Vous avez interviewé le député PS Michel Pouzol pour son livre «Député, pour que ça change»

Cédric Garrofé

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Le député PS Michel Pouzol pour son livre «Député, pour que ça change»
Le député PS Michel Pouzol pour son livre «Député, pour que ça change» — C.GONTHIER // 20 MINUTES
[Le chat est terminé]
 
Voilà, merci pour vos nombreuses questions. Je vous invite pour en savoir un peu plus à rejoindre mon blog: michelpouzol.com. 

J’y développe certains sujets. Il y a bien entendu ce livre qui en dit lui aussi beaucoup «Député, pour que ça change», au Cherche-Midi. 

Pour le reste j’essaye d’accomplir mon mandat le plus sincèrement possible sans oublier jamais que nous ne parlons pas de grand équilibres financiers ou de grandes idées philosophiques, mais de la vie quotidienne des gens, où qu’ils se trouvent dans ce pays et que cette vie quotidienne est difficile pour beaucoup d’entre eux.
 
Quelle est votre position par rapport à l'islamophobie ambiante?
C’est un vrai sujet qui mériterait une longue réponse. 
 
Je suis très inquiet de voir monter l’islamophobie, mais aussi l’anti sémitisme et le racisme sous toutes ses formes. A force d’opposer les Français les uns aux autres en fonction de leurs religions, de leurs catégories sociales, de leurs couleurs ou de leurs origines on en arrive à des situations intolérables. Moi j’ai grandi dans les quartiers (on ne les appelait pas comme ça à ce moment là) et nous vivions ensemble, sans aucun problème, les uns avec les autres.
L’éducation est la seule solution à mon avis pour enseigner la tolérance. 
 
Il y a quelques jours j’ai participé à un diner de gala de l’amitié islamo-judaïque entouré d’imams et de rabbins. Les discours de ces précepteurs m’ont donné à moi, le laïque, beaucoup d’espoir. «Aussi loin de moi qu’il soit, aussi différent de moi qu’il soit, l’autre est un autre moi-même».
 
Comment voyez-vous l'avenir pour vous? Vous n'avez que 51 ans donc probablement de belles années de politiques devant vous... «Du RMI au Ministère», sera-t-il la thématique de votre prochain livre? :-)
:-) Je n’y pense pas en me rasant, je porte la barbe…
 
Vous avez toujours eu le goût pour la politique, même avant votre engagement? On parle souvent, d’un PS bloqué, bouché. Vous, vous semblez pourtant avoir eu votre chance, en seulement quelques années, passant de l’adhésion à la députation. Comment l’expliquer?
Difficile de l’expliquer en quelques mots. Ca n’a pas été une chose facile, il a fallut que je me batte à l’intérieur du Parti mais sans le coup de pouce de ces militants de Brétigny, je pense à Anouar Briki, Sylvain Tanguy, Marion Carré et Gilles Richir notamment, et de Benoit Hamon qui ont décidé de me donner ma chance, ça n’aurait pas pu être possible.
 
Mais dans un département aussi turbulent que l’Essonne qui réunit des personnalités aussi fortes que Manuel Valls, Julien Dray, Jean-Luc Melanchon à l’époque, Jérome Guedj, François Lamy, Thierry Mandon, Benoit Hamon et j’en oublie forcément, tout est possible: la preuve, moi...
 
Ma question sera très simple. Pourquoi avoir écrit ce livre? Pour vous, vos proches, faire connaître votre histoire aux Français (leur donner de l’espoir?)?
Premièrement parce qu’on me l’a demandé. J’ai beaucoup hésité. Je n’avais jamais mis mon histoire en avant durant mes campagnes politiques et peu de gens la connaissaient. 
 
Une fois élu député, les choses sont devenues différentes. Quand on me l’a proposé j’ai hésité. Se raconter et raconter la vie de ceux qu’on aime n’est pas simple… J’ai essayé d’être honnête et de montrer que même quand on ne croyait plus en rien, il pouvait y avoir un lendemain…
 
Les réactions depuis qu’il est sorti m’ont rassuré. Beaucoup de gens m’ont dit qu’ils y avaient trouvé des raisons d’espérer et que ça leur faisait du bien de découvrir un député qui pouvait leur ressembler un peu. J’espère que ça donnera l’envie à d’autres de poursuivre ce chemin… 
 
En même temps c’est juste une histoire d’exclusion banale et malheureusement trop fréquente si on excepte le parcours politique qui lui est moins banal...
 
Êtes-vous hostile au cumul des mandats? Pourquoi le PS ne le respecte-t-il pas réellement pour les prochaines municipales? Adhérent socialiste depuis une vingtaine d'années, je ne comprends pas...
Oui je suis pour la limitation du cumul des mandats. J’ai démissionné de ma vice-présidence du Conseil général de l’Essonne un mois après mon élection pour me mettre en conformité avec ce que devrait dire la prochaine loi sur ce sujet. 
 
Je pense même qu’il faut aller plus loin et limiter le nombre de mandats dans le temps: pas plus de trois mandats successifs, toutes responsabilités confondues seraient, à mon avis une bonne chose. Ça fait parti de mes combats pour la diversité du monde politique…
 
Comment réagissent vos proches, votre femme, vos enfants, concernant cette soudaine «évolution»? Arrivent-ils toujours à suivre? Du cabanon au Palais Bourbon, comme c'est présenté dans l'article, ça doit faire un choc...
Oui, ils ont parfois du mal à suivre. C’est surtout mon absence qui je crois est difficile parce que j’ai tendance à travailler 7 jours sur 7 et à ne pas m’économiser beaucoup. 
 
En même temps je crois qu’ils sont assez fiers de tout ça, ils savent mieux que personne combien tout cela a été difficile et l’est encore parfois. 
 
Ils savent aussi que ça peut s’arrêter demain. Je les remercie vraiment de me soutenir. Et j’en profite pour leur redire que je les aime plus que tout….
 
Votre parcours, votre personne, me fait penser à celle de José Mujica, président de l'Uruguay. Est-il réellement possible de rester, modeste, honnête, et de réussir en politique? Ce milieu là est dur, très dur...
Oui, c’est un milieu très dur, mais la vie au RMI, dans un cabanon sans confort, sans un sous, est aussi une vie très dure. 
 
Il ne faut jamais oublier qui ont est et d’où l’on vient. S’en souvenir à  chaque instant. J’essaye de rester le même. Et j’ai quelques amis qui savent me rappeler à l’ordre quand l’envie d’oublier me rattrape…
 

Il faut rester vigilant, fidèle à ses valeurs, à sa façon de faire et aux gens que l’on croise au quotidien… C’est ce que j’essaye de faire.

Je vous ai aperçu un soir de Mai 2010 dans une tribune parisienne, hurlant à tue-tête et conspuant certains acteurs de la soirée, pour finalement exploser de joie. Alors vous qui n'avez pas la langue de bois, quel bout de bois vous a mis dans cet état ce soir là?
Là je vois que je parle à un cybervulcan, un supporter de Montferrand! On parle bien entendu du plus grand match de rugby de toute l’histoire auvergnate: la fameuse finale du Top 14 qui a enfin vu l’ASM ramener le Brennus. Place de Jaude. J’aime le rugby, je suis super chauvin, jaune et bleu jusqu’au bout des ongles et cette soirée là j’ai beaucoup pleuré… 
 
Salut amical à tous les auvergnats et à l’ensemble du monde du rugby...
 
Que retenez-vous de votre expérience aujourd'hui, maintenant que vous êtes sous les ors du Palais Bourbon? Trouvez-vous l'Assemblée nationale réellement représentative des Français? 
Non je ne trouve pas que l’Assemblée nationale soit réellement représentative de la diversité des Français. 
 
Les femmes y sont sous-représentées, comme les députés issus des minorités ou des milieux modestes. On n’y trouve guère non plus de patrons de PME-PMI, de commerçants ou d’agriculteurs. C’est un grand défi d’ouvrir ces portes. 
 
Moi, je suis fils d’ouvrier, je n’ai qu’un bac comme seul diplôme et j’étais au RMI il y a huit ans. De ce point de vue là, je suis un peu seul. Mais j’espère que mon parcours donnera l’envie à d’autres profils atypiques de se lancer dans l’aventure. C’est compliqué, on ne vous ouvre pas la porte, mais c’est important à mon avis de le faire pour faire entendre une voix un peu différente de celles auxquelles nous sommes habitués…
 
 
Que pensez-vous de cette polémique au sujet de cette collégienne rom expulsée?
Je trouve regrettable qu’on vienne chercher une jeune fille sur le lieu de sa scolarité pour l’expulser.
 
Même si le droit doit être respecté, il y a des limites à ne pas franchir. C’est d’autant plus dommage que l’intégration des populations les plus fragiles ou les plus éloignées de notre mode de vie a toujours passé par l’école républicaine. 
 
Bref rien ne justifie que l’on puisse procéder de la sorte, cela ne correspond pas à nos valeurs, même si, je le répète, il faut que la loi  soit appliquée pour qu’elle reste crédible.
 
notinthemood: J'ai du mal à croire que la démocratie représentative soit réellement une démocratie. Un politicien cherche le pouvoir pour ses propres intérêts, et non pour changer, non? Qu'en pensez-vous?
Je ne suis pas de votre avis. Je crois que la grande majorité de ceux qui s’engagent en politique, quel que soit leur «coloration politique», le font d’abord avec sincérité. Cela demande aux militants beaucoup d’énergie et de sacrifices. Et tous, loin de là, ne deviennent pas élus pour autant… personnellement j’espère bien être utile à ceux que je côtoie tous les jours, ne serait-ce qu’en témoignant que si tout n’est pas possible, tout n’est pas non plus impossible… 
 
Qu'est-ce qui vous a poussé à prendre votre carte au PS? Est-ce pour soutenir Ségolène Royal ou car vous étiez plutôt convaincu par le discours de François Hollande?
Comme je le dis dans mon livre «Député pour que ça change», je suis entré au Parti socialiste non pas pour soutenir Ségolène Royal, même si j’ai fait sa campagne présidentielle du mieux que j’ai pu, mais un peu parce que j’avais été surpris par François Hollande lors d’un meeting. 
 
Mais la vraie raison, c’est la rencontre avec des militants locaux très engagés, turbulents, indisciplinés et qui voulaient faire barrage à Sarkozy. Ce sont ces «militants de base» qui m’ont donné envie de me battre à leurs côtés… 
 
Avez-vous toujours des contacts avec François Hollande? Si oui, de quel ordre?
Depuis qu’il est Président de la République je l’ai croisé trois ou quatre fois et j’ai eu l’occasion de m’entretenir deux fois avec lui: une fois à propos de la situation de la France et de nos choix politiques, la seconde lors de la catastrophe ferroviaire de Brétigny. 
 
En qualité de parlementaire, c’est surtout avec les membres du gouvernement et le Premier ministre que nous sommes le plus en contact… 
 
André: Le FN monte en flèche, pour autant je suis persuadé que beaucoup d'électeurs de ce parti votent par dépit. Pour ma part, après 32 ans sans manquer une élection je pense ne plus y aller. Les raisons d'un tel désengagement de la part des Français est dû au fait que nombre d'hommes et de femmes politique ne sont là que pour faire carrière et non par réel convictions? Les politiciens appartenant à un parti sont-ils libres de penser librement?
Adhérer à un Parti vous donne des droits, mais aussi bien évidemment des devoirs. 
 
Pour celui que je connais en tout cas, le Parti socialiste, c’est un lieu de débat permanent, de confrontation idées contre idées, parfois trop nous disent certains. Tout le monde a le droit, et, à tous les niveaux, de s’y exprimer. 
 
Après il est clair que ce sont les majorités qui se dégagent du débat qui définissent les lignes politiques collectives et ce n’est pas toujours évident. 
 
Je fais souvent parti de la minorité et j’ai parfois l’obligation de défendre des positions qui ne sont pas tout à fait les miennes. Il m’arrive aussi parfois de rompre cette discipline quand les contradictions sont trop grandes. Cela a été le cas hier pour la loi sur les retraites que je n’ai pas voté. 
 
En réalité, même en étant minoritaire on arrive à faire avancer les choses dans le sens qui nous parait le meilleur. Et s’il y a effectivement des politiciens qui pensent d’abord à leur carrière, beaucoup de ceux que je fréquente sont sincère et essayent vraiment d’améliorer la vie de leurs concitoyens… Qu’ils y réussissent ou non est une autre question…
 
Quand au Front national je dirai simplement que leur sens de l’intérêt général s’exprime surtout dans le fait que ce sont eux qui majoritairement ont le plus souvent été condamné pour la justice quand ils ont été élus dans telle ou telle commune… Ils ne sont pas les mieux placés à l’évidence pour donner des leçons de morale. 
 
EnRouteVersLeBonheur: Félicitations pour votre nomination. Pensez-vous qu'une entreprise française soit capable de verser 690.000 euros à un parti politique comme BMW avec la CDU de la Chancelière Allemande?
Je n’en sais vraiment rien… 
 
Les dons aux partis politiques sont légaux pour les particuliers, mais il me semble que c’est interdit pour les entreprises en France. Tant mieux, ça nous met à l’abri des groupes de pression… 
 
André: Depuis plusieurs années le nombre de fonctionnaires est en baisse. La France possède deux chambres avec le Sénat et l'Assemblée nationale. Les élus ne sont-ils pas trop nombreux et, par économie ne faudrait-il pas en diminuer le nombre?
Je ne suis pas certain que réduire le nombre d’élu résoudrait quoi que ce soit. On cite souvent le cas des Etats-Unis, mais il faut savoir que si proportionnellement les élus y sont moins nombreux, ils ont beaucoup plus de collaborateurs. 25 en moyenne contre 3 chez nous par exemple. 
 
C’est le risque de voir la chose politique confisquée par des «experts», des «spécialistes» parfois financés par des groupes de pression et des lobbys. C’est un véritable danger pour la démocratie. 
 
Par contre je pense qu’il faut favoriser le mouvement dans le personnel politique français et limiter le cumul des mandats, non seulement en nombre, mais aussi dans le temps pour éviter la création d’une caste de professionnels de la politique qui finissent par se couper des Français… 
 
Et assurer le renouvellement de cette classe politique c’est aussi essayer de la rapprocher le plus possible de la diversité de notre société.
 
Carlo: Quels sont les changements que vous avez à proposer?
Voilà une question vaste. «Député, pour que ça change», c’est le titre du livre que je viens d’écrire et l’idée, à travers mon parcours un peu hors norme.
 
C’était aussi de changer la vision qu’on peut avoir de deux ou trois choses: l’exclusion sociale, l’idée que ceux qui doivent survivre avec des minimas sociaux ne le font pas par choix, que si on vous tend la main et que vous avez des services de qualité en face de vous, même si ce n’est ni simple, ni évident, on peu s’en sortir, que tous les hommes politiques ne viennent pas forcément du même endroit, et que les choses changeront un peu plus le jour où les élus ressembleront plus aux français, à leurs différences et à leurs parcours.

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Présentation du chat:

Il est passé du cabanon au Palais Bourbon. Elu député PS de la 3ème circonscription de l'Essonne en 2012, Michel Pouzol peut faire valoir son parcours atypique auprès de ses nouveaux collègues de l’Assemblée nationale.

Endetté, chômeur puis RMiste, cet ancien ouvrier, journaliste puis cinéaste, est contraint en 2002 de quitter son appartement parisien pour se réfugier avec sa femme et leurs trois enfants dans un modeste cabanon de 25m2 en bordure de forêt à Brétigny-sur-Orge. Son échappatoire? L’engagement en politique.

Séduit par un meeting mené par François Hollande pour la candidature à la présidentielle de Ségolène Royal en 2007, ce natif de Clermont-Ferrand prend sa carte au PS. Un an plus tard, il devient conseiller général du canton de Brétigny-sur-Orge.

Sa vie bascule totalement en juin 2012, lorsque l’impensable se produit. Michel Pouzol est élu député de la 3e circonscription de l’Essonne le 17 juin 2012 avec 52,98% des suffrages. «Avec moi, c’est un ouvrier, un intermittent du spectacle, un RMiste, un chômeur et un intérimaire qui entre à l’Assemblée», déclarait-il le soir de sa victoire au Parisien.

De ce parcours surréaliste, il en a tiré un livre: Député, pour que ça change.