Rythmes scolaires: Vous avez interviewé Colombe Brossel, adjointe au maire de Paris en charge de l'éducation

VOS QUESTIONS L'élue a répondu à vos questions...

Christine Laemmel

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C.GONTHIER / 20MINUTES

Le chat est terminé, merci à tous. 

Nadia: Selon vous, comment cette réforme pourra-t-elle être gérée par les petites communes, qui n’ont pas le même budget que Paris?

C’est bien le rôle du fonds dédié mis en place par l’état qui finance 50 euros par enfant (et 90 dans les territoires plus fragiles). Cette réforme permet de mieux répartir les temps d’apprentissage. Mais les communes ont la responsabilité de proposer sur les temps libérés par le mercredi matin des activités de qualité aux enfants. Et il est nécessaire d’accompagner financièrement les villes afin qu’il n’y ait pas d’inégalités territoriales. Mais vous savez au delà d’une question d’argent c’est aussi une question de volonté d’investir dans une politique éducative, au bénéfice des enfants. La commune la plus pauvre de France (dans le Nord) a mis en place la semaine de 4 jours et demi à cette rentrée, de mêmes que de nombreuses communes rurales.

Marianne: Je suis musicienne intervenante depuis plus de 10 ans. Je n’assure donc pas les moments périscolaires, étant enseignante et non «animatrice» (je suis Assistante d’enseignement Artistique, agent de la fonction publique territoriale). Mais je m’interroge sur la manière dont mon poste va évoluer! Va -on me réquisitionner pour assurer ces moments?

Je ne peux vous répondre que sur la situation parisienne qui est spécifique. A Paris, des enseignants  de la Ville de Paris interviennent sur le temps scolaire pour la musique, les arts visuels et l’éducation physique. En en discutant avec les enseignants et bien entendu avec ces enseignants de la Ville de Paris, nous avons souhaité qu’ils continuent à intervenir sur le temps scolaire, où ils font un travail remarquable.

Emgarn:  Mes enfants sont scolarisés sur Paris (moyenne section de maternelle et CP), dans leur école il y a 240 enfants qui participent aux ARE (aménagements du rythme éducatif), et il manque cinq animateurs tous les mardis et tous les vendredis. C’est inadmissible. Certains animateurs se retrouvent seuls avec 40 enfants, comment voulez-vous que des activités soient mises en place? C’est tout simplement de la garderie.

Il est arrivé dans cette phase de démarrage que des intervenants ne soient pas présents. C’est la raison pour laquelle nous avons recruté des animateurs «remplaçants» pour pallier les absences. la situation est aujourd’hui stabilisée. Néanmoins, si sur votre école en particulier, il subsiste une difficulté, surtout alertez nous votre responsable éducatif ville (REV), présent sur l’école tous les jours, ou via le site internet de la ville : paris.fr afin que nous réglions cette situation au plus vite. Plus les parents nous informent, plus nous sommes en mesure de perfectionner le dispositif.

Emmanuelle: Que pensez-vous des activités périscolaires proposées concrètement? Ma fille en CP a appris en 1h30 à faire un éventail en papier, ce qu’elle sait faire depuis qu’elle a deux ans. Puis la séance d'après, elle a fait une cocotte en papier.

Les activités sont culturelles (théâtre, danse, musique, cirque, vidéo, …), sportives, d’éveil scientifiques, autour du lien intergénarationnel, de l’environnement, je ne sais pas exactement ce qu’a fait votre enfant mais  je pense qu’il s’agit d’un atelier origami. Il permet aux enfants, par un biais ludique, de travailler sur la dextérité, la façon de manier des objets, y compris très fins, et par ailleurs aussi de découvrir une culture différente. Les enfants vont pratiquer des activités différentes tout au long de l’année, car elles changent tous les trimestres.

Pauline: Est-ce que la mairie pense ouvrir/construire de nouvelles salles/gymnases pour accueillir ces activités périscolaires?

La Ville de Paris est la capitale européenne la plus dense. Il nous faut donc utiliser les équipements (très nombreux) existants. C’est pourquoi nous avons souhaité qu’un maximum d’activités aient lieu dans les centres d’animation, les bibliothèques, les terrains de sport, les locaux d’associations, les centres sociaux, etc….

Par ailleurs nous construisons bien sûr des écoles et des gymnases tous les ans, une nouvelle école a été livrée à cette rentrée dans le 17è, deux nouvelles écoles et un collège dans le 19è l’année prochaine

Akka: Ferez vous une évaluation à mi-parcours pour décider de l'avenir de cette mesure?

Nous faisons depuis la rentrée une évaluation quotidienne et cela nous a conduit à un certain nombre d’ajustements (renfort de présence des animateurs de la ville notamment pour avoir plus temps pour informer et communiquer avec les parents, renfort d’animateurs de remplacement quand un animateur est malade ou absent, renforts de ménage en maternelle, etc). Et cela va continuer.

Nous avons aussi demandé à un laboratoire de recherche de faire une évaluation indépendante de la ville, sur le fond de la réforme. Cette évaluation sera évidemment rendue publique. Nous leur avons demandé de travailler avant les vacances d’hiver en priorité sur la maternelle. 

Monweb01: J'ai deux enfants scolarisés à Paris. Les choses doivent se mettre en place, cependant, le cadet vient d'avoir trois ans (petite section) et le rythme est le même pour tous les âges: donc réveil (de la sieste) deux fois par semaine avec 1h30 de sommeil. Pourquoi n'avez-vous pas imaginé un rythme plus adapté aux plus petits?

Le décret du Ministère de l’Education nationale concerne tous les élèves, en maternelle comme en élémentaire. A l’issue de la concertation de l’année dernière, nous avons fait le choix d’une même organisation horaire pour les enfants de maternelle et d’élémentaire mais d’un projet spécifique pour les enfants de maternelle.

Organisation horaire identique car les parents parisiens nous ont très majoritairement dit qu’il leur était difficile de s’organiser sur des horaires différents, notamment quand ils ont un enfant en maternelle et un enfant en élémentaire. Mais projet spécifique sur les activités, les personnels et les lieux. Les activités doivent intégrer le rythme particulier des touts petits, et notamment le besoin de faire des activités plus calmes à certains moments, de changer d’activités (on ne peut évidemment pas solliciter un enfant de 3 ans sur une activité d’une heure 30, il faut que les activités tournent et varient).

Le personnel doit être au maximum un personnel déjà connu par les enfants  et c’est pour cela que nous avons privilégié l’intervention des Asem, les enfants les connaissent, les voient tous les jours et tout au long de l’année. Et les locaux en privilégiant le fait que les enfants de petites section aient des activités dans leurs classes et donc dans un lieu qu’ils connaissent, et sans rupture.

Et évidemment il faut laisser les enfants dormir, ils n’ont pas tous le même rythme, et ceux qui ont besoin de plus dormir doivent pouvoir le faire.

Ricci: Comment ont été formés les Asem?

Les Asem (agents spécialisés des écoles maternelles) sont des personnels municipaux qui connaissent bien les enfants. A Paris elles travaillaient la moitié du temps dans les classes avec les enseignants et l’autre moitie elles effectuaient des tâches de ménage. Elles sont (pour 80% d’entre elles à Paris) titulaires du CAP petite enfance et leur coeur de métier est donc bien d’être auprès des enfants, elles ont été formées pour cela. Nous avons souhaité qu’elles soient déchargées d’une partie de leurs tâches de ménage (évidemment compensées par des personnels supplémentaires) et qu’elles soient au côté des enfants pour pratiquer avec eux des activités éducatives. C’est une organisation qui existe dans de nombreuses villes en France.

C’est cependant une évolution pour ces personnels, c’est pourquoi elles ont reçu une formation avant l’été, et que la formation se poursuit à partir d’octobre (avec une formation plus renforcée pour les 20 % d’entre elles qui ne sont pas encore titulaires du CAP Petite Enfance).

Hirkall: Quel est le coût de cette réforme pour la ville de Paris? Combien d'embauches ont été faites? Sous quel type de contrat?

La réforme a un coût global de 50 millions d’euros dont 12.5 millions d’euros à la charge de la Ville de Paris  (à rapporter au budget de la ville de Paris de plus de 8 milliards d’euros).

Elle est financée par trois moyens : le financement par l’Etat, à hauteur de 6.5 millions d’euros, le financement par la Caisse d’Allocations Familiales (financement sur quatre ans qui permet également de pérenniser le financement) à hauteur de 70 millions d’euros sur 4 ans, et un coût net pour la Ville de 12.5 millions d’euros. je vous précise que cette réforme est financée sans augmenter les impôts des parisiens et que les ateliers soient gratuits.

Ce coût comprend d’une part la mise en oeuvre des ateliers (gratuits pour les familles) mais également le renforcement de notre périscolaire existant (le midi et le soir après 16h30). Concrètement, nous avons embauché 1.500 nouveaux animateurs (travaillant déjà pour nous mais avec un statut précaire de vacataires, ils ont été contractualisés), et travaillons avec 950 associations qui nous accompagnent dans l’animation des ateliers.

Emmanuelle: Selon moi, les enfants sont épuisés de leur semaine car ils n’ont plus cette pause du mercredi qui leur était salutaire et car ils passent beaucoup plus de temps en collectivité. Du coup ils sont moins réceptifs aux enseignements qu’il reçoivent les jeudis et vendredis. Et il y a de fortes chances que les enfants apprennent donc moins bien, je pense. Le but était de remonter dans les classements européens, la réforme ne va-t-elle pas malheureusement produire l’inverse?

Bonjour et merci de votre question. La volonté du Ministère de l’Education Nationale de revenir à la semaine de quatre jours et demi était de mieux répartir les apprentissages des enfants pendant le temps scolaire. De très nombreux chercheurs, spécialistes de l’éducation, médecins (l’Académie de médecine notamment) ont pointé l’effet «néfaste» de la concentration des apprentissages sur quatre jours et le besoin d’adapter les temps de l’école aux enfants. Voici pourquoi ce retour à quatre jours et demi était une mesure réclamée par les syndicats enseignants, les médecins, etc. je le dis très simplement, avoir un cours de maths le mercredi matin à 9h est plus efficace que le vendredi à 16h.

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Paris fait figure de modèle. Alors que la plupart des communes se lanceront à la rentrée 2014 dans l’application de la réforme des rythmes scolaires, la capitale essuie les plâtres. Dans «l’improvisation» selon Marielle de Sarnez, dans la «confusion» pour Nathalie Kosciusko-Morizet, candidates centriste et UMP à la mairie de Paris. Une mutation «plutôt bien partie» pour Anne Hidalgo, leur homologue socialiste, malgré «quelques ajustements» à faire.

Colombe Brossel est en première ligne. Adjointe de Bertrand Delanoë, elle est chargée de la vie scolaire et de la réussite éducative à Paris. Jeudi, elle sera dans les locaux de 20 Minutes pour échanger avec vous sur la mise en place des rythmes scolaires dans la capitale.

>> Quel est le premier bilan de cette rentrée scolaire? Quels couacs a-t-elle dû gérer? De quelles réussites se félicite-t-elle? Vous avez des questions pratiques sur la mise en place de la réforme des rythmes scolaires dans l’école de votre enfant?

Déposez toutes vos questions et remarques dans les commentaires ci-dessous ou écrivez-nous à reporter-mobile@20minutes.fr. Colombe Brossel vous répondra en direct jeudi à 11h30.