Baptiste Beaulieu, auteur de «Alors voilà, les 1001 vies des urgences»
Baptiste Beaulieu, auteur de «Alors voilà, les 1001 vies des urgences» — C.GONTHIER // 20 MINUTES

VOS QUESTIONS

Vous avez interviewé Baptiste Beaulieu: «En vrai, on s’amuse et on pleure beaucoup plus que dans Grey’s anatomy»

L'interne en médecine et blogueur a répondu à vos questions...

Le meilleur des réponses de Baptiste Beaulieu (l'intégralité du chat est disponible plus bas):

«La grève des Urgences je la soutiens à 200%: attendre qu’un patient «veuille» bien décéder dans les étages pour que nous puissions en placer un autre dans sa chambre, c’est quelque chose de vraiment obscène et de révoltant.»

«Bien sûr que les internes sont sous-payés. 120 euros la garde de 24 heures. Vous connaissez beaucoup de gens qui travailleraient pour 5 euros de l’heure au bout de 8 ans d’études?»

Les points commun entre Grey's anatomy et la vraie vie? «Oulala… Vous voulez savoir si on est tous des mannequins Abercrombie? La réponse est non (...) Ces séries racontent n’importe quoi. En vraie, les émotions que nous ressentons chaque jour sont plus fortes, plus denses. Plus réelles, tout simplement. C’est ce que j’essaie de transmettre dans mon livre. La vérité nue. Et celle-ci dit: "On s’amuse et on pleure beaucoup plus que dans ces séries TV"».

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[Le chat est terminé]

Merci à tous pour vos questions, j'espère y avoir répondu clairement.

En écrivant ce livre, j’ai vraiment voulu créer un espace de communication, un pont jeté entre les patients et les soignants. 

Vous voulez savoir ce qui se passe dans les hôpitaux? Je vais vous montrer. Mais pas seulement. Je parle aussi de l’être humain que j’ai la chance immense de côtoyer chaque jour. 

Il se passe de belles choses dans nos hôpitaux, nos humanités s’y rencontrent… 

J’espère que le livre vous rassurera sur le monde médical et que sa lecture vous plaira comme elle a l’air de plaire à ceux qui l’ont déjà lu.

Prenez soin de vous, B.B.
 
Sandrine: Je viens de finir votre livre… Emotions diverses, rires et pleurs!  J’adore, je vous adore, VRAIMENT! A quand une séance de dédicaces?
 
Je suis content que vous ayez aimé le livre. Pas trop bouleversée par les rebondissements à la fin?
 
C’est beaucoup d’anecdotes inédites et un vrai récit derrière… Les premiers retours des lecteurs sont plus qu’excellent. A priori, vous vous êtes régalés et c’est exactement pour cela que je l’ai écrit. Pour raconter une histoire universelle qui dépasse les murs de l'hôpital et touche à l’universalité de la destinée humaine.
 
Je ferai des séances de dédicaces: les dates seront communiquées sur mon blog… 
 
Je serai par exemple au «Grand salon du Livre» de Brive le 9 et 10 novembre…
 
Merci d’avoir aimé le livre… Reste plus qu’à faire fonctionner le bouche à oreille et d’en parler autour de vous! C’est toujours difficile pour un nouvel auteur de se faire une petite place!
 
Julien L.: Par rapport aux séries télé (Urgences, Grey's Anatomy...), quelles sont les différences et les points communs avec la réalité? 
 
Oulala… Vous voulez savoir si on est tous des mannequins Abercrombie? La réponse est non. 
 
Est-ce que les patients ont tous l’air de sortir d’un magazine FHM? La réponse est non. Et c’est tant mieux: la réalité est mieux. 
 
Ces séries racontent n’importe quoi. En vraie, les émotions que nous ressentons chaque jour sont plus fortes, plus denses. Plus réelles, tout simplement. 
 
C’est ce que j’essaie de transmettre dans mon livre. La vérité nue. Et celle-ci dit: «On s’amuse et on pleure beaucoup plus que dans ces séries TV».
 
PS : je ne désespère pas cependant de croiser un jour un vrai patient avec une vraie bombe dans le ventre...comme dans Grey’s Anatomy… Des volontaires?
 
Gérard: Estimez-vous avoir fait bouger les choses sur le monde de l'hôpital? Comment?
 
Gérard! Gérard! Question piège! Si je dis oui, je pourrais paraître prétentieux. Si je dis non, on me taxera de fausse modestie… 
 
Ce que je sais, c’est que je reçois des mails de gens qui se réconcilient lentement mais sûrement avec quelque chose qui les a blessés lors de leurs contacts avec le monde médical. 
 
Pour ces gens là, oui, je suis content de ce que je fais et c’est pour eux que j’écris. Et que je continuerai…
 
Recevoir un mail qui dit: «Je ne râle plus quand j’attends aux urgences depuis que j’ai lu votre livre» ça c’est une vraie victoire pour moi….
 
Laurent: Que conseillerez-vous, aujourd'hui, à un jeune, en première année d’études, qui souhaiterait exercer le même métier que vous?
 
Bosse. Et si ça ne marche pas, sache que tout est soin: Tu peux devenir avocat ou juge et prendre le temps d’écouter/consoler/aider les autres. C’est AUSSI du soin. 
 
Tu peux devenir ce que tu veux. Si tu le fais «bien et que cela te tient en joie», alors tu es soignant. Au même titre qu’un aide soignant, un médecin ou infirmier.
 
TOUT EST SOIN, c’est une idée forte que je développe dans le récit construit au fil des pages de mon livre.
 
Frederic: Que pensez-vous du fait que la rémunération des internes de médecine soit moins importante qu'un agent de service hospitalier. On entend souvent dire que la nuit, ce sont les internes qui font tourner l'hôpital?
 
Bien sûr que les internes sont sous-payés. 120 euros la garde de 24 heures. Vous connaissez beaucoup de gens qui travailleraient pour 5 euros de l’heure au bout de 8 ans d’études?
 
On me rétorquera que l’état nous paie nos études. A quel moment exactement? Quand on est externe? 250 euros par mois pour trimer. Contrairement à beaucoup d’autres études, les études médicales ne laissent que très peu la possibilité d’avoir un job à coté pour se payer un appart et de la nourriture. 
 
Heureusement qu’on a ces 240 euros de l'hôpital (et bien souvent des parents, qui peuvent assurer derrière!).
 
On apprend, certes, mais l'hôpital ne tiendrait pas une seconde sans nous, les étudiants. Et j’englobe AUSSI les étudiants aides-soignants et infirmiers, sans eux, point de salut dans des structures aussi grandes qu’un CHU.
 
Là encore, ce n’est qu’un avis personnel… Corrigez-moi si je me trompe.
 
Juliette: Une de mes connaissances a commencé des études d'infirmière mais a tout abandonné après un stage dans un hôpital en fin de deuxième année. Les conditions étaient trop difficiles, et les médecins manquaient de patience avec elle, qui était pourtant là pour apprendre. 
 
C’est un vrai choc l'hôpital, au début...
 
Peut-être a-t-elle été «testée»? Peut-être qu’ils sont cons, tout simplement… 
 
Il y a la même proportion de cons dans la population soignante que dans la population soignée.
 
Elle n’a peut-être pas eu la chance de tomber sur une équipe pédagogue et ouverte à la notion sacrée d'enseignement et de transmission.
 
Annie: Quel est votre regard sur la grève des urgences? Vous restez très distancé par rapport aux problèmes de fonctionnement dans votre blog…
 
La politique c’est important, c’est ce qui permet de dépasser nos égoïsmes pour vivre ensemble. 
 
Mais la politique c’est aussi un métier. Je ne suis pas politicien, je suis médecin. Je ne suis pas compétent pour dire aux gens comment faire fonctionner un hôpital. 
 
Ce qui m'intéresse c’est l’être humain malade et celui qui le soigne, c’est cette rencontre entre nous. Le reste n’est pas de ma compétence et je serais un idiot de parler de choses que je ne connais pas.
 
Quant à la grève des Urgences je la soutiens à 200%: attendre qu’un patient «veuille» bien décéder dans les étages pour que nous puissions placer un autre patient dans sa chambre, ça, c’est quelque chose de vraiment obscène et de révoltant. Quand à vous dire quelles sont les solutions… Je ne sais pas.
 
Laurent: Votre livre est-il un best-of de votre blog? Qu’avez-vous mis dedans exactement? Quelle est la part de vrai et de romancé?
 
Ce n’est en AUCUN cas un best-of du blog.
 
J’ai pris les meilleures anecdotes du blog et les meilleures anecdotes non publiées (50/50 environ) et j’ai construit autour un récit qui m’a été inspiré par une copine interne ET une amie patiente (ce récit est authentique ET inédit, il se déroule sur 7 jours).
 
J’ai mixé tout ça pour vous donner à lire un VRAI livre, pas un catalogue…. Il y a beaucoup d’anecdotes inédites...
 
Je raconte à la première personne pour faciliter la narration, mais cette histoire ne m’est pas personnelle (même si j’incorpore beaucoup de moi-même, évidemment puisque c’est mon écriture...).
 
Claudia: Est-ce que l'un(e) des patient(e)s dont tu racontes l'histoire s'est déjà reconnu(e) et t'as recontacté?
 
Jamais. D’abord parce que je raconte beaucoup d’histoires d’autres soignants. Ensuite, parce que je modifie toujours sexe (les femmes qui accouchent sont en fait des hommes !), âge (je suis gentleman : j'enlève des années aux femmes…), nom, etc. L’important, c’est l’HUMAIN. On se fiche de savoir si c’est ne femme ou un homme, s’il ou elle a 45 ou 65 ans. l’important c’est l’HUMAIN.
 
Yves: Pourquoi ce titre «alors voilà»?
 
Je l’explique dans le livre ! Mystère, mystère...
 
Wendy: Pourquoi autant de secret autour de votre image?
 
Tant que je travaillais à l'hôpital, hors de question qu’on voit mon visage. 
 
Maintenant que je suis «thésé», je peux m'installer n’importe où en France. 
 
Sur la question de l’image proprement dite, chacun à un rapport particulier avec elle. Je suis comme tout le monde… Je n’aime pas ma gueule le matin quand je me lève, et je ne l’aime pas non plus le soir quand j’ai l’air crevé… 
 
En fait, je l’aime seulement le samedi à 4 heures 24 minutes. C’est court… :)
 
Marie: Je connais peu votre blog et pas encore votre livre. Ce que j’ai vu me plait beaucoup mais je m’interroge: avez-vous dévoilé à vos collègues et patients votre blog? Dès le début? Quelles ont été les réactions? Une anecdote?
 
Je suis un passeur d'histoire! Bien sûr que mes collègues sont au courant, puisque ce sont eux qui viennent à  moi et me disent: «Tiens, j’ai cette histoire, je ne sais pas si elle t'intéressera… mais moi cela m’a touché…»
 
Il y a un vrai besoin de se confier de la part du personnel soignant. Nier ce besoin, ou le considérer comme superflu serait une erreur monumentale. Nous vivons des choses drôles, difficiles aussi, tragiques, souvent… 
 
Se confier à l’autre, parler, c’est déjà pouvoir aller mieux et mieux supporter le quotidien… Une seule collègue m’a dit un jour que ce n’était pas bien. «Ce qui se passe à l'hôpital doit rester à l'hôpital». Je pense exactement l’inverse: c’est à cause de raisonnement de ce genre que les gens craignent le milieu hospitalier et les médecins. 
 
Je milite pour le décorporatisme. Il n’y a que des gens couchés et d’autres debout chargés de les relever. Point barre. C’est mon avis.
 
Nuts: Votre combat pour réconcilier soignants/soignés, par le blog, le livre, votre pratique quotidienne est une réussite, mais comment réagissez-vous quand vos collègues ou les soignants autour de vous manquent d'humanité ou que les patients manquent de respect envers les soignants? Bien souvent, les professionnels n'osent pas remettre leurs collègues sur le droit chemin ou dire aux patients de rester respectueux.
 
Je les envoie bouler. Gentiment, c’est vrai, mais je les envoie bouler. 
 
Un exemple: deuxième année de médecine, première dissection, on arrive, les corps sont posés sur la table de dissection, ils ont tous un numéro marqué au marqueur sur le front. Je demande au chef pourquoi?
 
Il me répond:
- Pour la traçabilité. (ah ben oui, c’est bien connu, les morts aiment prendre leurs jambes à leur cou et s’enfuir!!!)
 
Moi:
- Mais on ne pourrait pas mettre un bracelet? Ecrire sur leurs fronts, comme des veaux, n’est-ce pas un peu manquer de dignité envers eux?
 
Là, le chef m’a regardé comme si j’étais Che Guevara en train de chanter l’ «Internationale». 
 
Bref, j’ai fini avec une mauvaise note en TD d’anatomie…
 
Bien sûr que je suis un révolté. Un vrai casse couilles, même... Le pays des Bisounours n’existe pas.
 
Carine: On oublie vite que derrière les couloirs des urgences, ou simplement derrière la blouse blanche, il y a des hommes et des femmes au service des autres, de jour comme de nuit, du lundi au dimanche… Comment se sent-on après cela? Cela, pour désigner l'après-livre, sa publication, la critique. Etait-ce une thérapie, un exutoire ou un réel besoin de partager ces tranches de vie?
 
Salut Carine! Bonne question… 
 
Fatigué est le premier mot qui me vient à l’esprit :) Passer sa thèse, mener de front son travail journalier à l’hosto et ses gardes, écrire le blog, écrire le livre, sortir s’amuser aussi… J’ai bien besoin de vacances… 
 
Pour ce qui est des critiques, je suis comme tout le monde: dire que je me fiche des avis négatifs sur le livre serait mentir… On ne met pas au monde un bébé de papier sans espérer très fort qu’il sera aimé!
 
Quant à la question du rôle exutoire de ce blog puis du livre… Lorsque l’on choisit médecine, on apprend pendant dix ans que les maladies se reconnaissent à des symptômes qui amènent à faire des examens complémentaires puis à un diagnostic. Là, un traitement super méga efficace règle le problème! Tout est beau sur le papier… 
Parfois, vous même ou un de vos proches tombe malade et là, il faut affronter la réalité du milieu médical, de l’autre coté de la barrière. Je vous laisse relier les points...
 

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Présentation du chat:

«A ceux qui sont couchés et à ceux qui les relèvent». Baptiste Beaulieu, interne en médecine de 28 ans, s’est donné, depuis novembre 2012, la lourde tâche de réconcilier patients et personnel hospitalier au travers d’un blog, en racontant les dessous de la blouse vert pâle.

Dans «Alors voilà», Baptiste raconte par exemple l’histoire (vraie) de Birdy, la Mamie-Qui-Saute, son coup de foudre pour une ancienne patiente, «le nombre d'or posé» sur son visage, ou les matins moins guillerets, ceux qui commencent, à sept heures, par «Mme Didon», qui «a avalé 14 comprimés d’une boîte, neuf d’une autre, huit d’une troisième. Je déteste commencer ma journée par une tentative de suicide», écrit-il, en inauguration de son livre.

Mardi 14 octobre, les syndicats urgentistes français appellent à une grève du personnel des urgences pour contester la gestion des lits d’hospitalisation, vecteur d’engorgement de leur service selon eux. Avec toute l’humanité dont il fait preuve dans son blog et maintenant dans son ouvrage, Alors voilà, les 1001 vies des urgences, Baptiste Beaulieu évoquera le même jour, en direct avec vous, les raisons du malaise des urgences.