Vous avez interviewé Maxime Chattam

VOS QUESTIONS L'auteur français a répondu à vos questions...

Cédric Garrofé

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Maxime Chattam à la rédaction de 20 Minutes
Maxime Chattam à la rédaction de 20 Minutes — C.GONTHIER // 20 MINUTES

[Le chat est terminé]

Je tiens à remercier toutes celles et ceux qui ont participé ! J’ai essayé de répondre au plus grand nombre de questions. A présent, je retourne dans ma tanière, pour écrire une histoire bien... noire ! A très bientôt. Maxime Chattam.
 
Florence: Pourquoi la ville de Portland est-elle au cœur de vos ouvrages?
Elle est au cœur de trois de mes seize romans. Donc finalement assez peu présente. Mais à l’époque où j’ai rédigé la «Trilogie du Mal», Portland était à mes yeux parfaite car elle symbolisait exactement les contradictions que je voulais mettre en scène : modernité au cœur de la nature la plus ancestrale! Et à titre personnel, j’aime beaucoup Portland, dans l’Oregon. Presque autant que New-York. ;) 
 
Cédric: Quels conseils pourriez-vous me transmettre afin de devenir un lecteur de roman (les vôtres en priorité!)? Faut-il être né pour çà ou bien peut-on devenir un lecteur avec de l'acharnement?
Il faut être patient, un peu motivé, avoir un peu de temps devant soi, et se plonger dans le bon livre avant tout! Lisez les 4e de couverture de livres et prenez celui qui vous fait le plus envie. Et, si besoin pour vous concentrer, mettez une bonne musique de film sur vos oreilles pour vous couper du monde! Je donne quelques conseils en ce sens en début de mes thrillers.
 
Mad: Je souhaite savoir si un jour il y aura un livre dans lequel Annabel apprendra que son mari est mort et donc qu'il n'est pas disparu comme elle le pense?
Il faut que vous lisiez «La promesse des Ténèbres» paru il y a quatre ans. C’est justement l’histoire du mari d’Annabel! Une histoire qui se passe avant «In Tenebris». Le héros est Brady, son mari, et vous apprendrez toute son histoire... ;) 
 
Un terrien: Une adaptation en jeu vidéo de l’un de vos romans, possible ou pas?
Pourquoi pas! Je viens de recevoir un email d’un lecteur qui aurait commencé à travailler sur le projet pour «Autre-Monde»... A voir. Il m’arrive de toucher une console de jeux de temps à autre, donc j’adorerais un bon vieux jeu de rôle dans l’univers de Matt, Tobias et Ambre! Il est très visuel, donc pourrait bien s’y prêter.
 
Superfredo: Combien de personnes sont-elles nécessaires à la création d'un manuscrit (relecture, correction, expertise,...)?
Il y a mon éditrice qui relit une première fois pour me donner son avis. Puis une correctrice qui vérifie les fautes de frappes, sur 500 pages, il y en a toujours, le romancier étant tellement obsédé par son histoire qu’il finit par ne plus rien voir! Et une préparatrice qui opère la mise en page finale. Parfois un peu plus, cela dépend des équipes.
 
LCDM: Je viens de lire «Les arcanes du chaos» et je souhaite savoir si le blog de Kamel Nasir est constitué par les recherches que vous avez pu mener et si les faits indiqués sont réels. Bien entendu, ce roman est une fiction, mais pourrions-nous considérer que les écrits du blog sont le reflet de la réalité?
Tous les noms, puisqu’ils impliquent des personnes réelles, renvoient à des situations vraies. Je ne peux écrire sur des gens qui existent et les citer si ce que je dis n’est pas vérifié et vérifiable. Donc le blog de Kamel est constitué de faits réels. C’est ça qui est le plus troublant dans ce roman. En revanche, la façon dont le personnage de Kamel, qui lui est inventé pour le roman, les rassemble, est une hypothèse romanesque. Maintenant, si la théorie développée dans «Les Arcanes du Chaos» est vraie, vous ne devriez pas tarder à entendre des hommes en noir sonner à votre porte. :) 
 
Patapon: Les musiques géniales que vous écoutez en écrivant, comment les choisissez-vous?
Je suis à l’écoute de beaucoup de musiques de films qui sortent. Lorsque j’écris, je sélectionne plusieurs dizaines de CD que je fais tourner pendant toute l’écriture. A la fin, je propose 2 ou 3 titres qui m’ont le plus marqué. La musique est formidable pour créer une bulle de concentration, pour l’écriture comme pour la lecture, il suffit de bien la choisir.
 
Naoh: A quand un livre sur fond de football américain?
:))) Il y a justement, dans le prochain thriller, un héros qui est gendarme... et passionné de football américain. Et il supporte les New-York Giants bien sûr ! :)
 
Butterfly: De quoi avez-vous peur, qu'est-ce qui pourrait bien effrayer le Maître de l'angoisse, le faire bondir de son canapé, le faire hurler, le faire mourir de peur?
Je n’ai pas peur de la page blanche, j’ai trop d’idées pour ça. En revanche, peur de perdre l’essentiel, comme tout homme, perdre mes repères, ma base, ma famille, ma femme. Mes peurs ne sont pas celles du romancier, mais celles de l’homme avant tout.
 
Loic: Vous avez demandé aux lecteurs d'«Autre Monde» de vous suggérer des idées de personnage. Quelle a été le volume de réponse? Quelle influence cela a-t-il eu sur la rédaction du tome 5? Avec du recul, referiez-vous cette demande?
J’ai été surpris par le nombre de réponses! Plusieurs milliers! Je ne m’attendais pas à ça, à un tel enthousiasme, je pensais que cela parlerait seulement à quelques centaines de lecteurs désireux d’interagir avec «Autre-Monde», avec moi... Il y en avait tellement que je n’ai pas pu faire la sélection comme je le voulais. Mais le tome 6 va mettre en scène beaucoup de nouveaux personnages donc ce sera l’occasion pour moi de me servir de toutes ces propositions! Je voulais créer une forme d’interaction entre le livre, le monde du roman, et le lecteur, j’ai été servi! Et j’en suis ravi.
 
Damshm: Lorsque vous éteignez votre ordinateur, arrivez-vous bien à retrouver Maxime, ou restez-vous Chattam, avec ce que cela implique de réflexions permanentes sur l'évolution que vous allez donner à vos personnages, à l'intrigue? A la longue ne devient-on pas un peu schizophrène? 
Un peu si ! :))) En période d’écriture, c’est assez difficile de couper, les personnages trottent toujours dans un coin de la tête, les motivations avec, et toute la documentation n’est pas loin, donc c’est un peu lourd à vivre, et en même temps c’est ce qui fait l’un des plaisirs d’écrire: voyager avec son histoire, être absorbé. Maintenant, j’essaye autant que possible, quand je sors de mon bureau, de laisser derrière moi Chattam, pour ne garder que Maxime, mais ce n’est pas toujours simple. Un romancier l’est à temps complet, toute son existence. Ecrire c’est se tatouer les rétines pour voir le monde avec le filtre de la littérature.
 
Raph: Pourquoi écrire toujours des Happy End à vos romans, n'avez-vous jamais imaginé une fin plus tragique pour vos héros et héroïnes?
Raph, vous avez dû passer à côté d’au moins quatre de mes romans qui ont une fin plus que tragiques! Et encore, je mets de côté tous ceux dont la fin est en demi-teinte... On me reproche même le contraire! D’être trop dur! La fin doit servir le récit, elle s’impose d’elle même, qu’elle soit noire, heureuse ou entre les deux.
 
Flora: Pourquoi avoir quitté le monde scientifique, au niveau littéraire, pour celui du fantasy? Était-ce votre inspiration première en tant qu'auteur?
Pour revenir à mes passions d’adolescent, à ces univers qui m’ont poussé vers la lecture puis vers l’écriture. J’avais envie de rêver, de me faire plaisir, d’écrire sans contrainte de structure, sans documentation, rien qu’en me servant de mon imagination. C’est tellement plus facile à écrire, c’est une vraie parenthèse pour moi, un divertissement entre deux projets plus complexes à élaborer. Je prends un tel plaisir qu’une fois les sept tomes d’ «Autre-Monde» terminés, je trouverai un moyen d’écrire encore dans ce registre là... Avec un autre cadre, un autre univers.
 
Julius: Que lisez-vous en ce moment?
«La vérité sur l'Affaire Harry Quebert» de Joël Dicker. Je viens de le commencer et c’est vraiment bien.
Et je suis en même temps sur une biographie de Simenon et une autre d’Hitler! Il faut toujours s’intéresser à ce qu’il y a de pire en l’homme, comme le je disais dans une réponse à une question précédente...
 
Fanny: J'aime beaucoup vos livres et la manière dont vous écrivez est juste magnifique! Vous avez une manière très «visuelle» d'écrire, on plonge tout de suite à l'intérieur de chaque scène. J'aimerai savoir (en tant qu'amoureuse du cinéma) quand est-ce qu'un de vos livres sortira sur grand écran?
Ce n’est pas du tout en projet. Pour tout vous dire, aucun de mes 16 romans n’est même «optionné». Je ne suis pas adepte de l’adaptation à tout prix. Je préfère prendre mon temps, tomber sur quelqu’un de motivé, qui aura une vision du projet, sa vision artistique de ce que peut donner le roman à l’image. Adapter nécessite de parfaitement maîtriser la grammaire du cinéma, d’être un très bon traducteur entre le langage de la littérature et celui du cinéma. Ce n’est pas simple. Encaisser un chèque et ne pas s’en faire pour ce que va devenir son roman, très peu pour moi. Cela prendra du temps, voire n’aboutira jamais, mais c’est le prix à payer pour ne pas être déçu...
 
Xavier: Ayant pris goût au thriller et au suspense avec «La trilogie du mal», j'ai découvert Jean-Christophe Grangé qui comme vous écrit des œuvres très psychologiques et torturées, pleines de réalisme. Vous a-t-il influencé?
Probablement. J’ai lu «les Rivières Pourpres» à l’époque où je rédigeais «In Tenebris»... J’ai adoré. Grangé est fort, très fort, il a une écriture chirurgicale, des personnages tranchés, et surtout des histoires qui transportent. Je suis assez fan bien sûr!
 
Sheley: D'où vous viennent toutes ces idées noires?
Ecrire un thriller, quand on décide d’entrer dans la tête d’un tueur en série, c’est descendre dans ce qu’il y a de plus noir en soi. C’est explorer ses propres abîmes. Ce n’est pas simple, ce n’est pas heureux. Mais ce qu’on en sort est intéressant à décortiquer. Cela me permet de mieux comprendre l’homme dans ce qu’il a de pire en lui, et du coup d’aimer ce qu’il y a de meilleur. Sauf que c’est un travail complexe et épuisant. Il faut être motivé! Parfois j’y arrive, parfois pas, c’est pour ça que je n’ai pas publié de thriller depuis presque deux ans, j’ai eu besoin de temps pour soigner le prochain. Mais il est presque terminé... Et je crois qu’il est... très noir! :) Ensuite, dire que j’en sors totalement indemne... je ne sais pas. On ne sort jamais le même d’un roman, qu’il soit léger ou dur. Un roman c’est un voyage à travers soi, on découvre forcément des choses, et cela modifie certaines perceptions.
 
Charlotte: Quelles sont vos influences littéraires? Vos auteurs préférés?
Je suis venu à la lecture par Tolkien, «Le seigneur des anneaux», et Stephen King. Donc ils sont sur ma table de chevet bien sûr. Shakespeare aussi, avec Mark Twain, David Lodge, Nick Hornby, Alessandro Baricco... Je lis un peu de tout. Finalement assez peu de polars!
 
Tony: Si vous deviez décrire votre univers littéraire en un mot, lequel serait-il?
Polymorphe! J’aime écrire ce que j’ai envie de lire... C’est pour ça que je ne fais pas toujours des thrillers avec le même personnage. J’aime changer. Thriller historique, thriller géopolitique, thriller scientifique...etc. Et entre tout ça, un petit «Autre-¨Monde», ma série plus fantastique, romans d’aventures, hommage à Tolkien, Twain, Jules Vernes, Barjavel et Golding... J’ai besoin de changer, de varier les plaisirs d’écriture et d’imaginaire.
 
Carolix: Vous avez la réputation d'être un bourreau de travail, que faites-vous quand vous n’écrivez-pas?
Je regarde des films! Beaucoup! Et promenades avec les chiens, pour réfléchir aux prochains chapitres aussi... ;) Et, plaisir coupable, je suis fan de football américain, donc je regarde quelques matchs des Giants... ;)
 

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Présentation du chat:

A seulement 36 ans, le romancier français Maxime Chattam s'impose comme l'un des maîtres du thriller français. Cette notoriété, il la doit notamment aux œuvres «Le Sang du temps» et «La Trilogie du mal» qui ont recueilli de bonnes critiques de la part de la presse et du public français et international. Des ouvrages toujours très réalistes et ancrés dans l'univers de la police qui rappellent qu'avant d'être un auteur, Maxime Chattam était aussi un étudiant en criminologie.

Maxime Chattam s'est désormais tourné vers la fantasy avec «Autre-Monde», une saga de science-fiction dont le cinquième volet , «Oz» vient d'être publié aux éditions Albin Michel. A cette occasion, nous le recevons à la rédaction de 20 Minutes pour un chat.