Vous avez interviewé Rachid Santaki, auteur de «Flic ou caillera»

VOS QUESTIONS L’écrivain a répondu à vos questions...

C. La.

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 Rachid Santaki, auteur de «Flic ou caillera»
 Rachid Santaki, auteur de «Flic ou caillera» — 20 Minutes

[Le chat est terminé]

Je remercie tous les internautes pour les questions. Je vous invite (promo oblige) à lire «Flic ou caillera» (éditions du Masque), et j’espère qu’il vous plaira. Merci à l’équipe de 20 Minutes, et à mes proches, j’ai consacré 8 pages de remerciements à la fin de mon roman je ne vais donc pas parasiter le chat de 20 Minutes! LOL. Je remercie aussi Wrung Division, mes amis, qui ont été présents pendant mes 8 années en tant que patron de presse, présent dans tout ce que je fais. MERCI A TOUS!

Franck: Peux-tu nous dire qu'elle est ta relation avec le boxeur Grégory Choplin?
Grégory Choplin! C’est un ami, la famille comme on dit, il vient de remporter son combat contre un Portugais ce 9 mars, et c’est un félin, je m’inspire de lui dans mes romans, sous le blaze de Jeremy car nous sommes comme des frères, on a partagé pleins de moments et c’est un ami défunt, Illis (paix à son âme) qui nous a rapproché. Il y aussi Kamel Amrane, champion professionnel de boxe anglaise que je cite dans mes romans et qui m’a beaucoup aidé. Je kiffe la boxe, ces potes et je tiens à dire merci à Ahmed Kerrar, au Derek Boxing et tous ses adhérents, Dany Bill. Et un soutien aussi au jeune boxeur Sekou Dembelé, qu’il se rétablisse vite! 
 
Serena: Est-ce que tu peux mieux expliquer pourquoi tu es «enragé»? Quelles sont les raisons?
Enragé car je porte en moi plein de choses. Je ne vais pas m’allonger sur le divan mais j’ai les crocs car je veux aussi réussir après avoir été mauvais à l’école, après avoir échoué sur certains projets. J’ai le sens de la compétition et la rage.
 
Donia: Est ce que vous vous inspirez de votre entourage pour écrire dans vos livres?
Oui, et souvent mon entourage est en panique de se retrouver dans mes romans. Lol!
 
Jjouxed: Je voulais savoir, avec un titre comme «Flic ou caillera», tu n’as pas peur de te faire embêter par la police?
Non. C’est un titre et je pense que cela ne me posera pas de problème.
 
Michel: Je voulais savoir si pour toi, le langage des banlieues que tu mets en valeur avec brio dans les dialogues de tes personnages, doit être considérée comme un atout pour les jeunes issus des quartiers ou bien au contraire un frein à leur intégration professionnelle.
J’utilise ce langage comme une valeur, j’ai été consulté par l’une des plus grandes agences de publicité pour les éclairer sur le langage des jeunes, l’origine de cette langue, sa signification. Quand je fais des rencontres je précise aux jeunes que leur langue est une richesse, que des grandes marques me consultent mais que cela reste leur code et qu’ils doivent maîtriser le français classique pour passer des entretiens et ne pas s’enfermer. Ils en sont conscients et il faut bien mettre des différences, maintenant il y a une barrière réelle c’est celle de ne pas maîtriser la lecture. Et c’est en réalité le premier problème.
 
Evaloo: Quels auteurs admirez-vous et pourquoi?
J’apprécie Dominique Manotti, romancière, historienne et c’est une amie. Elle est engagée, m’a accompagné dans le milieu de l’édition. J’aime aussi les auteurs américains comme Pellecanos, Donald Goines ou Iceberg Slim que j’ai découvert sur le tard ou grâce à un ami, Eric Mandel aussi auteur (du livre «Akh»).
 
Tini: Que pensez-vous des différents plans banlieue mis en place par Sarkozy puis Hollande? 
L’ère Sarkozy a divisé et n’a rien apporté, il y a eu le plan Marshall des banlieues mais qui n’a pas réglé les problèmes. La politique de la ville a mis en place des dispositifs (ERE, rénovation urbaine) mais selon moi on doit responsabiliser les habitants, les faire participer, leur donner des clés et les moyens aussi. En France, on nous assiste et cela nous laisse toujours dépendant je pense qu’il faut revoir la politique de la ville, du moins sa manière de fonctionner. J’espère que le ministre François Lamy ira dans ce sens et vite car nous somme sur une poudrière avec la fermeture PS, 600 familles je crois. Le gouvernement doit mettre les bouchées doubles car avec la crise, le chômage atteint plus de 40% dans les quartiers.
 
Michel: La culture hiphop et graffiti apparaît par petites touches dans l'ensemble de ta trilogie, je voulais donc savoir si tu envisagerais un jour d'en faire la thématique principale d'un de tes livres.
J’y ai pensé mais le manque de temps ne me le permet pas et c’est vraiment frustrant car j’ai beaucoup de contenu, de matière. Pour moi la culture hip hop est une culture qui a trente ans et qui est révolutionnaire car elle utilise la ville comme support et véhicule des valeurs, ce sont celle que j’utilise dans mon travail d’auteur.
 
Simon: Votre livre fait parler de lui sur certains sites d'extrême droite. Qu'en pensez-vous?
Oui, j’ai vu ça via Twitter, cela n’est pas étonnant c’est de la récupération pour conforter l’avis de leur public.
 
Mbao: Pourquoi dis-tu sortir un 3e roman. Si je compte bien, c’est  le 4e. («La petite cité dans la prairie»). Est-ce un livre à part? 
«La petite cité dans la prairie» a été publié mais n’est pas abouti pour moi, c’était ma première expérience, ce livre a touché les gens de ma génération mais je ne suis pas satisfait de ce livre, du travail. Par ailleurs, c’est un récit.
 
5Etro: Vos livres, c'est du 100% réel ou du 100% fiction?
De la fiction mais inspirée de la réalité, les lecteurs venant de plusieurs quartiers en France retrouvent des histoires qu’ils ont connu ou entendu. Je vous invite à plonger dans «Flic ou caillera» et vous me donnerez votre avis.
 
Babasmirs: Comptes-tu t'essayer à l'écriture de romans d'un autre style, dont l'intrigue se déroulerait dans un cadre complètement différent de celui de la banlieue par exemple?
Je travaille sur des romans avec cette oralité, c’est mon style  et peut-être qu’avec le temps je changerai mais pour l’instant je me sens bien avec cette écriture, cette langue. J’ai dans  mes tiroirs un projet sur l’obésité et la langue sera moins «parlée».
 
Lakdar: D’abord, j’aimerais savoir comment tu te sens, car en ce moment ça doit être la course pour toi?
Oui, la course, je me demande parfois après quoi je cours car j’aime l’action mais je me considère comme quelqu’un de très privilégié car j’ai bossé dans plusieurs domaines, la manutention, les taffes ou tu n’as aucun épanouissement, que tu es dans ton coin et aujourd’hui je me sens bien car je suis conscient de la réalité et de celle de milliers de gens. C’est aussi l’une des raisons qui me donne la pêche et me fait foncer.
 
Ensuite quels sont tes projets à court, moyen et long terme?
Court, je viens de finir un livre, j’en finis encore un pour le Maroc. Je coécris l’adaptation des «Anges S’habillent En Caillera» avec Pierre Lacan, je suis sur un projet de série TV et à long terme je ne sais pas encore ce que je compte faire. C’est drôle car je me projette toujours dans le futur. J’ai un très gros projet qui s’appelle «Le gang d’Auber», que je coécris avec Moussa Khimoun, et tu en entendras parler car c’est une histoire vraie.
 
Envisages-tu d’écrire un autre ouvrage complétant les trois derniers?
Oui, je reviendrais mais après avoir fini les projets en cours. Je suis pris dans une spirale, et c’est la course.
 
Que penses-tu de la mode des clashs qui, pour moi, pollue l’univers et l’authenticité du rap?
Il pollue les autres rappeurs car les médias se focalisent sur ça mais cela fait partie aussi du rap. Je pense que c’est dommage car cela réduit le rap encore à ça mais en même temps les artistes sont pris dans des histoires, des conflits qui dépassent la raison.
 
Serena: Est-ce que on pourrait parler de vous comme un écrivain engagé? Impliqué? C'est une caractéristique que vous assumez ou pas?
Enragé, oui. Engagé, je ne sais pas. Je pense qu’en tant qu’auteur qui se revendique du terroir «Seine-Saint-Denis» il est important de contribuer à la vie de ce territoire, c’est ce que je fais pour ancrer mon travail, je suis sur les volets de la formation, la culture et l’accompagnement. C’est aussi un devoir que de participer à notre société.
 
Pourquoi vous avez choisi le polar comme genre?
Parce que je peux montrer le pire de la société, je peux accentuer et faire quelque chose de très sombre et je le suis au plus profond de moi-même. Si je suis quelqu’un de très souriant, très optimiste, je reste noir and le fond. C’est paradoxal. Et puis j’aimerai revenir au polar des années 80, engagé.
 
Quel est la vision que vous souhaitez donner de la banlieue à travers vos romans?
Ce sont des romans noirs, et j’y montre le pire mais ce n’est pas la réalité. Je précise toujours, Mon Saint-Denis, pour dire que c’est un point de vue, un choix.
 
Jpb23: Vous utilisez des techniques étonnantes, pour un auteur, pour promouvoir votre livre? D'où cela vous vient-il? Est-ce efficace?
Je suis issu de la culture hip hop, je suis issu aussi du street marketing, une technique de promotion marginale qui utilise la ville comme un gigantesque support de communication. C’est très efficace car cela touche beaucoup de gens, après cela demande une connaissance et une expérience de la rue, de la ville.
 
Julie: «Flic ou caillera»? Pourquoi ce titre? 
«Flic ou caillera» est un détournement de «Flic ou voyou», un film des années 80 avec Jean Paul Belmondo dont Audiard avait fait les dialogues. C’est un double clin d’œil aux années 80 et à Audiard.
 
Herve: Ne renforcez-vous pas les peurs sur la banlieue, et particulièrement le 93 avec vos livres?
Je précise que c’est une fiction, du réalisme et j’interpelle aussi le lecteur. La banlieue est un lieu de vie avec de belles choses, je pense aux acteurs associatifs et je mène des actions dans ce sens. Concernant mon choix, cela reste un choix éditorial, au lieu de peindre des fresques colorées, elles sont sombres, noires et dures. Je précise que cela n’est pas la réalité, c’est du réalisme et le genre du polar est de montrer le pire de la société, c’est ce que je fais et cela peut ouvrir ou approfondir le débat.
 
Quelle place à Saint-Denis est dans ton cœur?
Je kiffe Saint-Denis, j’ai découvert Saint-Denis quand j’ai été orienté au collège et j’y ai découvert la boxe thaï, la culture hip hop, big up au 93 MC, aux Aktuel Force et tous les acteurs de ce mouvement qui viennent de Saint-Denis. Et cette ville est dingue! Elle est cosmopolite, découpée en plusieurs parties, son bassin économique, son stade de France, sa Basilique et ses cités. C’est une ville riche, une ville que je kiffe vraiment même si je la peins d’une couleur noire. 
 
Quel est la plus grosse source d'inspiration? 
Je m’inspire de tout, de mon quotidien, des rencontres, de l’actualité aussi.
 
Jérôme: Pour la sortie «Des chiffres et des litres», tu avais fait des lectures publiques de certains passages à Beaubourg, ce concept est vraiment intéressant car tu vas vraiment à la rencontre des gens. Est-il prévu que tu fasses des lectures publiques de «Flic Ou Caillera»?
Bonjour Jérôme! Je t’ai reconnu ;) J’ai prévu de continuer à utiliser le livre comme un moyen de rencontre, je vais multiplier les évènements et bien entendu réitérer avec les lectures de rue.
 
Yaya: Salut Rachid, j'ai apprécié lire «Des chiffres et des litres» (écriture, intrigue, etc.) et le conseille vivement à tous les amateurs de bon cru. Une question avant d'aller chercher mon exemplaire :) : Vais-je retrouver des références historiques au hip-hop dans ce nouvel opus ?
Oui je rends toujours hommage à la culture hip hop, le mouvement fête ses trente ans cette année et je suis très attaché aux valeurs de cette culture. Ses valeurs, peace, love, unity and havin fun me suivent dans mon travail, et j’affiche mon roman avec les codes de la culture hip hop, toujours plus loin!
 
Où peut-on retrouver dans ton bouquin?
«Flic Ou Caillera» est disponible en librairies, Fnac et également sur le net. Mon éditeur est très efficace, les Editions du Masque;)
 
As-tu prévu un livre consacré aux Bensama?
Je ne sais pas mais je les garde sous la plume.
 
Et pour toi quel ton personnage préféré de ton roman?
Je ne sais pas, j’aime bien Najet mais aussi Le Marseillais. J’aime bien les personnages et je ne les juge pas mais il faut avouer qu’ils sont très tourmentés.
 
OswaldCoppelpot: J'ai cru entendre que tes trois derniers livres («Flic ou Caillera», «Des Chiffres et des Litres», «Les anges s'habillent en Caillera») formaient une trilogie. S'en est donc fini de l'emprise des Bensama sur Saint-Denis?
Oui c’est une trilogie au départ mais je me suis attaché à mes personnages et je souhaite faire tomber les Bensama et développer la policière Najet Iker, qui me semble est très intéressante, de par son ambigüité. Je vais travailler sur d’autres projets avant de revenir sur cet univers, et la ville de Saint-Denis.
 
OswaldCoppelpot: Tes journées sont très remplies et le soir tu t'affiches tel un accro à la colle... Ma question est, quelle est ta marque de pile? :)
La marque de pile est Santaki. LOL . J’ai les crocs, je suis déterminé dans ce que je fais, je vois tout ce que je fais comme une compétition, puis j’ai également comme codes la boxe, la culture hip hop et les rencontres.
 
Lecoach: Bonjour Rachid, la couverture de «Flic ou caillera»  ressemble à celle de la série des Revenants sur Canal+, est-ce que c’est fait exprès? 
Oui, je cherchais le reflet et j’ai vu l’affiche des Revenants qui m’a inspiré. Je voulais vraiment l’effet miroir avec la flaque d’eau, c’est Toma Abuzz et son ami qui ont travaillé la couverture. Big up à eux et aussi à Tonifara!
 
On te surnomme le Victor Hugo du ghetto, Comment prends-tu la comparaison? 
Je reste Rachid Santaki, un survivant de la 4eme techno et du BEP LOL. Je prends ça comme une punch line, et je me suis dis que je faisais du réalisme donc c’est flatteur mais certains de mes lecteurs m’ont dit que je me rapprochais plus d’Albert Camus mais Victor Hugo du Ghetto me convient lol!
 
Pourquoi avoir choisit ce style de littérature?
Mon style est oral, je voulais qu’on se retrouve à Saint Denis et l’intérêt n’est pas de faire vivre le lecteur avec une langue étrangère ou une ambiance décalé mais de le plonger dans mon Saint Denis, qui reste un univers sombre et fictif.
 
Ahmed75: Je n'ai pas encore lu votre dernier livre mais ca ne saurait tarder - on a vu avec Intouchables que les paradoxe de la banlieue, les belles rencontres que l'on peut faire et la banleue en générale interessent les gens. A quand une adaptation d'un de vos romans au grand écran ? Avez-vous déjà eu des propositions?
Je vous invite donc à les lire ! Je pense que la banlieue est un formidable vivier et c’est la raison pour laquelle j’y plante mes romans. Les Anges S’habillent En Caillera est en cours d’adaptation avec le réalisateur Pierre Lacan (réalisateur de Légitime Défense), et j’écris pour voir mes romans à l’écran. 
 

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Présentation du chat:

Romancier, journaliste et entrepreneur, Rachid Santaki a commencé sa carrière en tant qu’éducateur de boxe thaï en Seine-Saint-Denis. Dans ses livres, l’auteur raconte et imagine la banlieue, la violence, la délinquance et les belles rencontres, parfois. Flics corrompus, voleurs, dealers et galériens peuplent ses histoires.

La nuit, Rachid Santaki sillonne Paris et sa banlieue pour coller des affiches qui font la pub de son propre livre. «Flic ou caillera, le roman le plus noir du 93», annonce les pancartes en noir et blanc.

Après La petite cité dans la prairie, Les anges s’habillent en caillera, Des chiffres et des litres, Rachid Santaki revient avec Flic ou caillera (Ed. Du Masque), sorti en librairie le 6 mars 2013.