CHAT - Versac

— 

Les deux week-ends électoraux ont été très suivis sur l’Internet, la campagne a passionné les Français, le temps du bilan est venu: dans le cadre de nos chat post-électoraux, Versac, un des blogueurs politiques les plus influents de France, vous a répondu en direct...

1. Loic Le Meur, il va finir ministre ?
jamega

On s’en fiche un peu, non? Plus sérieusement, je pense qu’il ne s’est pas lancé dans cette aventure aux cotés de Sarkozy dans l’optique d’un poste ou d’un portefeuille, mais par intuition et goût de l’aventure. Je ne crois d’ailleurs pas qu’il ait le goût du pouvoir et des cabinets…

2. Quel est la différence entre un blogueur lambda et vous?
Lolo

A peu près aucune. Je suis un blogueur lambda, au sens où mon blog est un passe-temps, un truc que je fais à coté de mon boulot. La différence, c’est qu’il dispose d’une exposition, liée à mon ancienneté, notamment. Sinon, dans la démarche, pas de différence : je fais ça par plaisir, pour l’échange, la contradiction, la découverte…

3. Vous êtes passé d'un anonymat relatif à une peopilisation relative. Vous le vivez comment? Ça vous a aidé dans votre vie professionnelle?
Libbna

Ce n’est pas toujours évident à gérer. Avant, quand j’écrivais, c’était surtout pour le compte de quelques habitués, qui pouvaient comprendre l’implicite dans mes billets. Maintenant, je tente de continuer de la même manière, mais je sais que mes propos vont être repris, analysés, décortiqués. J’ai une sorte de devoir d’explication et une exigence de lecteurs que je ne connais pas qui rend la chose difficile.
Pour ma vie professionnelle : à court terme, ça y nuit un peu, vu que je passe trop de temps sur mon blog, mais à moyen terme, la notoriété de mon blog est un élément de crédibilisation de ma démarche de consultant internet.

4. Que pensez-vous des blogueurs qui s'engage vraiment aux côté d'un candidat, genre Le Meur...
sarcoco

Ils en ont tout à fait le droit, et c’est même à leur honneur, s’ils le désirent. Pour ma part, je n’ai pas trouvé le candidat derrière lequel me ranger. Et j’aime plus lire les blogs non-engagés, non militants, ceux qui gardent un esprit critique et ne se transforment pas en instruments de propagande. Il y en a eu beaucoup, heureusement, dans cette campagne.

5. On n'a pas un peu survendu la netcampagne? Pas sur l'influence dans le vote, mais sur leur capacité à dénicher des infos comme l'ont fait parfois les blogueurs US? A part Duhamel — quelle info!?, pas une indignation sur l'appart de sarko, rien sur l'ABS supposé de Bolloré..., etc. Comment expliquez-vous cela?
Léon

On a clairement beaucoup fantasmé sur le rôle des blogs, alors que cet espace n’était pas forcément prêt à supporter tout ce qu’on lui prêtait. Le développement des blogs en France tient beaucoup de la bulle, liée à l’anticipation de ce qui s’était passé aux Etats-Unis par les politiques et les media. Ceci-dit, les blogs ont quand même été un espace fantastiquement intéressant pendant cette campagne, pas juste un pourvoyeur de vidéos et de rumeurs, mais un espace de contre-analyse, notamment par des experts, économistes, juristes, sociologues, etc… pas encore au niveau de la blogosphère US, mais quand même extrêmement riche.
Sur l’ABS supposé de Bolloré : il y en a sur les blogs, il suffit de creuser. Mais nombre de media s’arrêtent à quelques blogueurs médiatiques et croient avoir vu ce qui se passe dans les millions de blogs…

6. Plusieurs personnalités politiques, François Bayrou et Azouz Begag en tête, affirment que les journalistes ont peur de révéler ce qu'ils savent sur Sarkozy, par crainte de représailles. Les blogueurs ont-ils un rôle à jouer? Doivent-ils prendre le relais sur les sujets qui fâchent? De quelle marge de manoeuvre disposent-ils?
Lou

Le sujet est complexe.
Sur Sarkozy, on peut dire que tout a été dit sur son compte sur internet, et que des tas de rumeurs, analyses psychologiques, éléments à charge divers, ont circulé sur son sujet, jusqu’à l’indigestion, d’ailleurs. Les media ont-ils des choses à cacher ? Je ne crois pas au complot : le brûlot de JF Kahn, par exemple, ne comportait pas des masses de «révélations», mais tenait plus de l’analyse psychologique.
Ceci-dit, on peut imaginer que, dans les cinq années qui viennent, internet devienne un véritable espace de contre-culture, en réaction aux liens assez étroits qui unissent des media leaders et le nouveau président.

7. Après un taux de participations records, ne pensez-vous pas que les français ont plébiscité la Vème république?
FD

Hmmm. Je ne sais pas. Avec le taux de participation de 2002, aurait-il fallu dire que les Français rejetaient la Vème ? Je crois que les Français ont surtout donné le signe qu’ils étaient en attente d’un renouvellement du personnel politique, et de candidats qui ne soient pas des sortants. C’est la grande nouveauté de 2007 : pas de vrai sortant, ex PM ou ex président. Et ça marche : c’est la première fois qu’on n’est pas dans l’alternance depuis près de trente ans.


8. Les blogueurs (qui défendaient Bayrou) ont-ils vraiment été influents durant cette campagne?
Charlot

Ca dépend de ce qu’on met derrière le terme d’influence. Je crois surtout que François Bayrou a su trouver des termes qui collaient bien à la « société des blogueurs » : contestation des vieux modes pyramidaux d’organisation, liberté et coté transpartisan, discours anti-media-dominants… Il a donc eu du succès. Beaucoup de blogueurs ont adhéré à ce discours, et entraîné avec eux du monde, certes, mais sans doute pas assez pour expliquer le succès de F. Bayrou. La montée de bayrou dans les sondages est très liée à ses apparitions médiatiques sur TF1, malgré tout…

9. « centristes », c’est pour moi l’image même du Français « moyen » qui n’ose rien, ne veut rien changer car centré sur son petit confort que n’ont pas tous les autres, et allant au gré du vent, là ou sont les esprits les plus conservateurs, et en ce moment c’est effectivement le plus PS que l'UMP. Quand on voit les classes sociales qui votent dans ces camps c’est très parlant (cadres, fonctionnaires) et pour vous ? (on aperçevra peut être votre penchant politique) un blogueur, c'est effectivement une personne lambda qui s'exprime aux autres de voir si les gens que cela attirent sont intéressants
Next

En fait, je ne me définis pas vraiment comme centriste. J’ai un positionnement politique assez clair (enfin, pour moi), mais ne suis pas satisfait des termes sur lesquels se font les clivages politiques actuels. Je ne ressens pas le besoin, comme l’immense majorité des Français, d’adhérer à un parti, de m’inscrire dans le rapport gauche-droite. Certains le font, ils sont quelques centaines de milliers. Mais pas moi. Je préfère analyser, critiquer, relayer, et ai des amis dans les deux camps. Ca ne m’empêche pas de voter pour l’un ou l’autre, mais ce n’est pas dans la défense d’un candidat que je fais mon investissement politique.
Après, oui, le centre attire plus des cadres et des « professions intellectuelles », des urbains. Bayrou a quand mêm aussi attiré un vote rural, paysan, en partie. Mais je ne vois pas en quoi la sociologie d’un électorat serait un élément de disqualification de leur parole…

10. Quel est votre point de vue sur les mouvements hostiles au nouveau président?
Jonathan Balsamo
Ils sont évidemment tristes et condamnables, comme toute contestation violente d’un choix démocratique clair. Ils jouent en outre contre leurs intérêts : leur violence renforce le camp des soutiens à N. Sarkozy et sa politique de lutte contre une « racaille ».
Ceci-dit, si on les prend comme un élément d’analyse, ils sont aussi le reflet d’une détestation profonde d’une grande partie de la jeunesse à l’égard de N. Sarkozy. Si on regarde le vote, on remarque qu’il y a eu trois groupes : les jeunes de moins de 25 ans, chez qui Sarkozy est largement minoritaire, les ages médians, chez qui il y a parité (prime à Sarkozy chez les jeunes actifs), et les personnes agées, qui ont très largement soutenu le candidat de droite.
Quand on sait que la question de la solidarité intergénérationnelle, de l’avenir des retraites, de l’insertion professionnelle des jeunes sont des questions-clefs du nouveau président, on peut s’inquiéter du fait que ce soient essentiellement les inactifs et retraités qui aient fait son élection…

11. Que pensez-vous de l'américanisation de notre société française?
jefff

Je ne sais pas si notre société s’américanise. Ca mérite sans doute plus de détails… La campagne s’est un peu américanisée, oui, surtout dans le style politique de Nicolas Sarkozy, son utilisation de thèmes qui ressemblent beaucoup à ceux portés par les républicains outre-atlantique. Les grands meetings ressemblaient beaucoup à ceux de candidat américains, l’utilisation de la publicité, la logique de « single-issue politics » qui se succèdent, le site web tout-télé, le militantisme en ligne façon « supporters »… Tout ça ressemblait beaucoup à la campagne de Bush.
Si notre France pouvait prendre de bonnes choses aux Etats-Unis, comme leur qualité de presse écrite, leur fantastique blogosphère, leur rapport à la science économique, ou quelques géniaux cinéastes, je ne trouverais pas ça mal…

12. Salut. Qui parmi selon toi ces personniltés, pour moderniser le PS maintenant? (dans l'ordre du plus au moins compétent) -Hollande -Royal -Strauss-Kahn -Fabius -Bayrou -Autre?
Je pense que la stratégie Hollande d’équilibre entre éléphants et de maintien d’un non-dit idéologique a prouvé son échec. Je note que le renouveau dans de nombreux Etats proches est passé par la prise en main du parti par un leader imposant une ligne forte. C’est aussi ainsi que le PS a gagné les préisdentielles, avec Miterrand. Je pense que le PS aurait tout à gagner à s’unir derrière un leader, qui ose une stratégie risquée. La seule personne que je vois pour mener à bien ce travail de rénbovation me semble être Royal, aujourd’hui. Elle a apporté au parti de la chair fraiche de nouveaux militants, une logique de dialogue organisé avec la société (là où le PS n’en finissait plus de se regarder le nombril et l’histoire). Je pense qu’elle peut être une rénovatrice. (et pourtant, je n’ai pas une passion pour elle, et serais plus sur une ligne DSK…)

13. Que penses-tu de Guy Birenbaum?
En fait, je ne le connais pas. J’ai lu des bouqins qu’il édite, j’avais bien aimé, avec une pointe d’agacement quand même, le «bien entendu, c’est off». Je crois qu’on partage pas mal de thèmes en commun (la déliquescence des media, l’insupportable establishment parisien, les réflexes stupides de certaines gauches, …) mais avec des styles très différents (moi, en petit gars bien élevé, lui, en indigné permanent). Après, lui est membre de l’économie médiatique, malgré tout, ce qui rend complexe la dénonciation (ça, c’est pour la petit pique). J’aime bien ce qu’il édite, mais je fais plus mon miel des trucs de la République des Idées…

14. Que pensez-vous de la couverture journalistique de ces élections? Pensez-vous que les blogueurs ont eu plus d'influence sur eux que sur les citoyens? Et donc par ricochet...
alphonsine
Sujet immense, qui mériterait un bouquin. Je crois que les journalistes n’ont jamais été autant dans un doute et un flou quant à leur métier. Ils ont – trop – regardé les blogs, quelques blogs, comme une concurrence à leur boulot. Au lieu d’en ressortir avec la confirmation de ce que devrait être leur mission (sourcer, vérifier, authentifier, critiquer…), ils en sont souvent sortis avec une sorte de démission, croyant ne plus être que des intermédiaires effacés entre la parole du peuple et les politiques. L’épisode évidememnt effrayant fut l’émission «j’ai une question à vous poser», sur TF1, où on a assisté à la démission des journalistes.
Je crois que l’irruption des blogs est un appel à l’affirmation du rôle des journalistes, de vérification et fabrication de l’information, mais à une manière différente de le tenir, plus dans la collaboration.

15. Pourriez-vous soutenir une alliance de bayrou et royal, chacun mis à l'écart par leurs anciens supporter au sein de leur partis, afin de réellement créer un parti plein de renouveau et vraiment centriste équilibré?
cessail
Comme je l’ai déjà dit, je ne me place pas dans une logique partisane. Je ne soutiens aucun parti, a priori. Je suis chroniqueur, pas militant. Votre hypothèse me semble cependant assez difficile à imaginer, tant on imagine peu, d’une part, Ségolène Royal tenter l’aventure en dehors du PS, et d’autre part les deux egos de Royal et Bayrou se retrouver sur une ligne et un parti communs.
Nous verrons après le supposé congrès du PS de la rentrée. Je crois que l’avenir du PS est désormais plutôt au centre gauche, mais je ne suis pas sûr qu’il prenne pour autant cette voie…

16. Tout à fait d'accord. Il y a un profond déséquilibre intergénérationnel qui a eu lieu à l'occasion de ces élections. Les vieux ont voté pour un candidat dont le programme s'adresse aux jeunes qui n'ont pas voté pour lui. Je n'ai aucune envie de bosser pour ces retraités qui votent pour qu'on leur maintienne leurs avantages. A part les minimums vieillesse, il faudrait donc réduire les retraites. Les retraités, de plus, dépensent beaucoup moins d’argent que les actifs et alimentent de l’argent qui dort, donc improductif. La solution donc : augmenter les salaires de ceux qui bossent et réduire les retraites en instituant aussi un franchise Sécu pour ceux qui utilisent le plus les services médicaux et grèvent le budget général.
Roploplo
On est globalement d’accord, en effet. Ceux qui ont voté contre Sarkozy sont souvent ceux auxquels il allait demander des efforts lourds, qu’ils ont considéré comme injustes. Les jeunes ont du mal à prendre espoir : ils savent qu’ils portent l’essentiel des risques de notre société, et ne voient pas d’un bon œil de renforcer ces risques. Sur les retraites, je note que Nicolas Sarkozy n’a porté aucune proposition pour les jeunes d’aujourd’hui, qui risquent d’être les grands perdants. Un outil comme le fonds de réserve des retraites, par exemple, est un élément de redistribution à rebours vers la génération 2000-2020, et il a été globalement absent de cette campagne.

Merci à tous et à 20minutes.fr de m’avoir invité, à bientôt ici ou sur mon blog ;-)

Le débat continue ci-dessous...