Vous avez interviewé Roberto Alagna, pour la sortie de sa compilation «Robertissimo»

VOS QUESTIONS Le ténor franco-italien vous a répondu...

Christine Laemmel

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Conclusion: Je voudrais tous vous remercier pour cet intéressant chat :-) Je n’ai pas beaucoup l’habitude de ce genre d’échange. C’était très agréable. J’espère vous retrouver bientôt. Continuez à aimer la musique et à supporter les artistes que vous aimez. Ils vous le rendront bien! Je vous embrasse tous, A bientôt, Roberto  …. Robertissimo… :-)

Mina: Où vivez-vous entre France, Italie et ailleurs…? Votre coeur a-t-il choisi son pays?

Je vis partout. Depuis des années, je me sens chez moi un peu partout. J’ai la chance d’avoir une profession qui me permet de me fondre dans chaque ville comme un habitant à part entière et non pas comme un touriste.

Cette profession me permet de rencontrer le public du monde entier. Le fait de retourner dans des villes régulièrement comme New-York, Londres, Vienne et autres… crée un lien très fort avec ces villes et ses habitants.

Alfred: Vous aimez reprendre des airs populaires. Jusqu’où oserez-vous aller? Du Johnny? Du Carlos? Et quels chanteurs populaires appréciez-vous particulièrement?

J’ai déjà chanté du Johnny et même du Carlos! Il faut respecter ces artistes qui ont su toucher le coeur de tant de personnes…

En ce qui me concerne, la musique, pour moi, est un art universel qui ne souffre ni racisme, apartheid, ou discrimination quelconque.

Pour moi, le chanteur le plus populaire que j’aime est Enrico Caruso.

Marianne: Aleksandra et vous-même échangez-vous des conseils sur le plan vocal?

Il ne faut jamais parler de technique vocale avec un partenaire, ou un conjoint.

C’est la meilleure façon de semer le trouble ou le doute dans la propre technique.

Pour moi, un chanteur lyrique est programmé par la nature pour pouvoir émettre correctement sa voix. Le problème, est qu’à force d’écouter l’avis de tout le monde, on fini par faire bugger le programme.

C’est pourquoi, il faut au contraire que l’artiste aille chercher au fond de lui-même ce que la nature lui a donné.

La simplicité est souvent la chose la plus difficile à atteindre.

Un ténor qui joue dans des Zéniths, à Bercy... C'est très peu commun. Acceptez-vous ce qualificatif de "ténor (de talent) populaire" ?

Pour moi, l’Opera est populaire.

Un artiste doit être populaire, c’est sa mission.  Je ne connais aucun artiste qui se complaît à rester dans l’anonymat ou avec un public restreint.

Je pense que le rôle d’un artiste est de toucher la multitude.

Quel est votre chant d’opéra favori?

J’aime tous les Opéras. Chaque rôle me rend heureux, amoureux, me fait aimer la vie.

La musique est un miracle, c’est une vibration divine. Il est difficile pour moi de dire quel Opéra je préfère. C’est exactement comme si je devais dire lequel de mes enfants je préfère…

Alice: Vous avez l’air d’avoir une grande estime de vous-même, la légende est-elle vraie? Estimez-vous manquer de modestie?

Non, au contraire. J’ai toujours été quelqu’un d’extrêmement difficile avec moi-même. Très autocritique, souvent trop d’ailleurs…

Je m’en suis même rendu malade quelque fois.

Chanteur d’Opéra, est une discipline qui nous mets continuellement dans le doute de soi. La voix est un instrument délicat, capricieux, souvent insaisissable.

La modestie est nécessaire mais il faut éviter qu’elle se transforme en négativité.

Un artiste a besoin de temps en temps de se sentir fort afin de pouvoir évoluer, de pouvoir dépasser ses limites et de puiser au fond de lui-même, les ressources nécessaires pour lui permettre d’affronter chaque jour les difficultés de cette profession.

Juliette:Vous avez commencé votre carrière sans être issu d'un conservatoire. N'est-ce pas là, finalement, l'une de vos plus grande force? (En plus d'être un pied de nez face aux musiciens professionnels, issus de ces établissements, qui s'offusquent qu'un ténor puisse avoir le droit de "chanter" sans "grande" formation")?

Un autodidacte n’est certainement pas quelqu’un sans formation. Être autodidacte, c’est souvent mettre les bouchées doubles et travailler comme un forcené.

J’ai quand même fréquenté le conservatoire dans mon enfance, d’abord, mon adolescence ensuite et l’Ecole normale en fin d’études.

Le gros de ma formation s’est faite à travers les expériences familiales et personnelles. L’important, est de toujours respecter ce que la nature nous a offert, d’en prendre soin et de la développer chaque jour davantage.

Il n’y a aucun pied de nez envers quiconque lorsque on se retrouve sur scène, seul, face au public. On ne peut pas tricher, truquer.

Il faut donner le maximum, être sincère, généreux et pouvoir donner le maximum d’émotion.

Julie: Bonjour. De votre compilation, quel titre en particulier me conseillerez-vous de faire écouter à des jeunes qui n'ont jamais écouté votre style de musique?

Difficile de répondre. Les jeunes, aujourd’hui, ont besoin d’être touchés très rapidement. Donc, choisir un air avec une mélodie agréable et qui raconte une belle histoire.

Je pense qu’il faut d’abord sensibiliser le jeune en lui expliquant ce qu’il écoute. Le compositeur, l’histoire, le style etc.

Laurent: Lorsque vous montez sur scène, avez-vous toujours le trac? La pression n’est-elle pas parfois trop forte?

Oui, bien sûr! Tous les artistes ont le trac et ce trac augmente à mesure que la carrière se développe. Le public, voudrait un miracle chaque soir. Donc, la responsabilité du chanteur devient très très pesante.

Honnêtement, je préfèrerais chanter dans des conditions plus sereines. Je pense qu’un chanteur n’est jamais meilleur que lorsqu’il se sent soutenu et aimé.

Lucie: Votre idole reste-elle Pavarotti? L'annonce de sa mort avait été difficile pour vous... Que vous a-t-il apporté concrètement dans votre carrière?

Sa mort a été difficile pour moi. Je lui avais parlé deux jours plus tôt, alors qu’il était sur son lit d’hôpital.

C’était un moment très émouvant pour moi, j’ai chanté “Marius” à Marseille, et au moment où je disais «Papa, je t’aime bien», je pensais à lui…

Pavarotti a été pour moi un modèle. Non seulement comme chanteur, mais aussi comme être humain, comme artiste, et comme mentor.
Je pense que la nature, l’avait doté du plus bel instrument qu’un chanteur puisse rêver...

Romain: Roberto, vous dites souvent que vous avez l'impression que vous devez chanter de plus en plus devant des auditeurs hostiles. N'est-ce pas essentiellement en France? A New-York, Vienne, Barcelone ou Londres, vous êtes considéré toujours comme un immense tenor.

Je crois que le public français m’adore autant que je l’adore!!! Je pense que c’est simplement dans la nature humaine de réagir de cette façon, de temps en temps avec les artistes lyriques qui atteignent un certain niveau.
On croit toujours, en France, que nous sommes différents! En réalité, le monde est monde et les Hommes sont exactement pareils partout!

Nicole: Je serai au concert du 30 décembre à Paris. Prévoyez-vous des surprises? Allez-vous chanter «Be my love» de Mario Lanza?

Si je chante ça, ce n’est plus une surprise! Une surprise, en général, il ne faut pas la dévoiler avant… Donc, surprise…

Romain: Pourquoi la presse spécialisée ne reconnaît pas ce que vous apportez a l'Opera? Elle vous snobe régulièrement et déforme vos propos... Merci d'avance.

Parce que je pense qu’elle le fera le jour où je ne chanterai plus, comme pour la plupart des chanteurs du passé. Il y a deux genres d’artistes. Ceux qui chantent pour la critique et qui donc, sont encensés de leur vivant.
Et il y a ceux qui apportent quelque chose de différent et qui se voient critiqués pendant leurs carrières mais reconnus bien plus tard...
La liste de la deuxième catégorie est énorme… Caruso, Callas, Pavarotti etc.

Adda: Bonjour. Que s'est-il passé avec La Scala? Avez-vous accepté l’invitation de la nouvelle représentation Aida?

La Scala m’a réinvité pour une nouvelle production d’Aida. Aux périodes proposées, je serai à New-York pour une série de Paillasse. Nous essayons donc avec Alexander Pereira de trouver une autre possibilité.

Tatiania: Bravo pour la sortie de cette belle compilation Robertissimo, avec les trois inédits! Planifiez-vous de créer un programme avec du chœur a capela un jour?

Oui, c’est une bonne idée. Nous ferons d’ailleurs certainement appel à un choeur ou tu seras dedans, ma chère Tatiania comme au Qatar :-)

Monique: Bonjour. Comment faites-vous pour retenir «par coeur» autant d’opéras, de chansons, d’airs? Avez-vous une technique particulière? Comme par exemple lire la musique à l’envers (on m’a appris cela pour Bach!) Merci et à bientôt, Tosca au cinéma, Le dernier jour d’un  condamné à Avignon, Berlin Troyens et Carmen, Otello Pleyel et Orange! Vous êtes notre soleil quand tout va mal, ou qu’il fait gris dehors.

Pour retenir? Je travaille! Je répète, je répète, je répète…

Céline: Cher Roberto, mais où prenez-vous toute votre énergie? Comment vous voir, ne serait-ce qu'une fois? Québec, c'est bien loin de la France. Comptez-vous y venir jouer un jour? Merci de nous donnez tout ce bonheur.

Mon énergie, c’est toujours la passion. Elle guide ma vie. Au Québec, il suffit de m’inviter et je viendrai. :-)

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L’opéra populaire. Ou l’opéra show-biz. Soutenu par ses 30.000 fans sur Facebook ou sifflé par le «loggione» de la Scala de Milan, Roberto Alagna charme ou crispe.

Pour sûr, il détonne dans le panorama des chanteurs d’opéra. Le ténor fait fréquemment le tour des plateaux TV, y chantonne à tout va du Verdi comme des standards siciliens.

Grâce à cette double casquette, il sillonne les salles de la planète et vend beaucoup, beaucoup de disques. En 2011, le magazine Challenges le classait huitième artiste le mieux payé de France.

>> Roberto Alagna sera à la rédaction de 20 Minutes ce lundi pour échanger avec vous en direct, sur son nouvel album, le milieu de l’opéra et de la chanson française.

Déposez vos questions dans les commentaires ou envoyez-les à reporter-mobile@20minutes.fr. Le chanteur vous répondra lundi à 12h.