Contraception: Vous avez interviewé Marisol Touraine, ministre de la Santé

VOS QUESTIONS La ministre a répondu à vos questions sur la contraception et la sexualité...

Christine Laemmel
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C.GONTHIER / 20MINUTES

Le chat avec Marisol Touraine est terminé. Merci à tous pour vos nombreuses questions. 

CONCLUSION:
 

Merci à tous pour cet échange direct et positif. Je voudrais juste terminer en rappelant que la contraception est une grande conquête pour la société tout entière et pas seulement pour les femmes. Les débats actuels sur la pilule ne doivent en aucun cas être un prétexte à mettre en cause ce droit pour les femmes ! 

 
Thibaut: Vous dites que la contraception est une affaire de couple et que notamment l'homme doit y prendre part. Verrons-nous enfin un jour une pilule pour homme?
 
Des études sont en cours mais pour le moment, il n’y a pas d’avancée en la matière. Un jour peut-être!
 
Patricia: Que pensez-vous de la grogne des médecins libéraux? 
 
Un des sujets un peu compliqué est celui de la limitation des dépassements d’honoraires. Or, un récent sondage a montré que 60% des médecins y sont favorables mais que les plus opposés sont les plus mobilisés.
 
En fait, je crois que le métier de médecin est en train de changer et cela provoque des inquiétudes. Je le comprends et je travaille beaucoup avec les futurs médecins pour adapter notre système de santé à la médecine de demain : travail en équipe, proximité avec les patients, relations avec l’hôpital…  Ma priorité, c’est de garantir à tous les Français qu’ils pourront continuer à bien se soigner à un coût raisonnable et partout en France et cela, je veux le faire avec les médecins.
 
Jean-Louis: En cette journée de la femme, mes pensées vont à mes collègues, quasi exclusivement féminines, qui travaillent la nuit dans les hôpitaux publiques. Elles sont là nuit après nuit, 365 nuits par an, sacrifiant des instants précieux à leurs familles, pour soigner tous les habitants de notre pays. Elles le font avec professionnalisme et dévouement pour seulement au mieux 1,07 euros de plus de l'heure! Elles ne demandent pas l’aumône, juste de la considération et de la reconnaissance, ce qui passe par une revalorisation de cette indemnité. Comptez-vous vous y attaquer ? 
 
Aujourd’hui tout particulièrement je veux saluer le travail admirable des femmes à l’hôpital. C’est pour moi une manière aussi de dire que si l’hôpital public, en France, est d’aussi bonne qualité c’est grâce à l’engagement quotidien de femmes mais aussi d’hommes qui se dévouent pour le service public.
 
Les conditions de travail ne sont pas toujours faciles. Je le sais. J’ai donc annoncé un pacte de confiance pour l’hôpital qui relance le dialogue social, qui fait de l’amélioration des conditions de travail une priorité. Oui, le personnel hospitalier mérite de la considération et de la reconnaissance.
 
Amlie85: Pourquoi ne parle-t-on jamais des méthodes naturelles de contraception? Elles sont Naturelles, elles permettent à la femme et à son partenaire de connaître la physiologie féminine, elles obligent l'homme à être partie prenante de la contraception, elles sont fiables à 99%.
 
J’ai demandé à la Haute Autorité de santé qui est une agence d’expertise en matière de santé de faire le point sur toutes les méthodes contraceptives. Je dois quand même rappeler que beaucoup d’avortements concernent des femmes qui pensaient être protégées et ne l’étaient pas.
 
Attention donc aux recommandations en la matière. Là où je vous rejoins, c’est que la contraception c’est aussi une affaire d’homme.:)
 
Rose-Laure: Concrètement quel est le moyen de contraception le plus fiable lorsqu'on a une vie sexuelle?
 
La contraception c’est du sûr-mesure. Il n’y a donc pas de réponse générale à votre question. Ce qui vous convient ne convient forcément pas à vos amies. Ce qui vous convient aujourd’hui n’est pas forcément ce qui vous conviendra dans quelques années.
 
La bonne contraception, c’est celle qui vous convient maintenant et c’est cela qu’il faut voir avec votre médecin.
 
Rose-Laure: Pourquoi ces pilules de 3 et 4ème génération dites contraceptives sont également utiliser pour lutter contre d'autres pathologies?
 
En fait, c’est en sens inverse que les choses ont marché. Il y a un médicament contre l’acné, la Diane 35, qui a été largement utilisé comme pilule. Il ne faut pas que les médicaments soient utilisés à grande échelle pour un autre objectif que celui pour lequel ils ont été autorisés.
 
La Diane 35 a donc été suspendue (on ne la trouvera plus en pharmacie à partir de la mi-mai). Et j’ai demandé une évaluation à l’agence européenne du médicament. Mais déjà, les Pays-Bas ont fait comme nous.
 
Boubis: Comment peut-on justifier de nos jours qu'on mette des jeunes filles pendant 10 ans non-stop sous pilule sans même s'inquiéter que certaines n'aient jamais eu de règles «normales» ni envisager les conséquences à long termes? Tout ça pour qu’ensuite lorsqu'elles désirent un enfant, on leur prescrive un autre traitement style Duphaston pour les relancer, alors que le premier but de leur prise de pilule était de les réguler? 
 
Il n’y a pas de réponse générale à votre question. Vous avez raison. Il faut être prudent dans l’utilisation de la pilule. Mais cela, c’est le rôle du médecin.
 
Florence: Quand allons-nous enfin mettre en place les maisons de naissance en France? Je n'ose même pas vous demander quand vous allez enfin reconnaître la naissance à la maison comme un réel choix de lieu de naissance pour les Françaises et enfin cesser la chasse aux sorcières dont font l'objet les sages-femmes accompagnant les parents faisant ce choix.
 
Mais je ne suis pas opposée aux maisons de naissance! Je comprends que des femmes souhaitent que l’accouchement soit moins médicalisé. L’exigence absolue, c’est évidemment la sécurité des mamans et des bébés.
 
Je veux donc développer les salles d’accouchement moins médicalisées (on les appelle physiologiques) dans les maternités et je suis d’accord pour expérimenter des maisons de naissance à condition qu’elles soient juste à côté d’une maternité en cas de problème.
 
Florence: Qu'allez-vous faire pour que ce soit enfin les femmes qui soient au cœur du choix de leurs moyens de contraception?Pourquoi trop souvent ce sont les gynécologues qui imposent la pilule à leur patiente sans évoquer les autres moyens de contraception et sans parler des effets secondaires?
 

C’est vrai qu’en France quand on parle contraception, on pense pilule. Alors qu’il y a bien d’autres moyens possibles. Je veux dire, surtout aujourd’hui, que la contraception est un grand acquis pour les femmes et qu’il faut continuer de tout faire pour que toutes les femmes aient accès à une bonne contraception.

Une bonne contraception, c’est celle qui vous convient bien. Je vais donc lancer une campagne d’information, à la radio notamment, sur la contraception, les différents moyens qui existent (pilule, préservatif, stérilet, etc...). 

Carole: La polémique avec les pilules de 3e et 4e génération n'ont-elles pas un but uniquement économique? Si ces pilules sont mauvaises pour les femmes, le seront-elles moins parce qu'elles sont deremboursées?
 
Non, pas du tout! On rembourse un médicament quand on considère qu’il apporte un avantage par rapport à ceux qui existent déjà. La pilule de 3e génération n’apporte pas d’avantage par rapport à la pilule de 2e génération. C’est pour cela et pour cela seulement que j’ai annoncé son déremboursement.
 
En fait, elle n’aurait jamais dû être remboursée. Tous les médicaments qui existent ne sont pas remboursés. Par ailleurs, il faut alerter sur les risques connus qui peuvent exister pour la pilule. Encore une fois, il ne s’agit pas d’alarmer mais de rappeler que dans la très grande majorité des cas, la pilule de 2ème génération convient très bien. De toutes façons, il faut parler de tout cela avec son médecin. 

 

Mélody: Dans ma famille, on est nombreuses à prendre la pilule de 3e génération. On vient nous dire qu'elle comporte des risques pour notre santé. Pourquoi, en France, met-on sur le marché des médicaments (Médiator aussi) qui nuisent à notre santé? Je pense qu'il faut expliquer aux Français, comment vous faites pour contrôler les médicaments avant de les mettre sur le marché. De nombreuses personnes pensent que les laboratoires réduisent les contrôles de leurs produits afin de ne surtout pas perdre de profits au dépends des consommateurs.

D’abord, je veux rappeler que tous les médicaments comportent des bénéfices mais aussi des risques. On met un médicament sur le marché après avoir réalisé des études approfondies.

Ensuite, le médecin doit adapter ses ordonnances en fonction du patient et puis, il doit signaler les effets indésirables qui peuvent apparaître. C’est cette surveillance que je veux renforcer.

Je veux préciser que, pour le Médiator, nous sommes face à une fraude volontaire puisque le laboratoire a caché les risques connus d’utilisation de ce médicament. Il ne faut donc pas confondre la fraude volontaire et les situations de risque classiques. Pour la pilule, ce qui compte c’est que les médecins s’assurent que c’est la contraception qui correspond bien à sa patiente.

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Le 8 mars, Journée internationale des droits de femmes, sera l’occasion, pour 20 Minutes, de revenir sur les scandales récents autour de la pilule contraceptive de troisième et quatrième générations.  Au travers de cette actualité inquiétante, la contraception fait débat.

La pilule est-elle toujours l’allié des femmes? Plusieurs internautes de 20 Minutes nous ont expliqué ce jeudi pourquoi elles ont décidé de passer le relais de la contraception à leur compagnon.

Béatrice Guigues a confié début février aux internautes ses conseils de gynécologue. Alors que Marisol Touraine invitait il y a deux mois à «ne pas paniquer», qu’en est-il aujourd’hui?

>> Quel regard porte-t-elle sur les différents moyens de contraception? Comment communiquer efficacement sur la sexualité et les moyens de la gérer sans risques? Quelles mesures ont été prises par le gouvernement concernant les pilules de troisième et quatrième générations?

La ministre de la Santé sera dans nos locaux vendredi 8 mars, dès 15h, pour répondre, en direct, à toutes vos interrogations. Déposez vos questions dans les commentaires ou écrivez-nous à reporter-mobile@20minutes.fr.