Vous avez interviewé Ollivier Pourriol pour son livre «On/Off» qui expose les coulisses du «Grand Journal» de Canal+

VOS QUESTIONS L'ancien chroniqueur télé vous a répondu...

Cédric Garrofé

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 Ollivier Pourriol auteur de «On/Off» qui expose les coulisses du «Grand Journal» de Canal+
 Ollivier Pourriol auteur de «On/Off» qui expose les coulisses du «Grand Journal» de Canal+ — C.GONTHIER // 20 MINUTES

[Le chat est terminé]

Merci à tous! 

Julien: Quel est donc votre regard face à l'avenir de la télévision, où les émissions de téléréalité, la publicité et l'information express remplacent peu à peu les débats de fond? Peut-on espérer une prise de conscience du milieu télévisuel à ce sujet?
Votre question vaut commentaire. On peut l’espérer, mais la question c’est comment faire? Est-ce réellement possible? Le «milieu télévisuel» n’est que le miroir de nos désirs. Il capte l’air du temps, ou ce qu’il suppose tel. Il ne faut attendre aucune prise de conscience du milieu, mais on peut espérer des initiatives individuelles, et un changement perceptible des attentes de ce qu’on appelle «le public». La télé n’invente rien, elle ne fait que suivre et amplifier. Comme une antenne.
 
morphine63: Avec qui faisiez vous des sorties en dehors des heures d'antenne?
Mes enfants.
Amandine: Au final, on pourrait presque voir cette histoire comme la perte des dernières onces de naïveté sur le milieu de la télévision et/ou des médias. Quelle piste pour ne pas virer cynique?
Il n’y a aucune raison de «virer cynique». Ce qui compte, quand on regarde une émission, c’est de savoir ce qu’on regarde exactement. Le regard d’un spectateur a le droit d’être formé.
 
boyzindahood: Franchement, le «Grand Journal» est-il une bonne émission?
La réponse est dans le livre...
 
Dimension: Y-a-t-il une entente, ou une compétition, entre «Le Petit Journal» et «Le Grand Journal»? Michel Denisot a-t-il peur de se faire prendre sa place par Yann Barthès?
La réponse est dans la question. Et dans «Les Guignols».
 
Julien C.: Vous conservez des liens avec certains membres de l'émission? Vous semblez plutôt proche de Solveig et êtes sympa avec Jean-Michel Aphatie, qui semble-t-il, vous a aidé et conseillé.
Oui, avec la plupart. Solweig est une amie, et Jean-Michel Aphatie, comme le livre le montre en effet, a toujours été bienveillant et curieux à mon endroit.
 
Kikikou: Vous avez été invité sur le plateau du «Grand Journal» pour parler de votre livre. Avez-vous refusé par crainte d'être manipulé?
J’ai refusé car c’était moins une invitation qu’une manière de désamorcer le livre, en l’intégrant dans ce qu’il tente de démonter.
 
Julien: Trop rares sont les occasions d'avoir l'avis d'un philosophe. J’en profite :) J'ai vu que vous aviez aussi écrit sur le désir et j'imagine que vous avez quelques idées intéressantes sur l'amour. Que pensez-vous du polyamour? Pensez-vous qu'on puisse aimer (de sentiment amoureux) plusieurs personnes à la fois (comme en amitié) ou ce type d'amour particulier est-il par nature nécessairement exclusif (et l'on se leurre donc si l'on croit le contraire)? 
Merci de penser que je suis philosophe, mais je ne suis qu’un amateur de philosophie. Par ailleurs, je ne crois pas qu’un philosophe puisse répondre à cette question très pratique... Ce que j’ai lu de plus intéressant sur le sujet: «Le Phèdre de Platon» (amour et amitié), «Propos sur le bonheur» d’Alain, et «Eloge de l’amour» d’Alain Badiou. Bonne lecture...
 
Johnatan: Quelle était la nature de votre relation avec Michel Denisot, plutôt bonne ou mauvaise? Était-il l’une des raisons de votre mal-être au sein de l'émission? 
Impossible à dire. Un mystère impénétrable. Ni bonne ni mauvaise. Une absence de relation, avec un intérêt réciproque sur le mode de l’exotisme, comme deux animaux d’espèces différentes qui se croiseraient sans animosité, mais sans rapport possible.
 
Jirop12: Votre livre est une succession de dialogues, cela rend d'ailleurs celui-ci plus vivant. On vous accuse d'avoir enregistré les conversations. Comment avez-vous fait pour retranscrire aussi fidèlement?
La mémoire, et le travail littéraire. Ecrire un livre consiste à produire l’illusion de la vie, pas à la reproduire telle quelle.
 
Morphine: Quelle était l'attitude du Grand Journal vis a vis d'autres émissions concurrentes?
Tout concurrent peut devenir un allié, et tout allié un concurrent...
 
Robin33: N'avez-vous pas essayé de vous intégrer à l'équipe?
Si. D’ailleurs je m’entendais très bien avec l’intégralité de l’équipe qui fabrique l’émission. Ce ne sont pas les individus qui sont en question.
 
Chok: Vous avez expliqué qu'un chroniqueur se «vantait» de ne lire que la première, la dernière et la centième page pour connaître un livre. Y avait-il d'autres méthodes de ce genre employées?
Je ne peux pas dire qu’il se vantait. C’était de l’humour, et une pratique acceptée étant donné le format de l’émission, et son rythme quotidien. Mais l’ensemble de l’émission repose sur l’idée très théâtrale ou cinématographique qu’on est là pour produire des apparences. On met en scène le feuilleton de l’actualité, et chacun joue un rôle.
 
SnowBravery: Que pensez du «Grand Journal» aujourd'hui, qui invite des candidats de téléréalité tels que Nabilla et dont les questions s'affichent avec une certaine retenue? Ne trouvez-vous pas que cela peut nuire à l'image de cette émission et de la chaîne?
Je ne regarde pas l’émission. Mais de manière générale, la téléréalité repose sur la fabrication de valeur à partir de rien. La seule présence de la caméra est censée faire naître de la valeur. Tout le monde regarde ceux qui veulent être vus par tout le monde. C’est pauvre, mais ça ne coûte rien à produire et ça rapporte beaucoup.
 
SnowBravery: Que répondez-vous à ceux qui disent qu'avec ce livre vous crachez dans la soupe après en avoir mangé? 
Peu mangé, vous l’avouerez... Je réponds que la soupe, je ne l’ai pas mangée, on nous la sert tous les soirs, et pour être passé du côté des cuisines, je trouve intéressant d’en partager la recette, de découvrir les ingrédients qui la composent, comment on la mixe, et pourquoi elle a cet arrière-goût indéfinissable. J’aime bien savoir ce qu’il y a dans mon assiette. Pas vous?
 
garfield971: N'était-il pas trop difficile de vouloir rehausser le niveau littéraire de l’émission tout en restant au niveau de compréhension des téléspectateurs?
Je ne pense pas. Mon prédécesseur et mon successeur le font très bien. Et par ailleurs, les téléspectateurs comprennent beaucoup plus que ce qu’on veut leur faire croire.
 
garfield971: Vous êtes agrégé de philosophie. Pourquoi la télévision? Pourquoi avoir choisi un monde qui fait d'une miss Météo une actrice, d'une «gourde» de la télé réalité une vedette people? J'espère que vous allez rebondir après cette expérience.
Par curiosité. J’accepte toujours les invitations à découvrir un univers que je ne connais pas. Merci pour les voeux...
 
Robin33: Comment expliquez-vous le décalage entre le programme populaire, apprécié des téléspectateurs, et le monde violent que vous décrivez dans votre livre? 
La violence vient de l’absence de doute, de la certitude d’être «statutaire». Elle vient aussi du rythme quotidien, où hier comme demain n’ont aucun sens: le rapport au monde est immédiat, discontinu, fragmenté. Et puis l’argent. Il y a tellement d’argent en jeu que tous les rapports sont exacerbés. Tout le monde a peur, sans le dire: de perdre sa place, de faire moins d’audience. La peur rend violent. Je crois.
 
Renaud: Avez-vous subi des pressions diverses à la sortie de votre livre?
Non. Juste une «invitation» insistante à participer au «Grand Journal». Mon éditeur, lui, a subi la menace de voir ses autres auteurs écartés.
 
garfield971: Bonjour. Vous dites n'avoir jamais trouvé vos marques dans cette émission réglée au millimètre et que votre éviction vous a été signalée par le redac’ en chef. Pourquoi ne pas avoir démissionné?
Bonne question. Je suis obstiné, je crois. Et j’ai proposé au producteur de partir en janvier. Il a refusé. J’ai donc essayé jusqu’au bout, à ma manière.
 
LadyScordes: Bonjour. Que penser des chaines télé d'information en boucle? Je doute souvent de l'objectivité des journalistes/chroniqueurs/présentateurs, dans leur manière de traiter l'information, me donnant l'impression de ne montrer qu'une face de l'information, à n’en traiter qu'une partie pour un même sujet, voire de mettre de l'huile sur le feu parfois. N'est-ce pas, là aussi, de l’"infotainment"?
Je trouve l’exercice très drôle. Il ne faut pas regarder ça comme des chaînes d’information, mais comme des exercices d’improvisation. Comment dire quelque chose quand on ne sait rien? Comme tenir le plus longtemps possible en faisant comme si on avait quelque chose à dire... Regardez ça comme une sorte de rodéo, ça devient marrant.
 
Robin33: Bonjour! Qu'est-ce qui vous a le plus marqué dans votre expérience au «Grand Journal»?
Le rapport au temps. Chaque journée ressemblait à un entonnoir, avec une accélération et une pression croissante. Un mélange d’entonnoir et de Cocotte-minute, si on peut dire...
 
Eleonore: Bonjour. Je me suis toujours demandée si ce n'était pas pesant, voire même une perte de liberté, de devenir un personnage public? Si oui, par quoi est-ce compensé? Merci pour votre éclaircissement.
Ce n’est pas vraiment une question pour moi, car je ne crois pas avoir une vie de «personnage public». On me reconnaît très rarement, et ce n’est jamais pesant. Mais, pour avoir croisé de vrais personnages publics, j’ai constaté qu’ils perdent la possibilité de faire des choses simples comme faire du vélo sans garde du corps. Mais tous ont leurs petits trucs pour passer inaperçus n’importe où. Il faut chercher à être reconnu pour l’être.
 
Julie: Ma question est très simple. Comment allez-vous? Que devenez-vous?
Merci Julie. Tout va bien. Je fais ce que j’aime: écrire des livres, des articles, des scénarios. Lire. Donner des conférences. Et un passage de temps en temps au Cercle, pour parler cinéma.
 

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Présentation du chat:

Il aura tenu un an, seulement. Durant la saison 2011-2012 Ollivier Pourriol a été le chroniqueur littéraire vedette du «Grand Journal», l'émission phare de Canal+.

Peu à l'aise dans l’univers sans pitié d’une émission réglée au millimètre, l'expérience tourne mal pour cet agrégé de philo recruté pour «donner de la hauteur à l'émission». En juin 2012, il apprend son éviction par son rédacteur en chef.

Pour se «réparer» après cette violente expérience, le chroniqueur raconte dans ON/OFF (Editions NiL) son expérience.

Un livre cynique et drôle qui décrit de manière très précise les coulisses de cette émission d’«infotainment», reine du PAF, qui n’est peut-être pas toujours très sincère…