Maxime Chattam: «Je ne crois pas en l’inspiration, je crois au travail»

VOS QUESTIONS Le romancier vous a répondu...

Cédric Garrofé

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Maxime Chattam à la rédaction de 20 Minutes
Maxime Chattam à la rédaction de 20 Minutes — 20Minutes

[Le chat est terminé]

Le mot de la fin?

Merci à 20 Minutes de nous avoir offert ce moment d’échanges, c’est toujours agréable pour un romancier d’avoir des retours directs avec ses lecteurs. J’espère avoir répondu à vos questions et s’il y en a d’autres alors retrouvez moi sur Twitter ou Facebook, et d’ici là, bonnes lectures à tous!

Marie-Laure: Bonjour Maxime, et merci pour toutes vos aventures. Mais je suis une maman de deux enfants non-voyants qui aiment les histoires extraordinaires, pensez vous publier un jour en braille ou en audio que je puisse partager avec eux vos romans?

Bonjour Marie-Laure. Je suis très sensible à la possibilité d’offrir mes histoires à tous, c’est pourquoi il existe une version audio de la plupart de mes romans. Pour ce qui est du braille, hélas pas encore. J’aimerais que ça puisse se faire, et pour cela, je veux bien abandonner mes droits sur ces versions, pour qu’elles puissent un jour exister, mais ça ne dépend pas que de moi… Cela dit, j’y travaille pour «Autre-Monde».

Paule: Je suis fan depuis vos «débuts». J’ai tous vos romans et je les ai tous en mémoire! Je me demande pourquoi vos romans n'ont pas encore fait l'objet d'un film.

Merci Paule. Il n’y a pas encore de film tiré de mes romans car je n’ai pas encore fait la bonne rencontre. Je ne veux pas vendre mes droits justes pour le principe, je veux avoir des garanties que le projet sera intéressant. Pour l’heure ça n’a pas été le cas. 

Je préfère ne pas faire de films avec mes histoires que de faire de très mauvais films. J’ai la chance de ne pas avoir besoin d’argent, donc je ne suis pas pressé, même si cela signifie ne jamais le faire. Mais un jeune producteur très motivé et avec une vision artistique formidable travaille en ce moment sur une adaptation de «La théorie Gaïa». A suivre donc...

Julien: Bonjour Maxime, et bravo pour votre travail. Je suis en pleine lecture de «La Conjuration Primitive», et en attente de lire « La Patience du Diable». Je me pose des questions: Savez-vous, dès le début, la fin de l'histoire, ses personnages, ses détails?

En général, je commence à rédiger un roman quand je sais comment il se termine. Cela permet de distiller déjà de petits détails au fur et à mesure du récit, pour que l’ensemble fasse sens à la fin. Mais parfois, il arrive que je change d’avis en cours de route. C’est la magie du récit, il peut aller jusqu’à me surprendre moi aussi.

Baptiste: Monsieur Chattam, Merci pour votre travail. J'ai eu plaisir à dévorer chacun de vos livres! Ces dernières années vous publiez en moyenne deux livres par an, quel est le secret d'une si grande productivité avec toujours autant de qualité et d'inventivité?

J’écris environ 8 heures par jour. Cinq jours par semaine. Je ne crois pas en l’inspiration, je crois au travail. Des idées j’en ai tout le temps. J’aime écrire. A partir de là, il n’est pas difficile de publier un ou deux romans par an. Le vrai problème c’est de bien réfléchir à chaque roman, d’avoir le recul nécessaire sur un projet avant de lui donner corps, savoir pourquoi, connaître son histoire et ses personnages c’est une chose, mais avoir un sous-texte c’est aussi vital pour en faire un bon roman. 

Donc je réfléchis à des idées de livres tout le temps, je prends des notes, et pendant que j’écris un roman, je planche aux suivants. Ils s’appellent tous, les uns après les autres, il y a une sorte de fil rouge entre mes romans si on regarde bien. Une évolution thématique, un développement. 

Je suis en flux-tendus. C’est comme ça que je peux enchaîner sur un roman juste après en avoir terminé un autre. Je sais déjà où je vais, depuis parfois très longtemps. Il a passé l’épreuve du temps. Mais c’est un sacré boulot. Permanent. Moi je suis comme ça, j’ai besoin d’écrire, tout le temps. Sinon j’ai l’impression que quelque chose m’échappe… A une époque je croyais que trop écrire, c’était mal écrire, mais c’est faux. Tout dépend de sa nature. Un jour j’ai découvert que les meilleurs romans de Stephen King ont été publiés à une époque où il écrivait largement plus de 2 millions de signes par an, ce qui fait deux gros romans et plusieurs nouvelles. Comme quoi… Tout est question de nature, de besoin, de capacité de travail et, certains diront, d’inspiration.

Malinaka974: Vous remerciez votre femme et votre fille à la fin du livre (oui je lis toujours la fin des livres avant de lire intégralement!) n'est-ce pas trop dur d'être dans un monde des ténèbres et de parler des ténèbres lorsqu'il y a autant de lumière autour de vous? Comment procédez-vous pour écrire alors? Vous enfermez-vous dans votre cabinet des curiosités pour vous isoler du monde des vivants? Merci d'avance pour vos réponses :) et au plaisir de lire encore votre plume «démoniaque»!

Au contraire, je n’écrirais pas autant sur nos ténèbres si je n’avais pas ma femme et ma fille pour m’apporter toute cette lumière! Elles m’équilibrent. Et puis j’ai besoin de comprendre le monde pour bien vivre dedans, et notamment comprendre ce qu’il y a de pire en l’homme, ce que notre société à de plus sombre. Une large partie de mes livres est une exploration de ses bas-fonds. Pour se faire, oui, je m’enferme dans mon bureau «cabinet de curiosités» et je fais mon travail, sauf lorsque je suis en repérage sur le terrain, ce qui me prend en général un à deux mois par an.

trocadero: Certains polars (livres ou films) peuvent inspirer certain criminels qui, dans leur déséquilibre, s`identifient a ce qu’ils lisent ou visionnent. Qu'en pensez-vous? Vous censurez vous parfois pour ne pas aller trop loin?

Je crois que c’est une erreur de croire qu’on passe à l’acte à cause d’un film, livre ou jeu vidéo. Ce sont des boucs émissaires pour nous permettre de ne pas regarder ce qui fait mal. 

Jamais un roman ou un film n’a poussé quelqu’un à commettre un crime, c’est une bêtise que de le croire. Si un ado joue à des jeux-vidéo de combats pendant dix heures et va ensuite tuer des gens pour de vrai, ce n’est pas le jeu-vidéo qu’il faut accuser mais ceux qui l’ont laissé y jouer pendant dix heures d’affilées! 

Le passage à l’acte est un acte complexe qui est le fruit d’une lente maturation, d’une déviance progressive, et croyez-moi, il faut mal connaître la psychologie humaine pour croire qu’un livre, un film ou un jeu pousse à tuer. En revanche, il faut s’interroger pour comprendre pourquoi un individu s’est passionné pour certains films, jeux ou romans, ça c’est intéressant.

Malinaka974: Je suis dans la lecture de «La Patience du Diable» et je dois être à mi-parcours de la quête de Ludivine et sa chasse du «diable». Avez-vous le projet de faire une saga? Ludivine et Segnon? Ou pensez-vous que 2 tomes suffisent pour exprimer un peu leur quotidien? 

Ce sera en effet une série de plusieurs romans. J’ai envie de voir où le personnage de Ludivine peut m’emmener. Et puis j’ai pas mal de choses à raconter autour d’elle. Pour l’instant j’ai cinq histoires en tête, donc plus que trois romans, mais ça peut s’arrêter un peu plus tôt que prévu si je devais, malencontreusement, tuer mon personnage principal, ou au contraire se prolonger d’un tome si une histoire supplémentaire devait s’imposer. 

Mais je me méfie toujours des sagas à rallonge. Je voudrais m’arrêter avant de faire le livre de trop avec le même personnage, même s’il est impossible pour un romancier de savoir s’il ne l’a pas déjà fait...

Fannyu: D'où vous viennent des idées aussi noires et horribles que celles que vous écrivez? Arrivez-vous à sortir de vos ténèbres dans la vie de tous les jours?! Peut-être que vos romans sont une critique de la société actuelle? 

Je crois qu’un bon thriller est un roman qui vous divertie en premier lieu, mais qui pose aussi des questions. C’est un prétexte pour nous faire réfléchir. Je l’ai toujours fait dans mes romans. Si j’écris des histoires aussi noires, c’est parce que je trouve qu’il y a plus à explorer dans nos abysses personnels que dans la lumière. J’aurais adoré être sir Ernest Shackelton dans une autre vie et explorer l’Antarctique… Mais ma vie a fait que moi je scrute nos ténèbres, et ma lampe est ma plume. 

Je plonge dans ma propre part d’ombre pour ce faire, et j’en remonte la matière nécessaire pour mes histoires. En définitive, je crois qu’on a peur de ce qu’on ignore, et plus j’écris sur ce qui nous fait peur, plus je me rassure, même si ça passe par des histoires qui, elles, sont effrayantes!

Hishiryo et LiseMarie: Tout d'abord un grand merci pour toutes tes aventures, des plus noires aux plus fantaisistes! C'est toujours un plaisir! Ludivine et Joshua sont souvent mis en parallèle dans «La Patience du diable», et si la question de Damien, s'ils tourneront du côté obscur de la force, est très intéressante, je me pose cependant aussi une autre question: Verra-t-on Ludivine (ainsi que Segnon et Guilhem) et Joshua mener une, ou plusieurs, enquête(s) ensemble?

L'idée est de continuer à développer les personnages de la section de recherche de Paris. Donc Ludivine, Segnon... enfin, ceux qui survivront! 

J'envisage (mais ce n'est encore qu'un projet!) de faire un autre roman sur Joshua Brolin, qui l'entraînerait vers Ludivine... Avant de conclure avec les deux qui travaillent ensemble sur une «grosse» affaire. Mais tout ça peut encore changer selon l'envie et l'inspiration.

Julie: Bonjour. J'entends beaucoup de choses élogieuses à votre propos. Je souhaite vous découvrir. Quel livre me conseillez-vous de lire pour démarrer?

J’écris des romans qui explorent des univers assez différents, mais disons qu’il existe deux types pour simplifier: les thrillers ou les romans d’aventure. Si vous avez encore votre âme d’enfant et envie de rêver, lisez la série «Autre-Monde» en commençant dans l’ordre! ;) A lire en famille.

Si vous cherchez plutôt des romans réalistes, parfois noirs, voire «qui font peur», alors tout dépend du contexte: envie de thrillers historiques? Lisez «Léviatemps» et sa suite «Le requiem des abysses» ou «Le sang du temps». Plutôt un roman sur la théorie de la conspiration? Lisez «Les arcanes du chaos». Plutôt du roman policier pur, avec enquêtes, «légistes & cie»? Lisez «La trilogie du Mal» et mes deux derniers romans… 

Bref, le plus simple est encore d’aller dans une librairie et de jeter un oeil aux 4éme de couv et de vous laissez porter par celui qui vous inspire le plus! Bonne lecture Julie. :)

Jérémie: A quand la prochaine sortie d'un nouvel ouvrage? Et de quel genre sera-t-il? Si le secret professionnel te/vous permet d'en parler, cela va de soit... Au plaisir de te/vous lire à nouveau.

J’ai répondu à cette question un peu plus bas. Ce sera un polar noir un peu… particulier! Tant dans sa forme que dans son fond. Réponse d’ici le mois d’octobre prochain si tout se passe bien.

Dam: Bonjour Maxime. Dans tes derniers romans, une part importante est donnée aux «veilleurs» qui traquent les comportements indiquant l'avancée du «mal». Tu indiques que Mikelis tient grâce à sa famille, qui lui sert de phare dans ces ténèbres. Joshua et Ludivine n'ayant pas de repères semblables, en loups solitaires, peut-on les imaginer passer du côté obscur dans l'un de tes prochains romans?

C’est une hypothèse plausible. Après avoir écrit «In Tenebris», je me suis longtemps demandé si Joshua pouvait finir sa vie sans basculer. A trop fréquenter le mal, on finit par se faire ronger… 

C’est Nietzsche, «prends garde car à trop regarder dans l’abysse, l’abysse regarde en toi». Je pensais que Brolin finirait par devenir un tueur lui-même. Un tueur en série de tueurs en série. Mais finalement j’ai écrit «Maléfices» où il finit tout autrement, avec une fin plus ouverte, c’était plus fort que moi… 

Mais maintenant que j’envisage de le faire revenir (et plus que son passage éclair dans «La conjuration Primitive») je m’interroge à nouveau. Je n’aimerais pas l’idée de «héros» qui finissent par basculer dans le «Mal», je n’aime pas ce que ça implique, le triomphe définitif du «Mal», mais pour autant, il faudra que Ludivine et Joshua trouvent un moyen de se protéger avec le temps sinon… ;)

Dam: Deuxième question. Peux-tu nous donner des nouvelles sur l'avancée de la réécriture du «Coma des mortels» et sur tes autres projets en cours («Autre-Monde 7» ou bien «L'histoire du garçon qui portait le nom d'un mort»).

Tu es bien informé toi! ;)

Pour le «Coma des mortels» j’ai décidé d’en faire quelque chose. Mon éditrice n’est pas très motivée, car c’est un texte très différent, peut-être trop (écrit à la première personne, situé à Paris et raconté sur un ton grinçant, entre humour noir et cynisme avec pas mal de scènes… très sexuelles!). A voir donc.

Mais en septembre, j’attaque mon prochain thriller, la suite de «La patience du diable», pour une parution en mai ou juin 2015 je suppose… Puis je me consacrerai complètement à «Autre-Monde» dès janvier 2015.

Mais entre temps, je suis sur l'écriture d'un polar. Je l'ai commencé il y a deux mois, juste avant la parution de «La patience du diable» mais j'en ai l'idée depuis plus de dix ans. Sauf qu'il m'était impossible de résoudre l'énigme finale. Chose faite désormais! 

Cela s'appelle les «flashs» d'inspiration. Après 10 ans de réflexion, j'ai enfin trouvé le moyen de résoudre un problème qui n'a, en théorie, aucune solution possible. Ce sera un livre très particulier, d'abord dans la forme, avec un style plus dense, des phrases plus longues, complexes, le suspense ne sera pas comme d'habitude dans mes livres, plus une histoire noire centrées sur ses personnages. Mais le vrai moteur c'est cette fin improbable. Croyez-moi, vous n'avez jamais lu un polar comme celui-là! Parution probable avant la fin d'année.

Pilou: Maxime, merci pour votre travail, j'ai lu tout ce que vous avez publié et vous remercie pour ces émotions. Avez-vous avancé sur le dernier tome d' «Autre monde» et êtes-vous en mesure de nous indiquer une date de sortie?

J’ai bien avancé sur le dernier tome d’«Autre-Monde», toutes les notes sont prêtes, il n’y a plus qu’à le rédiger! Mais je voulais prendre mon temps. Je vais devoir dire adieu à mes personnages, et je sais déjà qu’ils me manqueront. Et puis c’est le grand final, je ne veux pas le rater! Alors je prends le temps de bien y réfléchir.

Mais ce qui m’a le plus retardé finalement, c’est de préparer la «suite». Car si le tome 7 sera bien la fin d’«Autre-Monde» pour les personnages que vous connaissez, je pense revenir plus tard avec d’autres livres centrés sur un personnage annexe, celui de Gaspar, que vous avez rencontré dans le tome 6 «Neverland». Et ça se prépare en distillant déjà de petits détails par-ci, par-là.

Ce que je peux déjà vous dire, c’est que le tome 7, le dernier de l’«Alliance des Trois», ne sortira pas cette année, plutôt en 2015. Et que ce sera une grosse brique bien épaisse! J’espère que votre patience sera récompensée à sa juste hauteur.

Slg: Bonjour Maxime, à travers vos livres, vous semblez avoir une vraie fascination pour les tueurs pervers, les assassins les plus retors, les psychopathes purs et durs, mais vous semblez être très proche de l'univers policier et «gendarmesque». Si c'était à refaire, flic ou voyou?

:) flic certainement! Légiste plus probablement… 

Kilian: De quoi êtes-vous fan?

Je regarde pas mal de films… Tous les genres! Du plus mièvre au plus effrayant. En livres, je lis finalement assez peu de polars, sauf quand on me dit que c’est un incontournable. J’aime lire du moment que c’est un bon roman, quel que soit le genre ou le style. Romans classiques, science-fiction, fantasy, roman d’amour, tout y passe tant que l’histoire est bien écrite. Sinon, j’aime les biographies historiques. Et bien entendu, les séries télé aussi y passent! «Game of thrones», «Homeland», mais surtout «Downton Abbey» qu’on regarde presque d’une traite avec ma femme!

Mathieu: Si vous deviez donner UN seul conseil à un jeune auteur lequel serait-ce?

De croire en ce qu’il fait. S’il prend plaisir à écrire, alors ce plaisir transpirera jusqu’au lecteur. C’est la première règle, la plus fondamentale.

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Présentation du chat:

A tout juste 38 ans, Maxime Chattam s’impose comme l’un des maîtres du thriller français. Ses ouvrages -toujours très réalistes- sont ancrés dans l’univers de la police et rappellent qu’avant d’être un auteur, Maxime Chattam était aussi étudiant en criminologie. Avec son dernier livre, publié en juin aux éditions Albin Michel, le romancier propose de suivre Ludivine Vancker, sur les traces du diable…

En résumé: La Patience du diable. Le Mal peut-il contaminer ceux qui le traquent? Un go-fast pris en flag qui transporte bien pire que de la drogue? Deux ados qui tirent sur les passagers d’un TGV lancé à pleine vitesse? Des gens ordinaires découverts morts de terreur. Le Diable mène le bal, le monde est devenu fou. Lieutenant à la Section de Recherche de Paris, Ludivine Vancker comprend bientôt qu’un fil sanglant relie ces faits divers. Rien ne pourra l’empêcher de remonter la piste à sa source. Aux racines de la peur.