Chat RATP : une culture de la grève ?

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Retour sur le mouvement de grève de vendredi dernier à la RATP avec trois représentants de la CGT RATP.

Retrouvez toutes les réponses à vos questions.

1- Cela ne vous pose-t-il aucun problème de régler vos conflits interne en prenant en otages les usagers, c’est-à-dire ceux qui paient votre salaire, et pire de leur coûter plus d'argent en les empêchant d'aller travailler ?
Gauchoman

Effectivement, nous nous interrogeons toujours avant d’appeler les salariés à un mouvement d’action conduisant à des arrêts de travail.
Pour ce qui est de notre salaire, la question ne se pose pas en ces termes, en effet, notre rémunération n’est pas uniquement le fruit de la contribution direct des usagers.
Pour finir, la comparaison entre droit de grève et prise d’otage est, pour le moins, outrancière… Réfléchissons un instant à ce que vivent réellement les otages à travers le monde…

2- Pensez-vous à toutes les personnes qui dépendent de vous le matin et le soir ?
Romain

Bien entendu, d’autant que nos intérêts sont liés et que souvent les revendications portent sur l’amélioration du service public, donc du service à rendre aux usagers, à chacun d’entre vous.
Vous comme nous somme d’ailleurs plus pénalisé par le manque de transports, les incidents quotidiens, les manques d’effectifs, les retards d’investissements… Bref, ce qui nous pénalise en vérité au quotidien ce ne sont pas tant les arrêts de travail que les bus en nombre insuffisants, les métros et RER bondés, les guichets fermés…
Pour preuve, les journées de grève à la RATP représentent pour l’année 2005 0,5 jour/agent dont 0,11 jour/agent pour des causes strictement internes au service public RATP… Si les grèves étaient le seul « désagrément », la vie serait plus belle pour les usagers des transports ! lol

3- Que dites-vous aux gens qui tardent à aller au travail et à rentrer chez eux à cause de vos revendications personnelles ? Ces mêmes gens qui payent leurs titres de transports au prix fort tous les mois ?
Erika

Sans doute nous avons à travailler ensemble pour mieux nous comprendre et connaître les causes réelles de conflits qui sont le fruit de propositions, de revendications et d’exigences collectives à propos desquelles la direction, les pouvoirs publics refusent de négocier. En ce sens, la grève est la conséquence d’une situation dégradée, d’un dialogue social en panne et non une finalité pour notre organisation syndicale.
Pour finir, nous vous rappelons qu’un certain nombre d’actions de la CGT portent sur la mise en œuvre de tarification sociale pour l’ensemble des usagers, contre l’augmentation des tarifs et pour l’amélioration et le développement des transports collectifs. Nous vous invitons à regarder le positionnement des représentants des usagers lors des propositions d’augmentation des tarifs…


5- Quelles propositions faites-vous comme alternative à la gêne causée aux "clients" de la RATP ?
Papy87

Considérant que les services publics sont le bien communs de la nation, nous proposons depuis de nombreuses années des lieux d’échanges entre les usagers, les « décideurs » (élus politiques et directions d’entreprises publiques) et les salariés de ces entreprises, afin d’examiner les améliorations à apporter et les moyens à mettre en œuvre…
Cette proposition, nous l’avons de nouveau porté devant la direction générale de la RATP, il y a 15 jours, elle l’a une fois de plus écartée…

6- Comment osez-vous le caprice d'une grève alors que vous avez la chance inouïe d'avoir un emploi stable qui fait de vous des ultra-privilégiés par rapport aux salariés qui triment et subissent en silence beaucoup plus que vous dans les P.M.E ?
Marc

La grève n’est en rien un « caprice », elle a un coup pour chaque salarié conduit à y recourir pour se faire entendre. Certes, les salariés qui « triment » dans les PME mais aussi dans l’ensemble des entreprises (d’ailleurs l’expression Reste Assis T’es Payé, est un mythe à la RATP, en rien une réalité), ont besoins de droits et aussi de se faire respecter !
Question : est-ce en retirant des droits à des salariés que pouvoir public et patronat en donneront à d’autres ?

7- Pourquoi ne pas faire grève les week-ends ?
Jamega

Pourquoi ? la force d’une mobilisation ne se mesure pas aux gênes occasionnées mais au nombre de salariés mobilisés autour de mêmes exigences. Il est faux de croire que notre action s’arrête le week-end, preuve en est les fortes mobilisations d’agents RATP les samedi lors des manifestations anti-CPE.
(Une confidence : on nous reproche par moments de faire grève les jours de manifestations… Parfois le week-end… La réalité c’est que pour être présent à une manifestation nous sommes obligé d’arrêter le travail au regard du fait que nos activités se déroulent 7/7 jours, 24/24 heures)
Enfin, le constat est sans appel : les arrêts de travail dans les transports perturbent les transports, quel que soit son secteur d’activité ou son entreprise, un salarié qui arrête son travail perturbe, par son action, ce pour quoi il travaille… Oui, cette situation est très pénalisante pour les usagers et notre responsabilité nous amène systématiquement à réfléchir à ces questions (voir réponse ci-dessus).

8- Toujours 2 à 3 grèves par an, pourquoi devons-nous payer toujours plus cher un service de moins en moins performant ?
Stéphanie

Il n’y a pas de rapport entre grève et tarifs.
Par contre, très souvent les salariés de la RATP font grève pour avoir les moyens de mettre en œuvre des services publics efficaces et performants. En ce sens, nous pouvons considérer qu’il y a un rapport entre grève et service moins performant… Puisque nous sommes obligé d’intervenir sous diverses formes pour l’amélioration et le développement du service public.
D’ailleurs, il est bon de rappeler, comme vous le faites, que le nombre de grèves à la RATP est loin des abus généralement évoqués.
La réalité au regard des chiffres en nombre de jour de grève par an et par agent (source RATP) :
- 2000 : 0,44
- 2001 : 0,43
- 2002 : 0,26
- 2003 : 1,32 (Conflit retraites « loi Fillon » pour les salariés du privé).
- 2004 : 0,14
- 2005 : 0,50


9- Bonjour, Vos grèves ne sont-elles pas plus politiques que revendicatrices?
Bob

Par exemple, notre dernière action (le 17 novembre 2006) portait sur notre proposition d’améliorer le service du métro tous les jours de l’année entre 18h et 21h tout en mettant les moyens nécessaires à la réussite de la prolongation d’une heure les vendredi, samedi soir et veille de fête ; mesures attendues par les usagers.
Est ce une grève « politique » ?

10- Pourriez vous expliquer une bonne fois pour toute qu’une personne se mettant en grève à la Ratp ou la Sncf (dont je suis) n’est pas payée ! Que pensez vous de l’implication des médias dans cette croyance ? Pensez-vous que ceci aurait lieu si d’importants groupes, participant aux financements de partis quand leurs dirigeants n’ont pas de fonctions (v Dassault) n’étaient pas présents dans le capital de grands titres de presses, souvent prompt à vanter les louanges d’une privatisation des services publics.
Pensez vous que la proposition de F.Bayrou pourrait ramener de la sérénité entre usagers et service publics... Ne considérez vous pas que l’on monte les salariés français les uns contre les autres ?
Franck

Les grévistes payés c’est un mensonge !
Oui, vous avez raison.
Bien entendu, certaines informations sont mensongères, détournées, utilisées… Mais, sans doute, beaucoup de citoyens en sont conscients, par contre, la difficulté, c’est d’avoir des infos justes, pour se faire « son » idée de citoyen…
Alors, si ce « chat » permet de faire savoir une fois pour toute que les grévistes ne sont pas payés ! - ça c’est déjà de l’information -

11- Lorsqu'une grève rencontre aussi peu de succès que celle de vendredi dernier voyez vous cela comme un échec, ou simplement que les raisons de cette grève sont erronées ?
Pierre

Nous ne partageons pas votre appréciation, il est bon de rappeler que seuls les salariés du métro ont été invités à utiliser ce droit individuel qu’est la grève. Les chiffres de grévistes sont de 30 % pour l’ensemble de la journée et de 41 % le soir, c’est important ! et si les usagers n’ont pas ressenti trop de gêne : tant mieux !

12- Pour quelles raisons faites-vous intervenir les CRS lorsque les usagers descendent sur les voix pour manifester leurs ras-le-bol face à vos agissement « réactionnaire » et « anti-social »?
Bob

Nous n’avons pas cette info ! sans aucun doute est elle erronée (y compris pour le réseau SNCF), jamais la CGT n’a fait intervenir les CRS, nous n’avons ni le pouvoir (contrairement au ministère de l’intérieur et aux préfets…) ni l’envie (contrairement au patronat…) : ça c’est de la désinformation !
Les qualificatifs d’agissements « réactionnaire » et « anti-social » sont sans aucun doute des excès de langage…

13- "Vos aïeux se sont battus contre des avantages que n’avaient que les patrons il y a 50 ans mais maintenant, vous vous battez pour conserver des acquis qui ne profitent qu’à vous. Ce qui veut dire que vous êtes actuellement à la place des gens que vous combattiez dans le passé ? Cela ne vous pose-il pas un problème avec votre conscience ?" Merci
Tof

Merci de votre question, mais nous n’avons pas de problème avec notre conscience puisque, tout simplement, nous ne faisons pas la même analyse que vous.
De notre point de vue, et historiquement en France, c’est lorsque les salariés, « nos » aïeux, sont intervenus qu’ils ont amélioré leur « notre » et « votre » situation : congés payés, sécurité sociale, retraites, services publics, école publique…
Cela parait pour certains « ringard » mais c’est cependant la réalité, tout comme le fait que de nos jours des humains crèvent encore de faim et de froid, pendant que d’autres (les patrons d’aujourd’hui) peuvent gaspiller des milliards et parader devant les caméras !
Cela montre qu’il y a encore bien des combats à mener ensemble !

14- Les dirigeants de la RATP n'ont-ils aucune responsabilité dans les conflits sociaux ?
Louis K

Pour être précis, ce n’est pas tant les dirigeants qui sont en cause mais plus leur politique et leur conception du dialogue social.
La grève c’est l’échec des négociations, à ce titre, la direction porte l’entière responsabilité des conflits sociaux.
C’est bien l’entreprise qui est « hors la loi » en refusant de négocier, par exemple, lors du dépôt d’un préavis de grève.

15- Bonjour, On entend parler très souvent d'un service minimum dans les services publics (RATP et SNCF principalement). Or lors de grèves dans d'autres professions, on en entend pas parler : par exemple la grève des avocats qui a été bloqué le fonctionnement des tribunaux pendant quelques jours. Ma question est la suivante : êtes-vous pour un service minimum et si oui, doit-il être mis en place dans TOUTES les professions ?
Kristoff

Premièrement, il n’existe pas de « service minimum » à la RATP ni à la SNCF.
Deuxièmement, nous sommes contre la mise en place d’un service minimum et pour des droits nouveaux pour l’ensemble des salariés du public comme du privé… et ils en ont bien besoin.
Troisièmement, nous sommes pour la continuité du service public à 100 %, ce qui impose un dialogue social de qualité et des réponses aux aspirations des salariés (qu’ils soient usagers ou agents de la RATP).

16- Avez-vous le sentiment de défendre plus vos intérêts personnels que de répondre aux exigences d'un service public ?
Sophie

Nous avons le sentiment qu’il nous faut, ensemble, défendre le service public largement attaqué par les orientations du gouvernement, du patronat et quelques directives européennes …Alors que celui-ci est largement plébiscité par les populations.
Echanger, encore et encore, pour arriver à expliquer les causes réelles de nos initiatives .
Il y a un lien évident entre l’intérêt des salariés des services publics et l’intérêt des usagers de ces mêmes services.

17- C'est quand les prochaines grèves?
Michael

Lol. Il n’y a pas de calendrier … Espérons que comme vous les pouvoirs publics et « notre » direction liront ce « chat » afin d’ouvrir de réelles espaces d’écoute, de dialogue et de négociations VRAIES !

-- fin du chat, merci de nous avoir suivi --