CHAT - Syndicat d'enseignants

— 

Le débat sur le service minimum dans les transports, ouvert depuis mardi au Sénat, s'est brusquement élargi mercredi, une éventuelle extension à l'Education nationale évoquée la veille par François Fillon provoquant colère syndicale et volonté d'apaisement du gouvernement.
Le débat sur le service minimum dans les transports, ouvert depuis mardi au Sénat, s'est brusquement élargi mercredi, une éventuelle extension à l'Education nationale évoquée la veille par François Fillon provoquant colère syndicale et volonté d'apaisement du gouvernement. — Michel Gangne AFP/Archives

Le 22 août, Nicolas Sarkozy déclarait à plusieurs quotidiens régionaux, «dans l'Education je souhaite que les enfants effectuent moins d'heures. En réduisant le nombre d'heures effectuées par les élèves, on réduit globalement le nombre d'heures de cours. Donc on pourra économiser des postes.»

Pour donner le point de vue des enseignants sur cette situation politique, Claire Krepper, secrétaire nationale secteur éducation, SE-UNSA et Françoise Barbier, déléguée nationale 2nd degré, ont répondu.

1.) Dans ce secteur où on se plaignait du manque d'effectif et du manque de places, comment expliquez-vous la décision de Nicolas Sarkozy? La qualité de l'éducation ne va-t-elle pas en souffrir?
Mythique

Il s’agit pour lui de faire des économies budgétaires. Cependant elles seront loin de compenser le coût des cadeaux fiscaux faits aux plus riches. Elles contribueront inévitablement à une dégradation de la qualité du service public d’éducation. Le non remplacement des enseignants partant à la retraite, la diminution du nombre d’adultes dans les établissements, la diminution de l’offre d’options, le regroupement d’élèves de sections différentes, la diminution de l’accueil des plus jeunes à la maternelle sont autant d’exemples des conséquences négatives des choix du président.

2.) J'aimerais savoir pourquoi le nombre de reçus au bac (toutes sections confondues) est en hausse tous les ans alors que la plupart des étudiants post-bac rendent des copies ou un rapport de stage avec 5 fautes par ligne?
Prost84

Le pourcentage de reçus au bac n’est pas toujours en hausse comme vous l’avancez. En fait, le pourcentage de bacheliers généraux dans une génération est même en régression depuis 1995, ce qui ne manque pas de poser problème: où allons-nous trouver les 50% de diplômés de l’enseignement supérieur dont nous avons besoin pour faire face à la compétition mondiale? Une bonne orthographe, certes socialement souhaitable, n’est pas forcément le premier critère d’intelligence et de compétence!

3.) Ne croyez-vous pas, qu'il vaut mieux avoir peu et bon, que beaucoup et mauvais?
Serpa

Parlez-vous des enseignants ? des enseignements ? des élèves ? S’il s’agit des heures de cours et de leur réduction envisagée par le ministre, nous craignons que le peu n’aille pas de pair avec le bon mais seulement avec le moins cher ! Au SE-UNSA, nous défendons, non pas une réduction de l’horaire global des élèves mais un horaire qui inclut des activités en petits groupes, du travail personnel encadré par les enseignants… de même, le service des enseignants doit inclure toutes ces missions hors enseignement disciplinaire en classe entière.

4.) Pourquoi les professeurs sont-ils de gauche?
Panchito

Si être de gauche, c’est défendre certaines valeurs telles que l’égalité des chances, la laïcité, la solidarité, alors, oui, on peut dire que les enseignants sont majoritairement de gauche.

5.) Pensez-vous normal que les personnes en couple ou pacsés (vrai pacs ou pacs bidon) soit outrageusement avantagées par rapport aux célibataires qui mettent des années et des années pour rentrer dans leur région d'origine pour obtenir, au mieux, un poste de TZR qui les fera voyager à droite et à gauche pendant des années ?
3X

Ce n’est pas aussi simple que cela. La loi oblige la prise en compte des situations familiales mais au SE Unsa, lorsque se met en place la circulaire concernant les affectations, nous demandons que l’ancienneté de service et certaines situations (TZR en particulier) soient prises en compte de façon plus importante. Les arbitrages sont de la seule responsabilité du ministère.

6.) Les profs se plaignent d'avoir des classes de 25 élèves, mais il y a 50 ans, les enseignants qui avaient 40 ou 50 élèves, se plaignaient-ils?
Prost84

Les enseignants ne se sont-ils pas toujours plaints ?!!! Trêve de plaisanterie, 40 élèves respectueux de l’autorité du maître, ça n’a rien à voir avec 25 enfants d’aujourd’hui ! A l’époque il n’était pas question de répondre aux besoins individuels de chacun et de conduire tous les élèves au niveau du brevet au minimum.

7.) Plus on met de moyen et moins il y a de résultats. Si on essayait le contraire?
Spi

L’éducation coûte cher? Essayez donc l’ignorance pour voir!

8.) Pourquoi ne pas modifier le système actuel des mutations en créant une bourse qui permettrait d'échanger les postes plutôt que des les imposer ?
Cacaboudin

Il n’est pas pensable d’imaginer un système qui ne définisse pas des critères connus de chacun et qui n’essaie pas de respecter un minimum de justice. Au Se-unsa, nous demandons l’existence d’un barème encadré nationalement et permettant la mutation du plus grand nombre sans oublier ceux qui doivent obtenir une première affectation.

9.) Pensez-vous qu'il y a assez d'adultes à l'intérieur de l'école? Et pensez-vous que la suppression de 11 000 postes va dans l'intérêt de l'enfant au sein de l'école?
Impertinences

NON ! d’autant que nous en sommes déjà à plusieurs vagues de suppressions. Même à l’école primaire où des postes sont créés, le taux d’encadrement diminue car ils sont insuffisants au regard de la hausse démographique. Le ministre parle de 11,3 élèves par enseignant. Au collège, nous travaillons avec des classes de 28 à 30 élèves en zone urbaine et au lycée les effectifs sont le plus souvent au-dessus de 30.
Les enseignants ne sont pas les seuls touchés, c’est l’ensemble de l’équipe éducative qui est concernée (réduction des recrutements des CPE, des assistants d’éducation, disparition des MI-SE, recrutement de personnels précaires, non formés sur des contrats de courte durée).

10.) Pourquoi ne pas donner l'allocation de rentrée aux professeurs pour qu'ils puissent eux-même acheter toutes les fournitures des élèves ? Ainsi, les élèves auraient tous leur matériel (et pas après plusieurs relances) et celui-ci correspondrait exactement à celui souhaité par l'enseignant. Cela devrait aussi permettre de faire des économies (achat en gros).
pomme013

Cela existe dans certaines écoles. Des associations de parents d’élèves s’organisent également pour des achats groupés.

11.) Pourquoi les programmes sont-ils complètement archaïques? Il est vrai qu'il est plus intéressant d'étudier la reproduction des fougères ou des drosophiles que de connaître son corps? Pourquoi l'enseignement des langues au collège et lycées est marginal (1h à 2h par semaine) alors que le monde économique dans lequel nous vivons exige de plus en plus de niveau de connaissance en langue, notamment orale? Pourquoi faire étudier du Shakespeare, alors que les jeunes ne comprennent même pas des textes simple issu du magasine Vocable par exemple, sans oublier les règles de grammaire, de vocabulaire et autres non assimilés?
prost84

Certes, les contenus des programmes ne sont pas toujours follement excitants. Pour autant, je vous trouve très sévère. Allez jeter un coup d’oeil aux programmes de SVT ou physique-chimie au collège et vous verrez qu ‘on prend en compte les grandes problématiques du monde qui nous entoure ! Quant aux langues vivantes, leur horaire actuel ne permet pas d’atteindre les objectifs fixés avec des groupes trop nombreux. Au SE-Unsa, nous sommes favorables à un enseignement des LV comme une discipline à part entière dès l’école primaire. A l’heure actuelle, le ministère est loin de se donner les moyens d’un enseignement de qualité à l’école. Au contraire, il supprime 400 postes d’intervenants LV à l’école. Au collège, un plan de rénovation des LV est, paraît-il lancé mais les enseignants ne sont pas formés et n’ont parfois pas les crédits pour changer les manuels!

12.) L'école de la république est malade et avec toutes les personnes à son chevet je ne donne pas cher de sa peau. L'école a perdu son rôle de moteur de l'assimilation, on ne donne plus aux jeunes le goût du savoir, on ne sait plus éveiller en eux la curiosité, qui est essentielle pour avoir envie de découvrir. On diagnostique, ausculte, posons des cataplasmes, on connaît les causes, on en voit les effets, mais de remèdes, point! Durant toutes mes années de primaires, j'ai fréquenté des classes de doubles niveaux (cp et ce1...) avec des effectifs de plus de 30 élèves. Et pourtant, nous avions le temps de faire du théâtre, de la musique, des sorties culturelles, des activités artistiques, d'aller découvrir les métiers artisanaux. Nous possédions les bases essentielles (lecture, écriture, calcul), nous maîtrisions la grammaire, la conjugaison, nous apprenions à étudier les poésies, à en écrire. C'était l'école publique et laïque d'il y a à peine 30 ans, en banlieue parisienne. Que c'est-il passé?
Hadrien

En 30 ans, vous avez vieilli… et vous idéalisez peut-être un peu! Etes- vous certain que tous les élèves réussissaient aussi bien que vous?

13.) Alors faut essayer de comprendre! Moins d'heures de cours mais l'histoire de l'art ou le sport...c'est pas incompatible avec l'annonce? Croyait vous qu'en réduisant les heures de cours... on ne risque pas de réduire les résultats... nombreux élèves ne savent pas correctement lire et écrire en entrant au collège... réduire les heures c'est réduire les cours et les chances de rattraper justement ces inégalités?
pandora

Comme vous, nous avons remarqué qu’il y a quelques incohérences dans les propos du ministre !!!!

14.) Quelle est la réaction des syndicats d'enseignants (ou de leur fédérations qui regroupent enseignants, non-enseignants, inspecteurs, chefs d'établissements) sur les suppressions de postes administratifs? Seraient -ils d'accord par exemple, pour que les administratifs organisent une grève du zèle et ne payent les salaires et heures supp des profs qu'en ayant bien toutes les pièces à jour au dossier? ou qu'ils cessent de préparer tous les documents qui leur servent lors de réunions dites de concertation (CTP etc) En clair, sont ils prêts à ne plus seulement penser à eux mais aussi aux administratifs et ouvriers, personnels de service qui sont dans la même galère
jacques

Le SE-Unsa est membre à part entière de l’UNSA Education, fédération qui regroupe les enseignants et les non enseignants dont les administratifs, les TOS. Il a défendu ces collègues et a participé à tous les mouvements les défendant et continuera à le faire.

15.) Quel remède pour l'enseignement des langues qui est loin à la traîne par rapport a nos voisins européens? Pourquoi une telle différence entre les Allemands , les Belges et les Français ...regardons les Norvégiens et Suédois qui sont tous bilingues!
marjo-mir-laine

Il ne suffit pas de dire, comme le fait Nicolas Sarkozy, qu’il veut que tous les élèves sortent bilingues du lycée. Il faut s’en donner les moyens, ce qui implique d’assurer la continuité entre l’école et le collège, d’assurer la formation des enseignants, de disposer des moyens de mener des activités orales avec des groupes réduits. Il faut également rénover les épreuves de LV au bac général pour les centrer sur les compétences de communication. L’évaluation à l’écrit (qui coûte beaucoup moins cher!) n’incite pas à travailler à l’oral et au contraire, contraint les enseignants à travailler dans ce sens.

16.) Quid de plus impliquer le monde de l'entreprise dans notre enseignement poussiéreux afin d'être mieux informé sur ce qui nous attend après l'école: parce que ça c'est sur les profs gauchistes ils s'y refusent et surtout ils n'y connaissent rien...
Gordon Gekko

Passons sur les profs gauchistes ! Au SE-Unsa, nous n’opposons pas école et entreprise mais nous ne confondons pas tout non plus ! D’ailleurs dans la voie professionnelle les entreprises ont toute leur place, que ce soit dans la conception des contenus de formation ou dans les périodes de formation en entreprise. La formation des enseignants a évolué, vous savez ! Le nouveau cahier des charges exige un stage en entreprise pour tous les futurs enseignants. Les options découverte professionnelle actuellement limitées en 3ème devraient s’étendre aux classes de 4ème et 5ème sous une forme encore floue. Au Se-Unsa, nous revendiquons, un horaire spécifique dès la 5ème consacré à l’élaboration du projet personnel, incluant la découverte des métiers.

Le chat est fini, le débat continue ci-dessous...