27
Comment se fait-il que MM. Chirac et Villepin - non que je les apprécie sincèrement- ne soient invités à l'aéroport pour la recevoir, quand on sait que M. Sarkozy n'a guère fait plus pour la cause de Mme Betancourt que ses prédécesseurs, au moment de sa libération?

Le tarmac de Villacoublay n'est pas un hall de gare. Sur le tarmac, il y avait Nicolas Sarkozy et son épouse, les membres de la famille et les amis d'Ingrid qui n'avaient pas pu prendre l'avion, ainsi que les membres de ses comités de soutien. Il n'y avait aucun autre politique (à l'exception de Bernard Kouchner qui était dans l'avion), ce qui explique donc cela.

cbcc | 10.07.2008 - 12h41
A quand un livre d'Ingrid Betancourt?

Ingrid a dit qu'elle avait envie d'écrire plusieurs livres et comme vous, il me tarde de les lire! Plus précisément, elle a évoqué le projet d'une pièce de théâtre qui lui permettrait d'évoquer plus librement et avec plus de distance, l'horreur qu'elle a vécu. Il me semble que le genre du théâtre s'y prête d'autant plus que cela lui évitera de revivre trop sa prise d'otage, à mesure que les mots s'aligneront.

Ange06 | 10.07.2008 - 13h24
Il faut ajouter qu'elle n'avait pas le droit de monter dans l'hélicoptère étant donné qu'elle était candidate à l'élection, pour être complet, cf. wikipedia. N'est-il pas trop vert le président de la France que M. Uribe ait choisi de répondre seul face à ce qui lui semblait une ingérence de la part de notre pays? En tous les cas, je suis très satisfait de cette libération et heureux pour elle et ses proches. Je souhaite vivement qu'on libère tous les autres otages. Ne pensez-vous pas qu'Uribe a fait cela uniquement pour s'affranchir de notre ingérence et crever le plafond dans les sondages en vue de sa réélection, face à son opposition qui juge celle-ci anticonstitutionnelle? Je veux dire: n'a t'il fait cela que dans son intérêt propre ou pensez-vous qu'il va vraiment s'atteler à la libération des autres otages?

J'espère qu'Alvaro Uribe s'attachera à défendre aussi bien l'ensemble des otages. Il semble qu'il soit décidé à ne pas laisser pourrir les autres otages dans la jungle : cela tombe bien, nous non plus et vous pouvez avoir la garantie que nous remuerons ciel et terre pour ceux qui restent, comme nous l'avons fait pour Ingrid et les otages déjà libérés. Ce serait de la lâcheté que d'abandonner alors qu'en un an, ce sont pas moins 21 otages qui sont sortis, que ce soit grâce à Chavez ou Uribe. Au travail pour les autres!


Beck60 | 10.07.2008 - 12h59
Pensez-vous que Mme Betancourt pourrait visé la Présidence Colombienne?
Personnellement, je veux croire qu'un jour, elle sera présidente de la Colombie. Le premier hebdomadaire colombien, Semana, n'a-t-il pas titré "Ingrid, presidente"? Je suis certain que son destin est en Colombie, auprès et au service de ce peuple qu'elle aime tant, qu'elle veut tant aider. Honnêtement, avec Ingrid à sa tête, je suis convaincu que la Colombie ne pourrait que connaître le meilleur.
Mais cette décision lui appartient et lui appartient à elle seule. Pour le moment, elle veut se battre pour tous les otages qui sont restés et c'est pourquoi nous organisons avec elle un grand rassemblement le 20 juillet (date de la Fête Nationale colombienne) à Paris. Surtout, je pense qu'il lui faut se reposer et prendre le temps de retrouver les siens.

jluc82 | 10.07.2008 - 12h44
Que pensez-vous des déclarations de Ségolène Royal disant que Mr Sarkozy n'a joué aucun rôle dans la libération des otages en Colombie?
J'ai expliqué plus haut ce en quoi Nicolas Sarkozy nous a aidé. En ce qui concerne Ségolène Royal, je ne la comprends pas et ses propos ont été une erreur qui a gâché la fête. Je crois qu'elle a oublié l'Union Sacrée politique que nous nous étions employés à créer autour de ce dossier. Malheureusement, cette réaction est assez symptomatique du phénomène de récupération auquel certains tentent de s'employer depuis la libération.

Gilles 75013 | 08.07.2008 - 15h33
Que doit à Sarkozy, la libération d'Ingrid Bétancourt?
La question qui fait jaser en ce moment, assurément.
Évidemment, Nicolas Sarkozy n'est pas directement celui qui a permis la libération d'Ingrid Betancourt. Ce sont les services secrets colombiens, devenus très performants au cours des six dernières années, qui sont parvenus à la faire libérer après avoir infiltré les FARC. Nous les en remercions eux et le président colombien Alvaro Uribe.
Toutefois, le rôle de Nicolas Sarkozy n'est pas à prendre de haut et encore moins à railler. Je pense que celles et ceux qui agissent de la sorte, ne connaissent pas le dossier et feraient mieux de réfléchir à leurs propos.
En effet, n'oublions pas qu'avant que Nicolas Sarkozy ne déclare qu'Ingrid Betancourt et les otages étaient une priorité nationale, que la France ne les abandonnerait jamais, il n'y avait personne pour offrir davantage que de la compassion. Grâce au Manifeste que j'évoquais plus haut, il s'est engagé, en a parlé au G8, a fait de multiples déclarations, a appelé plusieurs fois son homologue colombien,... Tout cela a énormément aidé, n'en déplaise aux mauvaises langues : en faisant preuve d'activisme, Nicolas Sarkozy a contraint les autres chefs d'Etat à s'intéresser à ce dossier, puis à se mobiliser.
Or, compte tenu des propos et de l'activisme français, un chef d'Etat ne pouvait plus se contenter de dire qu'il pensait agir pour Ingrid : il devait concrètement s'engager, au moins à la hauteur des risques que prenait la France. C'est ainsi qu'Hugo Chavez, Rafael Correa, Cristina Kirchner et bien d'autres sont entrés dans la danse.
Pour sa part, le gouvernement colombien se devait aussi et surtout de répondre présent, d'agir concrètement : il l'a fait le 2 juillet dernier. Et indirectement, Nicolas Sarkozy l'y a poussé.

anne | 09.07.2008 - 07h38
Je suis super contente qu'elle soit libérée mais ou est passé son hépatite B annoncée en février ?
Dans les premiers temps, il avait été question d'une hépatite B. Lors de l'envoi de l'avion français en Colombie, en avril dernier, un médecin était présent afin d'ausculter et de soigner Ingrid, si les FARC le permettaient. Il n'en fut rien.
Cependant, il a pu rencontrer d'anciens otages ayant partagé sa captivité et à partir de leurs descriptions, son diagnostic évoquait davantage des kystes amibiens, ce qui peut ressembler dans les symptômes à une hépatite B. Ces kystes amibiens n'en étaient pas moins dangereux compte tenu des conditions de détention d'Ingrid et du peu d'accès à des médicaments.

laurine27 | 08.07.2008 - 11h28
Pourquoi la France en fait tant pour elle?
La France a fait beaucoup pour elle parce qu'il y a eu une mobilisation impressionnante en faveur de sa libération. Cette mobilisation s'est appuyée sur trois piliers fondamentaux. Le premier de tous fut la mobilisation citoyenne incarnée par les comités de soutien à Ingrid et aux otages, qui ont organisé les actions à travers la France et le monde : concrètement, il y eut plus de 42.000 personnes qui ont participé à la Marche Blanche d'avril dernier dans toute la France tandis que plus de 712.000 personnes ont signé la pétition demandant sa libération et celle des otages.
Le second pilier fut la mobilisation médiatique : suite à son livre best-seller, il y avait matière à ce que les médias n'oublient pas cette femme d'exception et ce sont les médias, comme on l'a vu dans d'autres prises d'otages, qui étaient les plus indiqués pour relayer l'attente de son retour comme les actions demandant sa libération.
Enfin, le dernier pilier fut celui de la mobilisation politique : face à une mobilisation aussi citoyenne que médiatique, les pouvoirs publics ne pouvaient pas se contenter d'être compatissants et donc inefficaces. Même si ce fut une attitude que nous avons vu dans les premiers temps, très vite les choses ont évolué. Notamment, avec le Manifeste : nous avons présenté ce texte à tous les candidats à la présidentielle afin qu'ils le signent et s'engagent ainsi à tout faire pour la libération d'Ingrid. Cela a payé.

panchito | 07.07.2008 - 17h53
Pourquoi Ingrid Betancourt s'est-elle jetée dans la gueule du loup (les Farc) lors de sa capture car elle avait 99,99% de chances de se faire enlever?
Ingrid Betancourt était alors candidate à l'élection présidentielle colombienne. Un an auparavant, elle avait publié son livre "La rage au coeur" - dont je recommande vivement la lecture à chacun - où elle expliquait ce pour quoi elle se battait. Parmi ses nombreux combats, figurait en haute place la pacification de la Colombie, en proie à un conflit national depuis plus de 40 ans.
Lorsqu'Ingrid prend la décision de se rendre à San Vicente del Caguan, c'est parce que les négociations de paix entre les FARC et le gouvernement colombien viennent d'être interrompus. Une zone de la taille de la Suisse avait alors été démilitarisée pour permettre ces discussions : le président colombien d'alors, Andrés Pastrana, décide de la reprendre manu militari.
Or, dans cette zone, se trouve la municipalité de San Vicente del Caguan dont le maire était membre du parti Oxigeno Verde, le parti que préside Ingrid. Lorsque les combats commencent, il appelle Ingrid et lui demande de venir l'aider au plus vite. En effet, Ingrid avait alors rencontré, avec d'autres candidats, des membres du Secrétariat des FARC, une semaine auparavant. Il est donc convaincu qu'elle peut s'interposer et alerter l'opinion publique sur les dangers de mort que représente ces combats, pour les civils. Voilà pourquoi Ingrid accepte et tente de se rendre sur place, d'autant que le frère du président Pastrana lui garantit, la veille, qu'elle pourra voyager en hélicoptère. Finalement, il ne lui sera proposé qu'un 4x4 pour s'y rendre, avec les conséquences que l'on connaît.

alucard2 | 07.07.2008 - 18h02
Pensez vous (sincèrement) que les informations sur la dureté de sa détention ainsi que son état de santé aient été légèrement exagérés afin de s'attirer plus d'opinions favorables chez ce bon peuple français? Connaîtriez-vous la recette magique d'Ingrid Betancourt pour pouvoir afficher une telle joie de vivre quelques heures après avoir été libérée de sa détention difficile ayant durée 6 ans?

Je suis désolé mais je ne vais pas pouvoir révéler une éventuelle recette magique, car elle n'existe pas. Les conditions de détention d'Ingrid ont été extrêmement dures. Les FARC ne respectent pas la vie humaine: ils enchaînent, ils bafouent les libertés les plus élémentaires, ils privent des objets reliant au monde réel (radio pour entendre les messages des proches, photos des proches). C'est une véritable déshumanisation à laquelle ils se livrent, sans la moindre limite.
Je sais que beaucoup de personnes s'étonnent de son état de santé, de sa bonne forme apparente. Il me semble important que tout le monde ait conscience qu'après plus de 6 ans de prise d'otage, la libération a l'effet d'une renaissance, que l'adrénaline suscitée par cet évènement booste la personne qui a été privée de tout. Souvenez-vous de Florence Aubenas que l'on avait vu si affaiblie dans sa vidéo : à son retour, en descendant de l'avion, c'est une femme radieuse et drôle que nous découvrions toutes et tous.
C'est ainsi : les experts s'accordent à dire qu'il peut y avoir plusieurs réactions à la libération. Dans le cas d'Ingrid comme de Florence, ces personnalités de nature tonique ont tout de suite repris leur dynamisme. Ce n'est pas le cas de tous les otages, certains étant véritablement abattus tandis que d'autres connaissent ce que l'on appelle le syndrome post-traumatique de l'otage: après plusieurs semaines, mois ou années bien vécues, l'ancien otage peut subir les traumatismes de sa prise d'otage et sombrer dans une dépression profonde.

Le chat est fini…