Gironde: Aux portes de Bordeaux, Floirac accueille sa première agricultrice

INTERVIEW Au 1er décembre Rachel Lagière, jeune agricultrice de 30 ans, relèvera le défi lancé par la ville de Floirac en s’installant aux portes de Bordeaux. Interview d’une maraîchère qui veut redonner du goût aux légumes…

Elsa Provenzano

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Rachel Lagière, 30 ans, installe une micro-ferme aux portes de Bordeaux.
Rachel Lagière, 30 ans, installe une micro-ferme aux portes de Bordeaux. — Art's picture
  • Une jeune agricultrice de 30 ans va s’installer au 1er décembre sur une parcelle de Floirac, près de Bordeaux, pour y cultiver des légumes.
  • La jeune femme travaille avec des semences paysannes sélectionnées pour leur goût et elle compte commercialiser ses produits par un système de paniers.
  • Elle a obtenu une autorisation d’occupation temporaire de dix ans délivrée par la ville de Floirac sur d’anciennes prairies.

Réinstaller un peu d’agriculture en ville, c’est l’ambition de la ville de Floirac. Elle a lancé au printemps dernier un appel à manifestations d'intérêt pour qu’une parcelle de 5.000 m2, laissée en prairie, puisse trouver une destination agricole. Ce lundi, le conseil municipal de la ville devrait valider l’autorisation d’occupation temporaire (AOT) pour dix ans de Rachel Lagière, une jeune maraîchère de 30 ans, soucieuse de cultiver des variétés paysannes qui ont du goût.

La parcelle qui va accueillir une micro-ferme au sein du parc de la Burthe, à Floirac.
La parcelle qui va accueillir une micro-ferme au sein du parc de la Burthe, à Floirac. - Ville de Floirac

Quel est votre parcours ?

Originaire de Gironde, j’ai fait une classe préparatoire au lycée Montaigne à Bordeaux pour intégrer une école d’agronomie à Rennes, Agrocampus Ouest, où je me suis spécialisée dans la gestion des pêches maritimes. Cela n’a pas grand-chose à voir avec les plantes mais elles me passionnent pour leur valeur médicinale (herboristerie, phytothérapie).

Comment en êtes-vous arrivée au maraîchage ?

Sur un marché de producteurs, j’ai rencontré un maraîcher qui faisait des choses extraordinaires : des tomates bleues, des melons qui ressemblaient à des concombres, Au fur et à mesure, on a sympathisé, on est tombés amoureux je l’ai rejoint sur sa ferme, j’ai appris pendant deux ans le maraîchage et, ensemble on a créé le conservatoire du goût en septembre 2017. Il s’agit d’un maraîchage très spécifique qui relève d’un travail de précision dont l’objectif est de faire naître des émotions.

Qu’est-ce qui vous a poussé à venir dans la Métropole Bordelaise ?

En ce début d’année, mon compagnon est décédé. Je suis revenue dans ma région natale et je souhaite poursuivre l’activité du conservatoire du goût. J’ai cherché un terrain en arrivant au mois de février et j’ai choisi de postuler à l’appel à manifestations d’intérêt de Floirac. Ma sœur vit tout près et j’aime l’aspect cocon des lieux. 5000 m2, c’est une petite surface mais ça suffit largement pour débuter quand on est seul.

Que savez-vous de la qualité du sol dans cette zone urbaine proche de la rocade ?

Une analyse de sols a été réalisée et pour un terrain en ville, elle est assez satisfaisante. L’équilibre entre matière carbonée et azotée est plutôt bon mais il va falloir néanmoins un tout petit apport pour redynamiser la vie microbienne du sol. Je ferai aussi des analyses sur les légumes les plus sensibles à la pollution des sols (carottes, plantes aromatiques etc.), à l’été ou à l’automne 2019. Cela permettra de compléter l’analyse du sol et de faire éventuellement des corrélations.

Quelles techniques allez-vous utiliser pour cultiver cette parcelle ?

Il n’y aura aucun traitement, même ceux autorisés en agriculture biologique je ne les utiliserai pas. J’appliquerai des principes de permaculture mais aussi de biodynamie, qui apporte une vision très sensible du sol et des plantes. Je sais que cela semble ésotérique pour certaines personnes, mais ces pratiques-là montrent des résultats très intéressants. Je vais essayer d’optimiser la surface en couvrant tous les étages de la parcelle, des arbres fruitiers pour les étages les plus haute et ensuite, en dessous, des arbustes, des aromates vivaces et des fleurs comestibles.

Le terrain sera investi par la maraîchère à partir du 1er décembre.
Le terrain sera investi par la maraîchère à partir du 1er décembre. - Art's Picture

Allez-vous privilégier les variétés locales ?

J’ai un gros stock de semences : de l’ordre de 3.500 variétés différentes. Je vais en racheter certaines à travers le monde, au cours de l’hiver, pour compléter cette base. Pour démarrer, je privilégie des variétés que je connais et qui ne sont pas forcément locales, mais je compte les développer d’ici 2020.

On m’a déjà parlé d’une pastèque à confire des Landes dont on m’a donné la responsabilité de faire renaître quelques pieds. C’est une variété très ancienne qui ne se fait plus. Je suis aussi à la recherche de la fève d’Aquitaine, très difficile à trouver et, il y aura le prunier Datil, une variété locale remise en production par le conservatoire végétal d’Aquitaine. Il donne une superbe prune approuvée par les plus grands chefs.

Allez-vous vous concentrer sur certains légumes ?

Pour assurer un démarrage serein, je vais cibler les fruits et légumes de notre sélection gustative qui sont rentables. Pour la première année : tomates, poivrons, aubergines courgettes, mesclun au goût de moutarde ou de wasabi et aussi des cressons, mais des cressons qui ont du goût pas des cressons de supermarché. En juin et juillet 2019 ce sera la première récolte, avec une belle diversité dès août.

Comment allez-vous commercialiser votre production ?

A terme je voudrais proposer des paniers pour les familles mais pour la première année, je pense à une vente à la ferme, un ou deux jours par semaine. J’ai aussi déjà noué des contacts pour approvisionner des chefs cuisiniers.

D’autre part, des chefs et des œnologues, habitués à décrire les goûts, seront invités dans le cadre de mon projet de conservatoire du goût.