Vous avez interviewé l'eurodéputée Corinne Lepage, auteur de «La vérité sur les OGM, c'est notre affaire!»

VOS QUESTIONS L'ancienne ministre de l'Ecologie a répondu à vos questions...

Christine Laemmel

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 Corinne Lepage, à la rédaction de 20 Minutes le 2 octobre 2012.
 Corinne Lepage, à la rédaction de 20 Minutes le 2 octobre 2012. — G. LABARTHE / 20 MINUTES

[Le chat est terminé] 

Un grand merci pour ces questions. Plus que jamais, je suis convaincue que les nouvelles solutions économiques, sociétales existent déjà dans la société civile qui est le réel porteur de changement politique au sens premier du terme, c’est à dire qui concerne la vie de la cité. Même si la France apparaît désormais vouée à la bipolarisation sur le plan politique, les vrais clivages sont bien davantage entre la vision du passé qui cherche à revenir au système antérieur et la vision de l’avenir qui se situe dans le nouveau monde auquel nous appartenons déjà. La génération internet à laquelle certains d’entre vous appartiennent est sans doute à l’avant garde de ce mouvement de fond.

Mout: Pensez-vous qu'une plante OGM résistante au Roundup soit vraiment une avancée pour l'Homme et la science, surtout quand on sait que le glyphosate se retrouve dans l'eau des rivières et du sous-sol? 
Certes, non. C’est la raison pour laquelle je réclame de vraies études sur les «avantages» des OGM, études qui ne sont pas réalisées car probablement pas concluantes y compris pour l’augmentation de la productivité à moyen et long terme.
 
Garfield: N'y a-t-il que les OGM à combattre? Êtes-vous au courant du massacre des dauphins à Taiji au Japon, du massacre des globicéphales aux îles Féroé? La France participe-t-elle à la Commission baleinière internationale? 
Je suis très sensible aux questions de biodiversité et intervient régulièrement au parlement sur ces thématiques. En revanche, s’il est très difficile d’avoir une action concrète sur le Japon ou les îles Féroé, il ne faut pas oublier que le combat contre les OGM est aussi celui du respect du vivant et de la biodiversité.  
 
phfence: Les constructeurs montrent aujourd'hui que les moteurs diesel sont moins polluants que les moteurs à essence. Est-ce vrai?
Non, en ce qui concerne les particules fines qui sont un grand problème de santé publique. En revanche, ils sont moins émetteurs de gaz à effet de serre.
 
phfence: Pourquoi n’évoque-t-on plus le trou de la couche d'ozone? Les statistiques ne montrent pas d'explosion des cancers de la peau. Ne pensez-vous pas que l'écologie n'est qu'un prétexte pour nous imposer toujours et encore plus de taxes? 
On parle tous les ans de la couche d’ozone et, malheureusement, les cancers de la peau progressent, comme les autres… Mais grâce à la disparation des CFC (gaz à l’origine de la réduction de la couche d’ozone) la situation s’est stabilisée. Il n’y pas eu de taxes mais une interdiction d’usage d’un gaz dangereux.
 
Adr: Est-ce que le concept même de croissance économique, dressée comme le Saint-graal de tout programme politique, n'a pas aujourd'hui fait long feu?
Nous ne connaîtrons plus la croissance des trente glorieuses. Cela ne signifie pas qu’un autre modèle de développement, créateur de richesses et d’emplois ne soit pas possible (voir l’autre réponse ci-dessous). Le terme d’équilibre est indispensable pour trouver le bon curseur entre économique, social et environnemental.
 
Adr: Le combat sur la vérité concernant les OGM est parfaitement louable et salutaire, mais au-delà de celui-là comment pensez-vous que l'écologie puisse aujourd'hui suffisamment peser dans la balances des orientations politiques, dans le contexte de crise actuel où seul l'argent a pris le pas sur toutes les autres valeurs?
Il ne s’agit pas que l’écologie gagne. Ce n’est pas le sujet. Le sujet est que sans lier économie et écologie, sans oublier le social, il n’y pas de modèle de développement viable. La troisième révolution industrielle est le seul objectif capable de relancer l’activité économique, de s’attaquer sérieusement au changement climatique, et à la réduction drastique des matières premières. C’est aussi le moyen de remettre le bien-être et le progrès humain, donc le long terme au cœur du débat, condition fondamentale pour réduire la société du tout-argent dans laquelle nous vivons.
 
Bloody: Vous fustigez souvent  l’indépendance des chercheurs ayant fait les études sur l’impact sanitaire et environnemental des OGM. A l’inverse, peut-on dire que l’étude du Dr Séralini est indépendante? Car elle a été financée par le CRIIGEN, organisation largement anti-OGM?
Le CRIIGEN n’est pas une organisation anti-OGM. C’est un comité qui regroupe des chercheurs et scientifiques qui ne sont pas dépendants des firmes agro-semencières. Le CRIIGEN a consulté pour plus de vingt pays, des entreprises, des ONG. Il n’a aucun intérêt financier, dans un sens ou dans l’autre. Il ne sollicite pas d’autorisation et n’est donc en rien dans la situation des firmes qui demandent des autorisations et le font sur la base d’études qu’ils commanditent.
 
Bloody: Des études récentes ont montré que l'utilisation du maïs BT a permis de diminuer les quantités de pesticides utilisées dans cette culture. Est-ce un argument auquel vous êtes sensible? Les protéines «insecticides » (Cry protéines) produites par le mais BT sont d’ailleurs les mêmes que celles produites par Bacillus thuringiensis.… 
C’est précisément la raison pour laquelle les agriculteurs bio américains ont engagé un procès contre l’utilisation du BT par les OGM. Ils remettent en cause l’agriculture biologique. De plus, c’est précisément parce que je suis hostile aux pesticides que je m’oppose aux OGM, qui sont eux-mêmes pesticides ou tolérants à des pesticides.
 
ReOPen: Si vous avez raison sur la dangerosité des OGM, comment autant de spécialistes ont pu se tromper pendant toutes ces années?
D’abord, tous les spécialistes ne se sont pas trompés. Les lanceurs d’alerte comme PUTZAI ou MALATESTA ont été privés du droit de s’exprimer et de continuer leurs recherches. Ensuite, ces spécialistes ne se sont pas trompés. Ils n’ont pas voulu savoir et ont délibérément bloqué toute recherche sur le long terme qui pouvait mettre en cause les OGM sur le plan sanitaire.
 
phfence: Vous semblez être concernée par l'écologie, comme sujet fondamental. Que pensez-vous du hold-up des «verts-rouges» sur l'écologie? Ne pensez-vous pas que l'écologie mérite de meilleurs ambassadeurs? 
Je regrette l’OPA que les Verts ont lancée sur l’écologie au détriment des milliers de personnes qui se battent au quotidien et de manière concrète soit contre des projets dangereux soit de manière très constructive, pour marier écologie et économie. Ils ont donné une image détestable de l’écologie et n’ont pas fait sérieusement avancer les choses. Les grandes avancées ne leur doivent rien, même s’ils sont très actifs dans la récupération de ce qu’ils n’ont pas fait. Ils ont de surcroît anéanti le travail de Dany qui avait su créer un enthousiasme et une dynamique très positive et pragmatique et avait su innover avec la coopérative qui reste une superbe idée. C’est la raison pour laquelle le temps de refondation est venu.
 
Mjth: Ne pourrait-on pas créer une Fondation Citoyenne Indépendante, pour lever des fonds, qui serait un vrai contre-pouvoir citoyen et permettrait d'approfondir les recherches et tests sur les OGM?
Pourquoi pas. C’est la démarche suivie par le CRIIGEN, association d’experts indépendants, association que j’ai fondé en 1999. Nous avons levé 3,2 millions d’euros pour mener à bien l’étude du professeur Séralini. Nous allons continuer dans cette voie.
 
Denis: Même dans le bio, il y a un pourcentage de non-bio. Alors comment être sûr de ne pas manger d'OGM à 100%?
Le bio est en principe non OGM, et il est contrôlé par Ecocert.
 
Bernard: Les Américains ne sont pas suicidaires, ni collectivement, ni individuellement. Les associations de consommateurs sont puissantes. Pourtant les OGM y sont développés depuis des décennies. Qu’en pensez-vous? 
Il y a eu un combat dans les années 70 aux Etats-Unis sur les OGM. Les consommateurs ont perdu. Les OGM ne sont ni tracés ni étiquetés et donc, les consommateurs ignorent s’ils en consomment et en quelle quantité. Aujourd’hui, ils cherchent à obtenir l’étiquetage et un référendum se déroulera en Californie le 6 novembre sur ce point. Mais en attendant, il est impossible de savoir si les OGM ont un effet sur les innombrables problèmes d’alimentation et de poids que rencontrent les Américains.
 
Macolette: Comment concilier sécurité alimentaire et progrès dans la recherche médicale avec les OGM? 
Précisément en faisant de la recherche sur les effets à long terme, ce que les firmes agro-semencières appuyées par des agences comme l’EFSA refusent. Cela permettra peut-être d’orienter vers ‘autres OGM, qui ne sont pas pesticides ou éponges à pesticides, comme ceux qui existent aujourd’hui.
 
Denis: Les OGM sont-ils tous dangereux?

Je n’en sais rien. Je ne suis pas, a priori, opposée à la technologie et ne critique pas l’usage médicamenteux des OGM. En revanche, j’ai beaucoup de doutes sur l’innocuité des OGM pesticides et tolérants aux pesticides, qui ne sont pas sérieusement testés quant à leurs effets sur la santé. 

Philippe: Votre situation de députée, patronne d’un parti et associée du plus grand cabinet d’avocats français intervenant sur l’écologie n’est-elle pas délicate? Comment légiférer sur l’écologie alors que l’on défend en même temps certains clients, dont les multinationales du green-business? 
Je vais répondre très simplement. Je défends l’écologie depuis 30 ans, et tout le monde le sait. Je défends la cause dans de grands procès, comme l’Erika, et je ne vois aucun conflit d’intérêts. Je ne suis pas avocate d’affaires et si le cabinet auquel j’appartiens a pu faire du contentieux pour des entreprises, il ne s’agit pas de multinationales. Je n’ai aucun conflit d’intérêts et j’ai même démissionné de la présidence du CRIIGEN pour ne pas être accusée, s’agissant des OGM, de conflit d’intérêts.
 
Hervé: Comme tout droit impliquent des devoirs, que pensez-vous d’une déclaration universelle de l’homme envers la planète et la biodiversité?
Je suppose que vous voulez dire des droits et des devoirs de l’Homme envers la planète. Je suis pour mais quelle juridiction pour sanctionner les manquements? Je suis donc pour un Tribunal pénal international de l’environnement.
 
Gend: Ne faudrait-il pas attendre le résultat d'analyses plus poussées avant d'affoler les populations sur les OGM en s'appuyant sur des résultats qui sont contestés par d'autres scientifiques?
L’analyse de Gilles-Éric Séralini est la plus poussée de toutes les études de toxicologie concernant les OGM, à ce jour. Il est évident que cette étude soit contestée par tous ceux qui ont trouvé normal de ne disposer d’aucune étude à long terme sur les effets sanitaires des OGM et les ont autorisés. Mais faut-il continuer comme si de rien n’était, alors que l’étude de Gilles-Éric Séralini rejoint les conclusions d’autres études dont aucune conséquence n’a été tirée?
 
Alain: Que proposez-vous pour qu'un centre écologiste puisse peser dans un paysage où le MODEM se délite, l'UDI s'ancre à droite, le PRG reste un partenaire privilégié du PS et où la galaxie de petits mouvements écolos restent divisés?
Je propose un rassemblement large qui fasse une part très importante à la société civile. Il peut rassembler des écologistes venus de différentes mouvances mais qui sont responsables et actifs des démocrates revenus du MODEM, des républicains. Le point commun est de souhaiter le succès du président parce que c’est nécessaire pour la France, de défendre de vrais changements et de nouvelle synthèses entre économie et écologie, de passer aux actes en terme de changement de gouvernance, de réduction des dépenses publiques en s’attaquant aux causes et non aux effets.


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Présentation du chat:

Les photos de rats déformés par d’énormes tumeurs ont fait le tour des médias et choqué des millions de Français. Mieux, grâce à elles, l’équipe du professeur Gilles-Eric Séralini a pu attirer notre attention sur l’impact possible des OGM, dont ont été nourris ces rats, sur la santé.

Toutefois, si la communication a été réussie, les procédés utilisés par les scientifiques ont recueilli de nombreuses critiques, visant entre autres le Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (Criigen), organisme auquel appartient le professeur Seralini, qui a largement soutenu son étude.

Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Ecologie, est la fondatrice et présidente d’honneur du Criigen. A plusieurs reprises, elle a affirmé son soutien à cette étude, appuyant le «besoin de vérification sur les OGM». Le 21 septembre, elle a publié La vérité sur les OGM, c'est notre affaire!, exigeant une nouvelle fois «que des expériences soient menées pour connaître l’impact sanitaire des OGM».

>> Comment répond-elle aux critiques énoncées à l’encontre de l’étude du professeur Séralini? Pourquoi réclame-t-elle de nouvelles expériences? Quelle attitude faudrait-il adopter au quotidien envers les OGM?

Corinne Lepage, députée européenne, était dans les locaux de 20 Minutes, pour dialoguer avec vous.