CHAT - Dopage

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La garde civile a affirmé dans un communiqué que le réseau pratiquait le dopage sanguin, consistant à prélever du sang des sportifs et à l'oxygéner en laboratoire avant de le leur réinjecter pour améliorer leur rendement.
La garde civile a affirmé dans un communiqué que le réseau pratiquait le dopage sanguin, consistant à prélever du sang des sportifs et à l'oxygéner en laboratoire avant de le leur réinjecter pour améliorer leur rendement. — AFP

Contrôles positifs en cette fin de Tour, début du championnat de France de foot, nombreuses sont les questions qui se posent ces jours autour de la thématique du dopage. Dorian Martinez, psychologue du sport, fondateur de dopage.com et responsable du numéro vert «écoute dopage», a répondu à vos questions.

1.) Sommes-nous sous le régime d'une dictature ou sommes-nous sous un régime
de droit? C'est la curée générale, doit-on attendre la contre-expertise?
Amarquis

Vous avez raison ; la procédure exige l’analyse de la contre-expertise avant de déclarer quelqu’un de «positif». Le droit doit, en effet, être respecté de manière très claire dans les affaires de dopage. Je pense que l’enchaînement des affaires ces dernières années associé au climat de doute qui règne actuellement dans le cyclisme (certains coureurs ont toujours des relations avec des médecins TRES douteux) explique ce déferlement médiatique.

2.) Qui à les compétence pour délivrer des AUT (autorisation à usage thérapeutique )? sachant qu'environ 60 % du peloton du Tour de France
dispose d'un AUT, n'est ce pas là une forme de légalisation tacite du dopage?
petrus
Les Autorisations d’Usage Thérapeutique ont pour but de permettre aux sportifs de se soigner et de participer aux épreuves. Les deux grands défis de la lutte antidopage des années à venir consisteront, d’une part, à distinguer LE SOIN du DOPAGE et, d’autre part, LA NUTRITION du DOPAGE. L’Agence Mondiale Antidopage ainsi que l’Agence Française de Lutte contre le Dopage vont commencer à avoir suffisamment de recul pour évaluer la pertinence de ce système (ses effets bénéfiques et ses failles). Il faut, en effet, adopter une très grande vigilance à l’égard de ce système et ne pas tomber dans une légalisation tacite du dopage; je crois très sincèrement qu’il a été conçu avec une bonne intention et que les experts qui valident ces AUT veillent justement à ce que le traitement n’augmente pas les performances. Il faut maintenant « ajuster » le procédé notamment par rapport à la classe des corticoïdes qui pose souvent problème…

3.) A quoi sa sert d'être un sportif si on est pas capable de l'être sans se doper?
Galice

Dès lors que l’on a recours au dopage, on se met en marge du sport et de la compétition. Les personnes qui se dopent ne sont donc pas des sportifs. Le Sportif a besoin de se mesurer à l’Autre (l’adversaire, le concurrent): ce qui intéresse le sportif compétiteur, c’est LE CHEMIN, la manière d’y arriver, l’instant, le plaisir de la confrontation, le goût de l’effort, etc. Le dopé lui n’est attiré que par le RESULTAT, la coupe, l’argent… L’étymologie du mot compétition signifie : « faire chemin ensemble, chercher ensemble » ; le dopé nie l’existence de l’Autre et en ce sens nie la compétition et donc le Sport. A mes yeux, le dopé n’est pas sportif.

4.) Ma fille qui a représenté la France aux championnats du Monde de gym acrobatique en 2002 n'a jamais touché aucune bourse de la fédération. Elle a pourtant tout donné au sport. Trouvez-vous normal que certains sportifs soient surpayés par rapport à d'autres? Ne pensez-vous pas que les affaires de dopage sont en rapport direct avec l'argent?
Mythique

Certains sports sont, en effet, plus exposés que les autres notamment les sports très médiatisés qui génèrent beaucoup d’argent. Toutefois, il y a malheureusement du dopage dans tous les sports et à tous les âges. D’un autre côté, je pense que l’on peut aussi réussir sans dopage dans un sport où il y a beaucoup d’argent. Au niveau individuel, l’EDUCATION représente le meilleur facteur de protection; le rôle des parents, des éducateurs et des entraîneurs est fondamental. Au niveau des fédérations et institutions, la VOLONTE et la COHERENCE vis-à-vis du dopage doit être totale. Au niveau des sponsors et médias, il faut de leur part une plus grande IMPLICATION; les campagnes de prévention (Vivre Sport, dopage.com) souffrent de moyens financiers ! Ce n’est pas normal; un partenariat et un investissement dans la prévention (une goutte d’eau pour ces structures) permettra de faire avancer l’éducation et la prévention des jeunes sportifs.

5.) Pourquoi s'acharner sur les cyclistes et laisser faire les nageurs, les footballeurs?
Oyapoc

Je pense qu’il ne faut pas « laisser de côté » les affaires de cyclisme pour se consacrer aux autres. En revanche, il faut traiter l’ensemble des affaires quelque soient les disciplines concernées. L’ensemble des sports sont concernés par le dopage ; il faut, en effet, ne pas faire deux poids, deux mesures si l’on veut avancer efficacement. A partir du moment où elles sont traitées honnêtement et avec détermination, les affaires de dopage qui touchent le cyclisme sont une chance pour ce sport. Une chance de faire face au problème, une chance de mettre en place un système éducatif et préventif. Certaines disciplines comme le football ont longtemps annoncés être épargnés par ce fléau. Or ce n’est pas en se voilant la face que l’on avance...
En les prenant au mot, en partant du principe qu’ils ne sont pas concernés par le dopage, le football comme le tennis (et d’autres) devraient déjà mettre en place des outils de prévention ; comme on dit « mieux vaut prévenir que guérir »… Nous sommes à leur disposition pour diffuser les adresses de prévention via
la campagne Vivre Sport (www.vivre-sport.com) qui peut s’adapter à toutes les disciplines. L’association interviendra lors de la coupe du monde de Rugby et les championnats du monde de handball féminin…

6.) Y a-t-il une différence entre une préparation "médicalisée" d'un sportif et le dopage?
Cangirem

Le dopage est défini par la législation française (loi et décret) et le Code de l’Agence Mondiale Antidopage (liste des interdictions): il s’agit d’une liste de substances et de méthodes interdites. Dès lors que le sportif se prépare sans avoir recours à ces substances et méthodes, il n’est pas considéré comme dopé (au regard de la loi). La question de la médicalisation de la performance pose néanmoins des problèmes de positionnement éthiques: comment refuser les injonctions de ses employeurs ? Sans nécessairement parler de dopage, la question se pose aussi pour les soins : faire reprendre la compétition plus rapidement à un sportif blessé, avec tous les risques sanitaires que cela comporte… Certains réclament une médecine sportive indépendante des structures sportives. Ca semble très lourd à mettre en place mais ça permettrait de mettre en « arrêt » les sportifs malades… Pour ma part, je pense que la présence médicale peut se justifier dans certaines structures sportives mais qu’il faudrait surveiller de manière plus accrue la fonction exercée. Le problème ce n’est pas la médecine mais l’utilisation de cette dernière par des médecins véreux ou corrompus.
Pour faire un lien avec le Tour de France, on peut quand même s’étonner de la consultation de médecins crapuleux (le Dr Ferrari, par ex.) par des sportifs professionnels.

7.) Que pensez-vous de la proposition selon laquelle on ne contrôlerait plus le dopage (notamment dans le vélo) comme dans la ligue de foot américain US?
Pat

Pourquoi pas mais dès lors le cyclisme ne serait plus un sport ! Il rentrerait dans la catégorie du catch ou du cirque avec un scénario écrit à l’avance. Les meilleures équipes seraient les plus pointues en matière de dopage et les médecins véreux pourraient agir sans complexes. Certains pensent que c’est déjà le cas mais l’officialiser constituerait un point de non retour. Si le cyclisme ne choisit pas cette voie ; il faut agir de manière beaucoup plus claire et revoir l’ensemble du système à sa base et se poser les bonnes questions : les sportifs sont ils assez informés? Sont-ils protégés du dopage (cf. compléments alimentaires contaminés)? Qui commente les épreuves (crédibilité)? Les sportifs ont-ils assez de jours de repos? Comment préserver leur santé?

8.) Le dopage n'est certes pas lié à 100% aux sommes pharamineuses qui circulent dans le sport, mais ne croyez vous pas malgré tout que si l'on supprimait tout cet argent il disparaîtrait de lui-même très rapidement? Les sportifs (pas tous bien entendu mais ici nous parlons forcément de l'élite et des sports majeurs)touchent des sommes qui dépassent souvent l'entendement. Soit de leurs employeurs soit de produits marketing. Si on arrête de leur donner ces sommes, les fédérations ne réclameront plus ces mêmes sommes pharamineuses aux télévisions qui elles-mêmes n'auront plus besoin d'en réclamer à leurs annonceurs publicitaires. Tout ceci est un cercle vicieux, serait-il possible d'arriver à fermer ainsi les robinets et donc ne plus inciter ces "pseudos sportifs" à se doper pour remporter le jack pot. Ce qui reviendrait à faire du sport pour le plaisir de faire du sport et non pas pour faire du fric. Je sais que je me berce d'illusion mais l'essentiel n'est-il pas là?
Topfou
Il faut rappeler, malgré toutes ces affaires, que le sport peut se pratiquer au plus haut niveau sans dopage et avec plaisir.
Il est clair que l’argent peut augmenter la tentation de se doper (d’autant que la logistique et certains produits sont très chers) mais sachez que le dopage peut exister dans toutes les disciplines et même au bas niveau ; l’argent n’est donc pas le seul moteur!
Une piste de réflexion serait d’impliquer les sponsors et les télés mais le pouvoir du téléspectateur («client» des TV) et des consommateurs («clients des sponsors») ainsi que des citoyens n’est pas à négliger.

9.) Statistiquement, je me posais déjà cette question: n'était-il pas bizarre que sur 4 ou 5 kazakhs participants au Tour, 2 sont dans les 10 premiers, et que sur nos 36 français, le mieux classé est 32ème?
Conan
C’est, en effet, une statistique étonnante. L’histoire de la lutte antidopage a déjà montré que des nations ont obtenu (volé) des performances grâce au dopage ; il faut donc rester très vigilant quand subitement des pays présentent tout un tas de champions dans une discipline déterminée. Mais sans preuve difficile de dénoncer ; seul moyen plus de contrôles inopinés…

10.) Peut-on croire encore que le cyclisme est «propre»? Il est fort à parier que tous les coureurs ne sont pas totalement clean. L'écart de moyenne entre le premier et le dernier est si faible que pour rester dans la course, il paraît difficilement imaginable que cela puisse se faire à l'eau clair. Il me semble avoir entendu parler d'un groupe qui tente le tour à l'eau clair, mais on n'a aucune info sur ce genre d'expérience. Pourquoi?
Fabrice
Pour reprendre votre expression, je pense que le terme « à l’eau claire » induit la plupart des gens en erreur. Le Tour de France puise tellement d’énergie qu’il serait illusoire de croire que l’eau seule suffirait à combler les besoins. Les coureurs doivent suivre une diététique drastique et ont très souvent recours à des compléments alimentaires et des boissons énergétiques.
L’écart entre les coureurs peut poser question mais, encore une fois, il faut dénoncer le dopage sur des bases solides et non sur des a priori. Faire le Tour sans dopage reste tout à fait possible, Christophe Basson en a été le parfait exemple pendant quelques années avant qu’il ne se fasse « éjecter », au top de sa forme, par un certain Lance Armstrong…

11.) Il y a moins d 1km/Heure de moyenne entre le 1er et le 40 eme, je ne suis pas sûr qu'il n'y ait qu'un ou 2 coureurs de dopés. Que l'on fasse un contrôle général dans le vélo mais aussi dans tous les autres sports. A moins que l'on ai seulement envie d'1 exemple de temps en temps et que trop d'intérêts soient en jeu?
Vefra
Vous avez raison mais, je pense désormais que le cyclisme est vraiment au pied du mûr : les sponsors, les télévisions et les spectateurs se désintéressent de plus en plus de l’évènement. Il faut agir sur du moyen et long terme et non pas seulement gérer des crises.
De plus, si le cyclisme après été à la « pointe de la triche » pouvait être à la pointe de l’évolution du sport moderne ; c'est-à-dire intégrer la prévention et la lutte antidopage comme partenaire ; alors ce serait un exemple pour les autres sports quelque soient les enjeux financiers.

12.) Plus de 49km/h de moyenne avec des points de suture au genou, comment pouvait-on y croire, ce sont des moyennes de record de l'heure? Et pourquoi les Français brillent-ils si peu? A cause du suivi longitudinal?
Minotor
Le suivi français est en effet une arme contre le dopage. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, je pense que nous avons eu la «chance» de vivre «l’affaire Festina» en France. Depuis bientôt dix ans une culture de l’antidopage et de la prévention est née en France ; des outils ont été mis en place : le numéro vert Ecoute Dopage, le suivi longitudinal, AFT (www.athletefortransparency.com, le site dopage.com, l’opération Vivre Sport, le label antidopage des compléments alimentaires (www.wall-protect.com).
Maintenant, en parallèle au système de répression, il faut enfoncer le clou et diffuser ces outils auprès des jeunes sportifs toutes disciplines confondues.
Il faut faire le pari suivant : les sportifs clean d’aujourd’hui seront les champions de demain !

13.) Que font les sponsors? Comme le disait aux infos sur France 2 Eric Boyer de Cofidis les sponsors sont critiqués car ils sponsorisent quelques fois des équipes "douteuses" alors qu'ils ne font rien pour aider les structures privées qui luttent réellement contre le dopage (dopage.com, wall-protect.com...) qui manquent cruellement de moyens..Un petit pourcentage des sommes aideraient ces structures et prouverait que les Sponsors luttent aussi contre ce fléau et ce efficacement…
Juanrustic
Vous avez raison de vous étonner de l’absence d’implication des sponsors. Pour bien connaître les structures de prévention, je peux vous affirmer que nous manquons cruellement de moyens. De plus en plus de clubs demandent une intervention de l’association Vivre Sport et, faute de budget, certaines demandes ne peuvent être honorées. C’est un comble!
Quitter un évènement est une réponse de facilité. Les sponsors ne peuvent pas « prendre » puis partir quand ça les arrange. Ils doivent s’impliquer à nos côtés car il s’agit de préserver leur support de communication qu’est le sport! Nous avons des actions qui seraient très valorisantes pour leur image (un exemple : www.agirpourlesport.com) et qui touchent beaucoup de monde. La porte est ouverte!

14.) Que faire vis-à-vis des compléments alimentaires voulant les utiliser sans risques de contrôle positif ?
Juanrustic

Il existe en France un système de protection des sportifs concernant la consommation de compléments alimentaires. Il s’agit du label WALL-Protect. Votre question est pertinente car une étude du CIO montre que 15% des compléments alimentaires pour sportifs contiennent des substances interdites. Vigilance donc!

15.)En quoi consiste votre numéro vert? Combien y a-t-il d'appels par jour ou par an? Quelles sont les tendances générales des coups de fil? Quelles réponses leur apportez-vous?
Stef

Le numéro vert Ecoute Dopage est financé par le Ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports. Il a été créé pour répondre aux interrogations des sportifs et de leur entourage sur les questions de dopage. Notre mission consiste à apporter de l’information mais aussi à aider le sportif à se positionner face au dopage et toutes questions liées aux produits.
Je vous invite à consulter le rapport d’activité annuel sur le site www.dopage.com, onglet Ecoute Dopage, pour plus de détails.

16.) Honnêtement, au regard de votre expérience, le vélo est-il le sport le plus gangrené? Et fait-on une différence entre drogue (cannabis ou cocaïne) et doping?
bob marley

Le dopage existe dans tous les sports et à tous les niveaux. Les produits utilisés sont différents en fonction des disciplines. On prend pas les mêmes produits pour faire du tir à l’arc ou un marathon… Concernant les stupéfiants, ils font parti des produits interdits car ils peuvent augmenter la performance et sont dangereux pour la santé.

17.) Si Vino a été contrôlé positif et que rien n'est dit sur Contador et Rasmussen, cela veut-il dire qu'ils sont clean?
Totophe

Non. L’absence de contrôle positif ne signifie pas que le sportif est « clean ».
On peut être contrôlé positif sans avoir voulu se doper (prise d’un médicament interdit, d’un complément alimentaire contaminé) et, à l’inverse, on peut se doper sans jamais être contrôlé positif.
Il est donc difficile de répondre à votre question.

18.) D'après vous, comment concrètement sortir le tour de l'engrenage désastreux du dopage? Depuis Anquetil, qui l'assumait, le dopage ne fait-il pas partie intégrante de cette compétition?
jacky durand

Il faut que les organisateurs puissent écarter sans ambigüité les équipes qui montrent des signes manifestes de dopage et ne s’impliquent pas dans une vision éthique de leur sport. Un véritable rapport de force s’opère actuellement entre A.S.O, propriétaire du Tour et l’Union Cycliste Internationale (UCI)…
Les organisateurs du Tour pourraient mettre en place des Etats Généraux afin de trouver des solutions crédibles pour sauver cette épreuve, patrimoine du sport français.

19.) Comment peut on parler de lutte crédible contre le dopage quand on sait que le foot, le rugby, ... ne pratiquent pas de controles sanguins. Ou encore que la ligue américaine NFL (qui ne fait strictement rien contre le dopage et qui est diffusée en france) a fait signé d'ancien athlète qui étaient suspendu pour dopage par la Fédé Internationale d'athlétisme...
Stom

 
Tant pis pour les sports qui ne jouent pas le jeu.
Pour moi, il ne s’agit pas de sport mais de divertissement. Le « sport humain » s’opposera, à l’avenir, de plus en plus au « sport mutant ». C’est aux fédérations, aux dirigeants, aux sportifs et aux spectateurs de savoir quel sport veulent-ils pour leurs enfants. Comme pour l’écologie, l’avenir du sport se décide maintenant ; bientôt il sera trop tard…

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