Vous avez interviewé Alice Dautry et Jean-Claude Manuguerra de l’Institut Pasteur

VOS QUESTIONS Les deux scientifiques ont répondu à vos questions...

C. La.

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 Alice Dautry et Jean-Claude Manuguerra de l'Institut Pasteur, sur les maladies émergentes
 Alice Dautry et Jean-Claude Manuguerra de l'Institut Pasteur, sur les maladies émergentes — C.GONTHIER // 20 MINUTES

[Le chat est terminé]

 >> France 5 programme ce mardi 13 novembre 2012, une soirée entièrement consacrée à l’Institut Pasteur. Après la diffusion dès 20h35 du documentaire «Les Héritiers Pasteur», le Pr Tony Pugsley, directeur scientifique de l’Institut et le Dr Arnaud Fontanet, chef de l’unité Epidémiologie des maladies émergentes répondront à vos questions via le hasthag #Pasteur et les comptes de l'Institut Pasteur et de France 5 sur Twitter.

 
Merci aux internautes pour leurs questions très intéressantes. Depuis de nombreuses années, on a vu apparaître des maladies émergentes chez l’homme. Ce qui est nouveau à notre époque, c’est que leur fréquence d’apparition augmente et qu’elles peuvent se répandre extrêmement vite en raison de l’intensification de la circulation des hommes et de l’échange de marchandises. D’où la nécessité d’être prêt, et d’être encore plus rapide et plus efficace. Avec l’ouverture de son nouveau centre de recherche, l’Institut Pasteur prend toute sa part dans l’effort international de lutte contre ces maladies. Si vous souhaitez plus d’informations sur ces différents sujets, n’hésitez pas à consulter notre site web pasteur.frAu revoir et à bientôt
 
JeanMi: Les pays pauvres ont-ils vraiment les moyens de vacciner en masse leurs populations comme nous le faisons en France? Que faire pour les y aider?
Dans les dernières années, de nombreux programmes internationaux de vaccination ont été mis en place pour vacciner l’ensemble des populations, y compris dans les pays les plus pauvres. On peut citer l’exemple de la campagne d’éradication de la variole, puis celle de la poliomyélite virale et celle de la rougeole, actuellement en cours. Ces programmes sont financés par des organisations internationales (OMS, Unicef, ...), des fondations, des ONG, … L’Etat français est l’un des grands donateurs de ces programmes.
 
Vwh: Travaillez-vous avec des équipes à l'étranger? 
Oui, très largement. L’Institut Pasteur est au coeur d’un réseau international d’une trentaine d’instituts sur tous les continents qui collaborent sur des thématiques communes de recherche. Par ailleurs, la moitié des publications scientifiques de l’Institut Pasteur sont le fruit de collaboration avec des équipes de recherche internationales.
 
Nicolas65: En quoi consiste le rôle de la CIBU (Cellule d'intervention biologique d'urgence)? Le nom fait rêver, style film fantastique, mais en fait c’est moins spectaculaire non?
La Cibu a été créée il y a 10 ans pour intervenir (24h/24, 7j/7) en cas d’épidémie, d’accidents microbiologiques susceptibles de mettre en danger la population. Elle peut intervenir en France et à l’étranger. Par exemple en 2003, la Cibu est partie en mission à Hanoï d’où a été déclenchée l’alerte mondiale de Sras par l’Organisation Mondiale de la Santé. Effectivement, il y a des moments spectaculaires lors des crises et d’autres plus routiniers, où se réalisent le travail de fond et de préparation. Mais rien qui ne ressemble à un film fantastique!
 
Marie: Combien de personnes vont travailler dans ce centre? Et combien ça va coûter? Quels sont vos financements?
Près de 400 scientifiques seront accueillis à terme dans ce Centre et un plus grand nombre pourra y travailler au sein des plates-formes technologiques. Nos financements proviennent de plusieurs sources : une contribution de l’Etat pour un peu plus d’un quart, des contrats de recherche et de la valorisation des résultats scientifiques, et enfin, des dons et legs pour environ un quart.
 
Cali: Qu’avez-vous pensé de la gestion de crise de la grippe A en France? Notamment par Roselyne Bachelot
Quand une nouvelle épidémie de grippe commence, on ne peut pas savoir quelle sera sa gravité. En ce qui concerne l’Institut Pasteur, quand les premiers cas sont arrivés en France, nous avons très rapidement développé une nouvelle méthode de diagnostic de cette maladie, que nous avons transférée, en moins de deux semaines, aux laboratoires hospitaliers compétents qui recevaient les patients.
 
Céline: Qu'est-ce qu'une pandémie? Est-ce un synonyme du mot «épidémie»?
Une pandémie est une forme particulière d’épidémie. Elle se caractérise par sa distribution mondiale et son ampleur. Par exemple, pour le sida, on peut parler de pandémie; en revanche, dans le cas des foyers de gastro-entérite infectieuse qui sont beaucoup plus localisés, on parle d’épidémie.
 
Juanita: Le réchauffement climatique est-il un danger pour les populations occidentales du fait que certaines maladies du Sud pourraient venir ou revenir chez nous?
Oui, notamment, pour ce qui concerne les maladies infectieuses transmises par des piqûres de moustiques ou d’autres insectes vecteurs, dont la distribution géographique s’étend. Par exemple, on peut citer le chikungunya, dont la première épidémie autochtone au nord de l’Italie date de 2007. La dengue est un autre exemple de maladie infectieuse transmise par un moustique, il y a 50 ans, sa localisation se limitait aux zones tropicales et intertropicales. Aujourd’hui, le nombre de cas a nettement augmenté dans une zone géographique plus grande.
 
Kirern: Je pense que beaucoup de monde a en tête ce qui s'est fait aux Pays-Bas avec le «Super Virus» H5N1, donc quels seront les limites du centre?
Dans ce centre, comme dans l’Institut Pasteur de manière générale, les études s’inscrivent dans un cadre législatif très strict et sont approuvées par divers comités d’éthique et autorités de contrôle.
 
Kirern: Je suis un parcours universitaire dans la bactériologie et la virologie m'intéresse au plus haut point. Quels seront les objectifs de ce nouveau Centre et les différences avec les centres de recherche existant déjà?
D’une part, ce nouveau centre sera équipé d’installations technologiques particulièrement adaptées. D’autre part, il hébergera des équipes pluridisciplinaires travaillant sur tous les aspects de ces maladies, depuis des études au niveau moléculaire jusqu’à celles portant sur l’organisme entier et  les populations. Ce centre est conçu pour favoriser les échanges, formels et informels, entre les différentes équipes.
 
Valerie: C’est quoi une maladie émergente? Pourquoi s’y intéresser particulièrement?
C’est une maladie nouvelle pour l’homme. Elle est le plus souvent due à un agent pathogène nouveau pour l’homme, et venant d’une espèce animale. On s’y intéresse particulièrement parce qu’une maladie émergente peut avoir des conséquences dramatiques. Par définition, on ne dispose ni de diagnostic, ni de traitement. Les premiers cas de sida, par exemple, ont été rapportés chez l’homme au début des années 80. C’est malheureusement devenu la pandémie majeure du XXe siècle. On peut citer également le SRAS (Syndrome Respiratoire Aigu Sévère) en 2003 dont l’épidémie a heureusement été très rapidement arrêtée grâce à la mobilisation internationale.
 
Mostralanus31: Il y a quelques années de cela, des chercheurs Belges avaient trouvé un vaccin universel contre la grippe, il s’attaquait, il me semble, à une protéine du virus de la grippe qui ne mute jamais. Il me semble avoir entendu que le développement de ce vaccin était bloqué car les laboratoires pharmaceutiques y perdaient une manne qui revient tous les ans. Qu'en est-il exactement?
Cette approche a  suscité beaucoup d’espoir et de nombreuses équipes dans le monde continuent à travailler sur cette voie, mais malheureusement, elle n’a, à ce jour, toujours pas abouti à un vaccin efficace et utilisable chez l’homme.
 
Nick: Y-a-t-il le risque, un jour, de voir un virus décimer la population mondiale, comme certains films en ont fait état? Nous aurons toujours un coup de retard car il est impossible de prévenir ce genre de situation, selon moi. 
Il est possible qu’un virus ou une bactérie fasse de très nombreuses victimes (par exemple au Moyen-âge, la peste a tué près de la moitié de l’humanité). En revanche, aujourd’hui, compte-tenu de la diversité humaine, un agent pathogène ne décimerait pas la population mondiale.
 

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Présentation du chat:

Le 30 juillet 2009, la France déplore sa première victime du virus de la grippe A. Un an plus tard, le bilan se portera à près de 300 victimes.

C’est pour éviter un nouveau bilan de ce type que l’Institut Pasteur inaugure ce mercredi 14 novembre, un centre de recherche sur les maladies émergentes. Le but, appréhender par exemple les épidémies du type chikungunya ou les menaces de pandémie de grippe aviaire. 

Alice Dautry, directrice Générale de l’Institut Pasteur et Jean-Claude Manuguerra, virologue de la CIBU (Cellule d'intervention biologique d'urgence), de l’Institut Pasteur seront dans les locaux de 20 Minutes ce mardi pour vous en parler.