CHAT - Parents d'élèves

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Une salle de classe.
Une salle de classe. — Mychèle Daniau AFP/Archives

La rentrée scolaire est là et les parents se demandent quoi faire pour que leurs enfants réussissent leur année. Les réponses à ces questions sont la spécialité de la Fédération des conseils de parents d'élèves des écoles publiques.

Et Jean-Jacques Hazan, secrétaire général de la FCPE, a répondu a toutes vos questions.

1.) La semaine de quatre jours, est-ce bien pour se préparer à la vie pro et ses semaines de cinq longs jours?
Julesjimjack

Non effectivement ce n’est pas le meilleur pour se préparer à la vie pro et ses 5 jours mais ce n’est surtout pas le mieux pour les enfants. Ces temps ne respectent pas franchement les rythmes d’apprentissage des enfants. Les chronobiologistes estiment qu’il est préférable que les enfants n’aient pas trop de coupure dans la semaine et que comme les enfants se lèvent en général le mercredi autant leur organiser une journée scolaire. En fait, la semaine idéale des chronobiologistes ne laisse pas non plus le week end libre. Il est nécessaire de combiner les activités familiales et la réalité des emplois actuels qui est une forte demande (je pense au week end libre de deux jours complets) avec la nécessité de respecter les temps des enfants. De ce point de vue, il faudrait plutot que les élèves aient des journées moins chargées et qu’en contrepartie l’année scolaire s’étale plus (ce qui est le cas en général en Europe notamment). Il est assez illogique que les lycéens aient des semaines de plus de 35h et qu’on demande aux élèves de primaire donc à des enfants de 6 à 11 ans d’être attentifs en classe pendant 6 heures.
Pour la FCPE, c’est surtout cela qu’il convient de regarder ; quant au rythme des adultes, malheureusement pour vous et moi, il est parfois bien trop dense voire déstructuré. Ce n’est jamais une raison pour faire de même avec les enfants. Mais je sais bien que ce n’est pas ce à quoi vous songiez.

2.) Comment peut-on faire pour que l'enfant prenne du plaisir à faire ses devoirs à domicile?
Charlot

Rude question
D’autant que les devoirs sont interdits en primaire ;
Parvenons nous à prendre du plaisir à faire le boulot qu’on amène à la maison après notre journée de travail?
Trève de plaisanterie, le seul moyen est de partager avec son enfant c’est à dire de suivre son activité scolaire ; ce n’est pas toujours facile car cela dépend fortement du niveau où il en est mais on doit toujours pouvoir l’aider à formuler ses questions,, à formuler ses réponses. Autre piste et non des moindres, élargir le sujet, le rendre plus utile et plus compréhensible (on dit souvent donner du sens). On peut ainsi mieux éveiller les sens de l’enfant et son inventivité, sa soif de découverte
Ce qui est important c’est qu’il puisse travailler régulièrement, meilleur moyen pour ne pas rajouter des heures de travail après une journée deja chargée. Le conseil de travailler tous les jours en reprenant ce qui a été fait à l’école ou en cours est bon et cela nous permet, à nous parents, de suivre ce qui a été fait.
Je ne sais pas si cela lui donnera du plaisir mais ça limitera largement le stress et vous permettra de participer à son activité.

3.) Quel est votre point de vue sur les suppressions d'emplois dans l'éducation nationale?
Brice

Il va être bien difficile de tenir les promesses faites d’individualiser le suivi, d’assurer le soutien pour les élèves après la classe etc…
Le ministère indique la proportion de postes concernés. Bien sûr, si on regarde ces chiffres, c’est peu mais il faudrait régler des problèmes actuellement non solutionnés, en dehors même du soutien, comme par exemple les remplacements, les cours de langue vivante dans le secondaire notamment. 11 000 postes ce n’est pas rien, c’est plus qu’en 4 ans et c’était déjà beaucoup pendant quatre ans. Même si nous ne pensons pas que les moyens font tout et qu’il en manque toujours, il n’est pas sur qu’on puisse facilement mieux faire avec des moyens en moins. Nous pensons qu’il est important que la pédagogie s’adapte aux élèves pour mieux assurer la réussite scolaire et aider à surmonter les difficultés de chacun. Pour cela il n’est pas obligatoire de toujours créer des postes en plus mais de là à en enlever autant…

4.) Comment concilier une journée de travail de 10 heures avec une journée d'école de 6h pour son enfant? l'école ne devrait-elle pas s'adapter à l'évolution des vies pro des parents?
Laure

Ne pensez vous pas que 6h d’attention soutenue pour apprendre à lire, écrire, parler, compter c’est déjà pas mal. Et que justement c’est beaucoup c’est pourquoi certains décrochent. Ce n’est pas parce qu’on a des vies de dingues, qu’il faut les souhaiter pour nos enfants, non ? je vous signale quand même que les enfants ont certains de très grosses journées même en primaire : accueil à 7h30, école de 8h30 à16h30, étude jusqu’à 18h. Pas mal non ? En tous cas nous on ne le ferait pas. Et ces lycéens qui ont plus de 35h de cours … certes certains d’entre nous, parents, ne font pas 35h et loin de là. Je pense par exemple aux restaurateurs, aux agriculteurs, aux routiers… mais je n’ai pas l’impression que la demande soit de généraliser ces journées de 10h pour tous. Il vaut mieux au contraire avoir des journées moins chargées où l’attention des enfants pourra être plus forte et plus de jours de classe. Une demande de mise en adéquation pourrait consister à avoir une semaine scolaire semblable entre le primaire et le secondaire avec 5 jours en continu : de lundi à vendredi (donc mercredi compris) mais pas avec plus d’heures, plutôt avec moins d’heures.

5.) Que pensez-vous du stress des profs avant la rentrée? prenez vous en compte leur situation face à des enfants de plus en plus indiscipliné?
Elo

Le stress des profs est assez similaire à celui des parents ; C’est donc bien normal de le prendre en compte. Cela dit, je ne vois pas très bien qu’en faire. Ce stress n’est pas seulement vis à vis des enfants difficiles, il est vis à vis de leur année, de leurs projets, des menaces de remise en cause dus à des suppressions d’heures, de postes, vis à vis d’équipes qui bougent, se font et se défont …
Certes les enfants turbulents existent et peut etre plus qu’avant. Je pense que c’est le niveau de violence qui s’est élevé mais il reflète un niveau de violence qu’on retrouve dans la rue en voiture, dans les cités …
Les promesses faites d’organiser du soutien, de suivre plus individuellement les élèves, aurait été une bonne occasion de déstresser tout le monde. Avec les annonces de suppression de postes, je crains qu’on ait remis du stress sur le stress.
Un bon moyen de limiter le stress, c’est de dialoguer parents et enseignants et cela le plus possible. Le dialogue c’est bien le meilleur moyen.

6.) Avec les milliers de postes en moins, quels va être la donne concernant les fermetures et ouverture de classes pour l'enseignement mater-primaire... ça va changer ça ne sera plus -de 24 on ferme + de 27 on ouvre?
Pandora

Cette règle arithmétique n’est pas nationale. Elle change d’une académie à l’autre. Mais ce qui est vrai c’est qu’il n’est pas sur qu’elle ne soit pas revue après les suppressions de postes. Si on en croit ce que dit le ministre, la baisse des effectifs ne doit pas toucher au taux d’encadrement ce qui veut dire rien de changé en primaire. Ce qui est vrai c’est que les baisses ne sont pas sensées être supportées par les écoles mais dans le secondaire essentiellement dans les lycées. Nous allons donc être dans l’incertitude jusqu ‘en février moment des cartes scolaires ; La FCPE est favorable à un état des lieux et demande des assurances sur ce qu’à dit le ministre pas d’aggravation des taux d’encadrement. Le problème est que si on ne touche pas à ces postes cela veut dire qu’on va peut être toucher aux remplaçants et aux postes destinés à l’aide aux enfants en difficulté . il va falloir beaucoup de vigilance. Et peut être obtenir des grilles ouverture fermeture plus semblables sur le territoire national même si elles doivent tenir compte des zones rurales qui ne peuvent pas être traitées comme des zones de forte densité.

7.) Quelles sont concrètement (plus que droite/gauche) les différences la FCPE et la PEEP? Et, sans mentir, quel est le rapport de force... En repensant au mouvement du CPE, comment vivez-vous l'instrumentalisation de syndicats minoritaires comme étant représentatifs aux yeux du gouvernement?
jules valles

Peut-être dans notre histoire et dans notre conception générale de l’école et du rôle des parents. Le grand débat a été sur la coéducation ; Nous pensons que les parents, premiers éducateurs partagent cette charge avec les enseignants. En outre, nous cherchons dans les combats divers une certaine alliance avec les syndicats enseignants et estimons faire partie du mouvement social. Enfin, nous avons mis en avant certaines valeurs de défense et développement des services publics, des éléments pour la réussite de tous les élèves.
Nous sommes aussi résolument attachés à la gratuité de l’enseignement et essayons d’agir sans complaisance. Nos chevaux de bataille vont des éléments de vie quotidienne pourrait-on dire comme le poids des cartables, la restauration scolaire … comme un coté un plus politique éducative qui nous conduit à intervenir sur les postes, les budgets éducatifs comme la pédagogie.
Concernant le rapport de forces, il est très favorable à la FCPE puisque par exemple en primaire, les résultats sont approximativement de 10-12% pour la PEEP et 40% pour la FCPE et en secondaire même genre.
Concernant la représentativité des syndicats, il est à la charge de chacun d’utiliser ou pas des mouvements majoritaires ou minoritaires. C’est actuellement le cas d’un mouvement qui me paraît très réactionnaire et qui s’appelle sos éducation qui prône le retour aux méthodes anciennes notamment et s’inscrit dans un discours sécuritaire et rétrograde. J’espère que la PEEP ne sera jamais tentée par ce genre d’aventure.

8.) Trouvez vous normal que la décision des horaires "aménagés" soient décidés par la Mairie et les enseignants contre 75 % d'opinions contraires des parents ? Dixit le Maire : La majorité étant 2 (Maire + enseignants) contre 1 (parents) sic !!!
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Non bien sur nous ne pouvons pas trouver ça normal puisque nous sommes parents. Rappelons que l’académie est maître de ses horaires avec consultation de la mairie. Cette double tutelle qui pourrait nous être favorable à nous parents n’est pas toujours aussi bonne. Nous privilégions au maximum le dialogue. On a aussi beaucoup (et tellement) vu des décisions approuvées ou rejetées par l’opinion sans que celle-ci sache pourquoi ; ce que je dis sur l’opinion ne concerne pas obligatoirement les parents. C’est aussi vrai pour les enseignants. Ce qui est certain c’est QUE LES HORAIRES DE L’ÉCOLE INFLUENT FORTEMENT SUR LES HORAIRES DE TOUTE LA FAMILLE ET QU’IL ESTT DONC LOGIQUE QUE LES FAMILLES AIENT LE DERNIER MOT. Il vous appartient d’interpeller l’Académie et la Mairie pour obtenir au moins une évaluation de ce qui est mis en place du fait de l’aménagement horaire et de montrer en quoi ce qui a été fait est favorable ou non aux enfants, à leur conditions d’études ou d’activités et leur scolarité.

9.) Pour inadéquation des horaires élèves/parents une solution ne pourrait-elle pas être de donner une sorte de congé parental à temps partiel pendant plusieurs années (la personne ne travaillerait que pendant les heures d'école)? Cette solution a-t-elle été déjà discutée? Est-elle crédible?
Je ne crois pas que cette solution soit très viable mais je crois que vous non plus. En outre, ceci remettrait en cause à court terme le travail des femmes et je ne pense pas que la société française y soit favorable , et heureusement.
L’inadéquation existe surtout pour les horaires d’entrée sortie pour ceux qui travaillent tôt et vivent seuls par exemple. Elle existe aussi pour ceux qui travaillent tous deux tard, je pense à des couples de cadres ou encore certains qui travaillent loin de chez eux. Il existe en général des garderies ou centre de loisirs après l’école. Mais cela a le défaut d’étendre encore la jouir née de l’enfant. Vous voyez, il ne semble pas que cela soit de ce coté qu’il faille chercher.

10.) Pourriez-vous me dire s'il y a une raison quelconque qui empêche un élu de Parents d'Elèves de s'adresser en cours d'année au Professeur Principal d'une classe?
Et07

Non bien sûr rien ne l’en empêche bien au contraire. Les règles absurdes qui conduisent à limiter le dialogue ne permettent que de ne pas régler les problèmes ou conduisent les élus que nous sommes à aborder des points en conseil de classe ou en conseil d’administration, ce qui est souvent moins le lieu qu’un simple rendez vous. Il existe malheureusement des chefs d’établissement et des enseignants qui ne veulent pas de contacts avec les parents ; mais les regles actuelles issues du décret parents de l’an dernier permettent justement de reconnaître ces droits des parents et les contacts réguliers. Il ne s’agit pas dans l’esprit du texte de limiter les contacts mais d’en fixer des minimas.

11.) N'y a-t-il pas une réforme sur la façon d'enseigner à faire? Plutôt que de réduire le nombre d'enseignants ne peut-on changer ce gâchis en une force? Trouver un moyen de rendre l'éducation plus proche des besoins de la société et sensibiliser les enfants et les jeunes à se former pour la vie active?
Liv

Oui vous avez raison, il y a surtout une réforme des pratiques d’enseigner à faire, plus de travail en groupe, plus de sens au travail scolaire. Cela correspond à une demande forte de la FCPE. Il faut absolument que l’école s’adapte à son public ; non pas en abaissant un quelconque niveau mais en s’attachant à faire réussir chacun et donc en trouvant des moyens pédagogiques rénovés. Ce n’est pas une question de moyens mais bien de méthode d’apprentissage. Ce travail qui avait commencé avec le grand débat il y a quelques années aurait bien des raisons de se relancer. Si le soutien doit être assuré pour tous les élèves, il faut reprendre en effet le rythme qu’on impose aux élèves et les méthodes. Ceci fait débat et fera débat avec les enseignants. Ce sera très important d’autant que certains prônent encore les méthodes d’autrefois qui sont loin d’être satisfaisantes pour tous. Il s’agit de faire réussir tous les élèves pas seulement une petite partie ; D’ailleurs il semble que le rapport remis aujourd’hui par le Haut Conseil de l’Ecole y revienne. Espérons que sur ce point, il ne restera pas lettre morte.

12.) A quand une meilleure orientation des enfants tout au long de leur scolarité...? Un enfant orienté, aiguillé, est un enfant qui réussit dans ce qu'il s'est donné d'accomplir.
Ben

Tout à fait juste. C’est un long combat qui n’a pas fini d’être livré. Il faut convaincre beaucoup de gens que le principal est d’aider l’enfant à se construire et se définir ses parcours, ses objectifs. Trop souvent l’orientation se fait par l’échec et on ne permet pas aux enfants de s’accomplir complètement dans leurs études ; c’est pourtant ce à quoi chacun devrait veiller : enseignants, conseillers d’orientation psychologues et parents bien sûr . et ce n’est pas facile avec les ados qui sont souvent sans objectif ferme pas plus que nous n’en avions nous mêmes. Dans nos débats, nous revenons souvent sur ce thème dans nos réunions. Le ministre semble aussi être très préoccupé par ce sujet. Mais il n’est pas certain qu’il puisse réformer ceci aussi, qui le mérite largement. Il faudrait en effet commencer par remettre à plat certaines formations professionnelles et leur donner un vrai statut conforme à des exigences de qualité, assurer une gratuité réelle dans certaines filières trop coûteuses, rétablir certaines sections pour lesquelles les demandes existent et qui peuvent déboucher aussi sur l’emploi.

13.) Le mal au dos est un des fléaux pour beaucoup de monde, ne croyez-vous pas que nous devrions ALLEGER les cartables sacs à dos des élèves ? il y a un manque d'organisation sur ce souci qui ne devrait pas être tabou.
euskad38

Vous avez mille fois raison. La FCPE qui agit régulièrement dans ce domaine va intensifier son intervention cette année sur ce thème. Nous avions obtenu une circulaire du temps où Ségolène Royal était ministre. Nous voulons aller maintenant plus loin ca cela n’a pas eu les effets escomptés. Je vous invite à vous rapprocher du conseil local de votre établissement ou du conseil départemental si vous souhaitez agir sur ce point. Toutes les bonnes volontés seront les bienvenues pour développer une action nationale d’ampleur en octobre. Nous y travaillons actuellement. Il va en effet falloir qu’on cesse de faire porter aux enfants des charges que des adultes ne portent plus car le code du travail les protège. Ces poids soulevés (en proportion du poids du corps) correspondent à des travaux de manutention ou de manœuvre et non à des travaux classiques. Il n’y a aucune raison que les enfants dans leur travail scolaire soient moins protégés que des adultes sous prétexte qu’ils ne sont pas payés. Espérons que les députés nous entendrons cette fois. Il existe en effet des solutions d’organisations diverses et elles peuvent assurer une baisse de poids du cartable important. Ce qui a été obtenu il y a près de 10 ans avec les nouveaux papiers et matériaux pour les couvertures ne suffit plus. Trop peu de département assurent un double jeu de livres qui permet au collégien de ne plus porter ses livres.  Il va falloir faire preuve d’imagination au service de la santé de l’enfant. Le jeu en vaut largement la chandelle.

Le chat est fini, le débat continue, ci-dessous…