Vous avez interviewé Bruno Le Maire, député UMP et auteur du livre «Jours de pouvoir»

VOS QUESTIONS L'homme politique a répondu à vos questions...

Cédric Garrofé

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Bruno Le Maire, à la rédaction de 20 Minutes
Bruno Le Maire, à la rédaction de 20 Minutes — A. GELEBART / 20 MINUTES

[Le chat est terminé]

Merci à tous pour vos questions ! J’espère que la discussion vous a plu. Et le livre aussi, pour ceux qui l’ont lu... A très vite, bye !

Jean-Claude: Pendant plusieurs années, à la tête de votre département ministériel, vous avez dirigé quelque 15.000 fonctionnaires, vous avez eu directement sous vos ordres une demi-douzaine, peut-être plus, de directeurs d’administration centrale. Aucune ligne de votre livre, aucun mot concernant les relations que vous avez entretenues avec eux. Ces agents de l’Etat, ces hauts fonctionnaires, semblent être inexistants dans votre emploi du temps. Pourquoi?
Bonne remarque! Et surtout erreur de ma part! On voit beaucoup les membres de mon cabinet dans mon livre, parce qu’un ministre travaille directement avec eux. Mais je profite de cette réponse pour rendre hommage aux agents du ministère de l’Agriculture, qui sont d’une qualité exceptionnelle. Pendant trois ans, je les ai vus faire un travail difficile, dans des conditions budgétaires compliquées, avec beaucoup de professionnalisme et d’abnégation!
 
Boris2747: Un embryon d'étude mené dans le bordelais démontre que les viticulteurs et les habitants des maisons attenantes des domaines présentent un taux de pesticides élevé dans le corps. Ne faut-il pas plus réglementer l'utilisation des pesticides, voire l'interdire?
Si! J’avais lancé un plan sur ce sujet Ecophyto 2018, pour réduire de moitié l’utilisation des pesticides en France. Il faut avancer dans cette direction, en veillant à ce que nos partenaires européens fassent la même chose, sinon nous nous tirons une balle dans le pied. Un petit mot d’amitié au passage pour tous les viticulteurs: je suis un fan de vin! Un des plus merveilleux produits de France!
 
Immo75000: Pourquoi les Français doivent-ils se serrer la ceinture et subir une fiscalité écrasante pour payer une dette sans que les banques fassent le moindre effort et continuent à accumuler un patrimoine immobilier gigantesque?
Cette fiscalité écrasante est absolument insupportable! Quand on a payé son impôt sur le revenu, il faut encore payer les impôts locaux, la taxe d’habitation, la redevance, la CSG, les charges sur les salaires...Cela décourage tous ceux qui travaillent en France! Alors les banques, oui! Mais surtout, engageons une réduction radicale de la dépense publique, cassons le millefeuille des niveaux administratifs en France, redéfinissons la place de l’Etat. Il est temps de changer de modèle économique et social, le nôtre ne tient plus la route.
 
Bruno: Nous sommes nombreux à vouloir que la ville d'Evreux change de maire. Evreux est devenu un cimetière industriel. Serez-vous candidat aux municipales de 2014 à Evreux?
Je suis très attaché à ma circonscription et à Evreux. Jamais ne ne changerai de territoire, parce que je dois tout aux habitants de ce territoire. Il ne faut jamais oublier d’où l'on vient. Mais j’ai pris un engagement: pas de cumul entre un mandat national et une présidence d’exécutif local. Mes engagements, je les tiens. Je ne fais pas partie de ces politiques  qui disent une chose et qui en font une autre. Donc je m’engagerai totalement dans les municipales à Evreux, je serai le moteur de la liste, mais pas forcément en tête...
 
Julie: Le pouvoir semble isoler du peuple. L'avez-vous ressenti durant ces trois ans? Est-ce, selon-vous bénéfique, afin d'avoir le recul nécessaire pour prendre des décisions justes mais parfois douloureuses, ou néfaste?
Le pouvoir isole des gens, c’est presque mécanique. Vous pouvez tout essayer, vous vous coupez petit à petit de la vie quotidienne. Depuis que je suis redevenu député, je conduis ma voiture, je prends le métro, je fais mes courses, je vais chercher mes enfants à l’école, je remplis les papiers administratifs, je vis sur un rythme très différent et je découvre des difficultés quotidiennes qui m’avaient échappé au pouvoir. Pour tout vous dire, cette liberté n’a pas de prix!
 
Julien C: Dans votre livre, un passage m'a particulièrement marqué (Des internautes en parlent aussi sur des blogs). Vous citez Jean-Louis Debré: «Si les compétences comptaient en politique, cela se saurait. Tu veux poursuivre? Alors tu tiens bon et tu souris». Cruel constat... Qu'en pensez-vous? Êtes-vous d'accord avec lui?
J’adore Jean-Louis Debré! Je lui dois beaucoup en politique. Je pense qu’il y avait pas mal de provocation dans sa remarque. Moi, je crois aux compétences. Je crois au talent. Je crois à la volonté et au service des Français. Mais sur le sourire, il a raison. Toujours sourire, même lorsque la vie politique est cruelle...
 
Boris2747: La religion se mêle de plus en plus de «choses publiques». Ne faut-il pas la renvoyer dans les cordes au nom de la séparation de l'Eglise et de l'Etat?
Je suis très attaché à la laïcité. Il faut rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. C’est la meilleure façon d’éviter les conflits et de laisser en paix les consciences des gens. En France, vous ne pouvez pas construire l’unité de la Nation en dehors du strict respect de la laïcité.
 
Stef76du78: Pensez-vous qu'un, jour un homme ou une femme politique aura suffisamment de courage pour réduire les privilèges financiers des députés et des sénateurs ainsi que leur nombre si il (ou elle) était élu(e) à la tête du pays?
Oui! J’ai d’aileurs déposé une proposition de loi sur ce sujet à l’Assemblée il y a trois mois. J’ai aussi démissionné de la fonction publique et renoncé à tous les avantages qui vont avec, parce que j’estime que lorsqu’on est élu député, on ne peut pas rester fonctionnaire en même temps. Bon, je reconnais que ma proposition de loi n’a recueilli que 22 signatures de députés, mais je ne désespère pas! Je suis tenace!
 
Garfield: Qui devrait être candidat en 2017? François Fillon? Jean-François Copé? Vous?
Les Français décideront! Mais c’est beaucoup trop tôt pour le dire! Et si la droite veut l’emporter, elle a un sacré boulot de cohésion à faire pour gagner les municipales en 2014. Elle doit aussi engager un renouveau complet de ses idées! Ce n’est pas en restant les deux pieds dans le même sabot qu’on peut convaincre les Français...
 
Boris2747: Actuellement vous êtes très présent dans les médias et donc, dans le quotidien des Français. Mais il est un sujet que vous n'abordez pas: le retour de Nicolas Sarkozy. Allez-vous prendre une position claire sur ce point?
Ma position est claire, c’est à Nicolas Sarkozy et à lui seul de décider de son retour. Mon boulot aujourd’hui, c’est de m’opposer au gouvernement en place, de tirer les leçons de nos années de pouvoir et surtout de proposer un espoir pour tous les Français qui veulent une autre politique.
 
Max: Dans votre livre, vous dépeignez beaucoup Nicolas Sarkozy. Vous lui semblez si différent. Est-ce le cas? Comment êtes-vous arrivé à vous entendre avec lui pendant trois ans?
Oui! Nous sommes très différents! C’est peut-être pour cela que nous nous sommes bien entendus. J’ai toujours été à la fois libre et loyal avec lui. C’est un homme avec qui on peut parler facilement, quand on a des convictions à défendre.
 
Yaka35: Nicolas Sarkozy aurait dit qu'il sera peut-être «obligé de revenir» pour la France contre son gré. N'est-ce pas désobligeant pour les autres leaders de la droite dont vous faites partie? N’existe-t-il qu’un seul homme de la nation à droite? 
Nicolas Sarkozy est libre de ses choix. Il a été Président de la République, il occupe donc une place à part dans notre vie politique. Pour ma part, je travaille avec un certain nombre de parlementaires à construire de nouvelles idées et un nouveau projet pour les Français. Je circule beaucoup en France. Je prends mon temps. J’écoute. J’apprends auprès des Français, comme j’avais appris auprès des agriculteurs.
 
Camarguaise: Pourquoi l'UMP est-elle incapable de s'ouvrir, de se réformer et de faire le bilan des années Sarkozy pour être plus pertinente, constructive et innovante? 
Nous le faisons! Mais après une défaite comme celle de 2012, cela prend du temps de se relever! J’ai toujours plaidé pour la lucidité et l’humilité sur les 10 ans que nous avons passés au pouvoir de 2002 à 2012. Est-ce que nous avons tout réussi? Non. Est-ce que nous sommes allés au bout de nos convictions et de nos idées? Non. Nous ne pourrons redevenir crédibles aux yeux des Français que si nous assumons nos échecs et que nous faisons preuve pour l’avenir de toujours plus d’audace.
 
Papoukrys: Pourquoi l'opposition n'a-t-elle pas un shadow-cabinet avec un cap, des contre-propositions chiffrées avec leurs conséquences détaillées permettant aux Français de comparer?
On peut l’imaginer!  Merci pour la proposition! Mais avant de distribuer des postes même shadow aux uns et aux autres, je voudrais que la droite modernise son logiciel collectivement, qu’elle avance des idées nouvelles!
 
Carrie: En lisant le livre, nous sentons que vous cherchez à dissiper chez les Français ce sentiment du «tous des pourris». Est-ce le cas? Pensez-vous y être arrivé?
Je ne sais pas si j’y suis arrivé! Mais les politiques ne sont pas tous des pourris, au contraire : ce sont des hommes et des femmes engagés, qui donnent de leur temps, qui essaient de faire au mieux. Après, je constate un besoin de renouveau profond de notre démocratie et je veux le porter : interdiction du cumul des mandats, obligation de démission de la fonction publique quand on devient député - ce que j’ai fait - , réduction du nombre de parlementaires, limitation du nombre de mandats nationaux successifs à trois... Il faut avancer dans cette direction pour que notre démocratie ne se transforme pas en aristocratie.
 

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Ministre de l'agriculture dans le gouvernement Fillon, Bruno Le Maire a sillonné la France et le monde, des réunions avec les acteurs d'un monde rural en crise, aux plus hauts sommets européens, en passant par la préparation du G20 de l'agriculture.

Durant l'exercice de ses fonctions, il a tenu quotidiennement un journal de bord, qu’il publie chez Gallimard.
 
Dans Jours de pouvoir, l'homme politique mène une réflexion sur la pouvoir politique, dont il entend raconter l'expérience humaine. Personnage central de l'œuvre, Nicolas Sarkozy, président en fin de mandat et objet de fascination pour l’acteur-observateur, qui le révèle sous un jour inconnu du grand public.